Marion Borras : « Je ne voulais pas venir, ça me faisait peur »

Crédit photo Thomas Maheux / ASO

Crédit photo Thomas Maheux / ASO

Cette situation lui aurait sans doute semblé inenvisageable ce matin-même et pourtant, Marion Borras était en tête de Paris-Roubaix à cinquante mètres de la ligne d’arrivée. La néo-sociétaire de la formation St-Michel-Mavic-Auber 93, qui a repris sa saison sur route il y a trois jours, a pris part à la bonne échappée avant de réaliser un énorme numéro pour revenir à l’avant à la suite d’une crevaison. Avant de jouer le tout pour le tout dans le vélodrome de Roubaix et d’être finalement débordée par ses compagnes d’échappée au tout dernier moment (voir classement). DirectVelo a recueilli la réaction de la pistarde après l’arrivée. Entretien.

DirectVelo : Quel magnifique Paris-Roubaix de ta part !
Marion Borras : Mon rôle dans l’équipe était de suivre les échappées, sans forcément chercher à les provoquer. En WorldTour, ce n’est pas à nous de prendre les choses en main. En début de course, j’accompagnais souvent les coups, ça tentait beaucoup. Puis d’un coup, c’est sorti à 18. On était très étonnées que le peloton laisse partir un groupe aussi important. Mais une fois sorties, on a tout de suite pris une belle avance. Une, deux… Puis cinq minutes ! Ça nous a permis d’aborder les premiers secteurs pavés avec moins de pression. Je me sentais très à l’aise sur les pavés. Je sentais que j’avais de la force et que je pouvais vraiment bien rouler.

« IL NE FALLAIT PAS TROP JOUER NON PLUS »

Et tu t’es donc mise à y croire… 
C’était la course la plus longue de ma vie, donc j’appréhendais la distance. En plus, ce n’était que ma deuxième course de la saison, j’ai repris il y a trois jours (rires). Mais j’ai eu une bonne préparation après la piste. Je ne pensais quand même pas être aussi prête même si je m’étais rassurée à l’Escaut.

Malheureusement, tu as été victime d’une crevaison qui t’a obligée à faire de gros efforts !
Dans Mons-en-Pévèle, pas mal de filles de l’échappée commençaient à péter ou étaient dans le dur. Moi, je me sentais vraiment bien, mais j’ai crevé de l’arrière. Heureusement, il y avait quelqu’un de l’équipe dans le secteur, comme d’ailleurs dans tous les secteurs. Je suis repartie avec 40” de retard. Honnêtement, à ce moment-là j’ai cru que c’était fini. Mais je n’ai rien voulu lâcher en me disant que de toute façon, je n’avais rien à perdre. Au pire, je ne rentrais jamais et je retournais dans le peloton. Finalement, j’ai réussi à reprendre beaucoup de temps dans les secteurs pavés. À chaque fois, je revenais au cul des voitures, qui me gênaient. Purée, c’était frustrant… J’avais envie de les pousser (sourire). Puis j’ai enfin revu les filles devant et ça m’a aidée à garder le cap. Une fois que je suis revenue, j’ai eu besoin de souffler alors je n’ai plus trop coopéré.

Le groupe des favorites est ensuite revenu tout près ! Comment as-tu géré le final ?
C’était un peu sauve-qui-peut à la fin. Ça attaquait dans tous les sens car ça ne roulait plus. Les filles ne voulaient plus collaborer. On nous annonçait 12 secondes, puis 8, 20, 15… On savait que c’était les cadors juste derrière alors il ne fallait pas trop jouer non plus. On était trois à vouloir vraiment rouler, pas plus. Mais tant pis, j’ai roulé. Je ne voulais surtout pas avoir de regrets en me disant que ça aurait pu aller au bout. Sur le vélodrome, j’ai évité de justesse la chute de la SD Worx (Femke Markus, NDLR) et je me suis dit qu’il fallait que je profite de cet élan-là pour lancer le sprint. C’était un peu loin… Mais au moins, j’ai tout mis et je n’ai rien à regretter.

« JE NE PENSAIS PAS DU TOUT À LA VICTOIRE »

Au moment de rentrer dans le vélodrome, as-tu eu le temps de te voir gagner ?
Honnêtement, je n’y ai pas du tout réfléchi. Je me suis juste dit qu’il fallait que je fasse mon maximum. Je ne pensais pas du tout à la victoire. Il fallait juste que je fasse un bon sprint et que je sois fière de moi.

Une heure après l’arrivée, réalises-tu que tu viens de terminer dans le Top 5 d’un Paris-Roubaix que tu étais même tout près de remporter ?
Pas vraiment… C’est plutôt le téléphone qui ne fait que de vibrer qui me fait réaliser le truc (sourire). C’est assez incroyable. Je remercie toute l’équipe de St-Michel-Mavic-Auber 93 qui a été top avec nous. On a été hyper bien préparées. Sans eux, ça n’aurait pas été possible.

On te suit depuis près de dix ans, principalement via tes performances sur la piste (relire ici tous les articles consacrés à Marion Borras depuis 2014). Que pourrait changer ce résultat ici pour la suite de ta carrière ?
Ce Top 5 va me donner plus confiance pour la route. J’avais besoin de passer au niveau Continental sur la route pour voir ce que ça pouvait donner car je sentais que je ne progressais plus tôt au niveau national, sur les manches de Coupe de France. Par contre, j’appréhendais beaucoup cette course, les chutes... Je ne voulais pas venir, ça me faisait peur. Je l’ai dit à l’équipe en début de saison. Comme on est sur une grosse année piste avec, en jeu, la qualif pour les Jeux Olympiques de Paris, j’avais peur de me faire mal ici. Mais finalement, le fait de m’avoir donné le rôle d’anticiper et d'accompagner les échappées m’a permis d’être plus sereine. Je voulais faire plaisir à l’équipe, que tout le monde soit fier à l’arrivée. 


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