Un retour et le WorldTour

Crédit photo DirectVelo

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Pendant le confinement, avec l’arrêt des compétitions, la fragilité des équipes pros a, encore une fois, été mise en évidence. Des voix ont demandé une réforme. Une de plus. Car depuis sa création le cyclisme est professionnel et les réformes se sont succédées. DirectVelo vous propose de réviser l’histoire des structures du cyclisme pro. Neuvième rendez-vous : Du Top Club au ProTour.

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Pendant le confinement, avec l’arrêt des compétitions, la fragilité des équipes pros a, encore une fois, été mise en évidence. Des voix ont demandé une réforme. Une de plus. Car depuis sa création le cyclisme est professionnel et les réformes se sont succédées. DirectVelo vous propose de réviser l’histoire des structures du cyclisme pro. Dixième rendez-vous : Un retour et le WorldTour.

Le 20 janvier 2009, Lance Armstrong est de retour dans le peloton au Tour Down Under. Il porte le maillot bleu d'Astana, l'équipe dirigée par Johan Bruyneel depuis 2008. Mais il ne devrait pas être là.

DES PETITS ARRANGEMENTS

Depuis 2008, l'UCI a mis en place le passeport biologique censé démasquer ou encercler les tricheurs qui passent à travers les contrôles traditionnels, grâce à plusieurs prises de sang pendant l'année. Si l'UCI avait respecté son propre règlement antidopage, le « revenant » serait chez resté chez lui. "Un coureur retraité ne peut revenir à la compétition qu'à la condition d'en aviser l'UCI au moins 6 mois à l'avance, ceci afin d'être disponible pour des contrôles hors compétition", dit ce règlement daté de 2004. Et cette période probatoire de six mois s'applique aussi au nouveau passeport. Dans le cas de l'Américain, il ne devrait pas recourir avant le 1er février, onze jours après le départ du Tour Down Under. C'est pas grave ! Pour justifier cette entorse à ses règles, l'UCI déclare avoir "pris en compte les améliorations apportées à son programme de lutte contre le dopage depuis l'année 2004". Ce qui revient à dire que la fédération internationale n'a même pas confiance dans les résultats de ses propres contrôles jusqu'en 2004, en plein dans "l'ère" Armstrong.

Lance Armstrong n'est pas le seul à bénéficier de petits arrangements sur le pouce. En 2008, l'équipe LPR est invitée par le Giro sans avoir obtenu au préalable de label wild card, pourtant obligatoire pour les Conti Pro. C'est pas grave ! L'UCI réclame 7 500 € par coureur engagé au Giro afin d'intégrer les neuf sélectionnés de l'équipe au maillot gris au nouveau programme antidopage. Ce label, lié à l'adhésion au passeport, est indispensable pour pouvoir être invité à une course Pro Tour. Le passeport coûte cher et pour ne rien arranger, dès le début de la saison 2008, l'Agence mondiale antidopage refuse de financer le programme, en représailles de la plainte déposée par l'UCI contre Dick Pound, l'ancien président de l'AMA.

PASSEPORT POUR UN NOUVEL ENGAGEMENT

A peine l'ancien coureur de l'US Postal a-t-il annoncé son retour à l'automne 2008 que le Giro l'invite pour fêter ses 100 ans. Depuis 2005, Angelo Zomegnan a pris les commandes du Tour d'Italie avec la ferme intention de faire reconnaître sa course comme l'égale de son homologue française. C'est au prix de parcours hors des sentiers battus (col des Finestre, le Plan de Corones, les strade bianche, le projet de départ à New-York) qu'il cultive sa différence. Lui aussi est opposé au ProTour. Le 1er février 2008, il n'invite que quatorze équipes de la première division, fidèle à ce que proposaient les trois grands organisateurs fin 2005. Les recalés sont les Français de Bouygues Telecom et du Crédit Agricole, ainsi que High Road et, comme pour ASO, Astana. Le 15 février, la barrière se lève devant High Road de nouveau invitée. Puis, quelques jours avant le départ du Giro, c'est un gazoduc qui s'ouvre en grand devant l'équipe kazakhe, direction l'Italie et la victoire d'Alberto Contador. Contrairement au Tour de France, le Tour d'Italie refuse la ré-analyse des échantillons de 2008. En 2009, Angelo Zomegnan déroule donc le tapis rose pour l'Américain, avec quelques liasses de billets planquées dessous.

Avant le passeport sanguin, la fédération internationale a déjà demandé un papier aux coureurs. Un an après l'affaire Puerto (dopage sanguin), elle leur met sous le nez « un engagement pour un nouveau cyclisme » où ils s'engagent, entre autres, à verser une amende égale à un an de salaire en cas de contrôle positif, et de donner leur ADN pour identifier les poches de sang de l'affaire Puerto si la justice espagnole le demande. Le 19 juin 2007, les deux premiers à le signer devant les photographes, avec Pat McQuaid au milieu, sont un Français et un Britannique : Sandy Casar et Mark Cavendish. Anne Gripper, responsable du programme antidopage de l'UCI, pense que ceux qui ne signeront pas n'oseront pas prendre le départ du Tour “à cause de la pression”. Pendant ce Giro 2009, Danilo Di Luca est contrôlé deux fois positif à l'EPO Cera. A cause de l'engagement qu'il a signé, l'Italien doit verser un an de salaire soit 280 000 euros.

LE PROTOUR FRANCHIT LES MERS

En 2008, l'UCI lance un nouvel organe pour s'occuper du dopage, la Fondation anti-dopage du cyclisme (CADF). Quand l'USADA suspend à vie Lance Armstrong le 23 août 2012, les représentants des différentes familles du cyclisme pro demandent une plus grande indépendance de la CADF. En 2009 et 2010, le passeport sanguin n'a rien signalé d'anormal chez l'Américain, là où le rapport de l'USADA de 2012 l'accuse de dopage. En 2012, Anne Gripper, l'ancienne chef de l'antidopage à l'UCI (2006 à 2010), se disait pourtant “confiante qu'aucune preuve de l'USADA ne concerne la période où elle était en place” (1). En 2020, l'UCI décide d'abandonner la CADF et de confier son programme antidopage à l'Agence de contrôles internationale (ITA).

Le Tour Down Under 2009 n'est pas seulement la première étape vers la déchéance d'Armstrong, c'est aussi la première course du ProTour de la saison. En effet, le Conseil du ProTour a continué de travailler en 2008 malgré l'affrontement UCI-ASO. En avril, il propose l'entrée de nouvelles épreuves en Chine et en Russie, avant, à plus long terme, d'aller conquérir l'Océanie et l'Afrique. Au final, c'est donc par l'Australie que le calendrier mondial s'internationalise, un an avant le premier Championnat du Monde aux Antipodes à Geelong. En 2010, le Grand Prix de Montréal, déjà présent à l'époque de la Coupe du Monde, renaît de ses cendres avec en prime le Grand Prix de Québec. Le ProTour devient mondial. En 2011, il fait place au WorldTour.

LE MAILLOT NOIR DE LA RÉVOLUTION

Sans avoir donné un seul coup de pédale, l'équipe Sky obtient la licence ProTour perdue par la formation Bbox Bouygues Telecom. Le groupe sportif est riche (selon les sources entre 16,5 millions et 30 millions d'euros la première année) et ne s'embarrasse pas des contrats signés. Son manager Dave Brailsford fait venir Bradley Wiggins encore lié par contrat avec Garmin. Mais ce n'est pas la première fois qu'un contrat est cassé en cours de route dans le vélo. Stephen Roche était déjà parti de chez Peugeot à la fin de 1983 alors qu'il était encore engagé avec la marque. Les maillots noirs qui veulent révolutionner le vélo commencent par un bon bizutage. Edvald Boasson Hagen s'arrête sur le bas côté de la route de la 4e étape du Tour d'Oman 2010 pour un besoin naturel. Il porte le maillot rouge de leader. Leurs adversaires vont se charger de leur donner une bonne leçon en n'attendant pas le Norvégien qui perd la course.

Au conseil d'administration de la structure propriétaire de l'équipe siège Brian Cookson, encore Président de la fédé britannique avant d'être élu à la tête de l'UCI à Florence en 2013. Son fils Oliver en est aussi le "coordinateur de la performance".

LE PROJET AVORTÉ DE 2013

Au Championnat du Monde 2013, le CCP (2) présente une nouvelle réforme du cyclisme professionnel inspirée par les différentes consultations lancées par l'UCI après la suspension de Lance Armstrong mais aussi après une étude menée par l’Institut des Sciences du Sport de l’Université de Lausanne (ISSUL). Cette réforme propose la création d’une première et d’une deuxième division avec un système de montée-descente automatique, avec moins de coureurs par équipe et moins de courses chaque année pour les coureurs. Le calendrier serait plus compact (tous les week-ends entre février et octobre). Un des principes retenu est d'éviter le chevauchement des compétitions du WorldTour.

Dans ce projet de réforme, la première division serait réduite à seize équipes qui auraient l'obligation de constituer une équipe réserve. La deuxième compterait huit formations qui auraient le droit de participer à un Grand Tour par an. Enfin, une troisième division regrouperait le reste des Conti Pro et des Continentales.

Le calendrier du WorldTour serait aussi divisé en deux divisions. La réforme doit entrer en œuvre en 2015 mais c'est une autre réforme qui va voir le jour.

(1) Sydney Morning Herald 5 octobre 2012

(2) Conseil du cyclisme professionnel

Notre dossier - Les 1001 réformes du cyclisme pro :
-Les pros et les amateurs : des diables et des petits saints
-La bataille de la licence pro
-Il y a du monde dans le peloton
-Des primes de départ aux courses protégées
-L'UCI laisse passer la révolution des extra-sportifs
-Les organisateurs prennent la main
-Le long chemin vers la licence unique
-Hein Verbruggen, le révolutionnaire
-Du Top Club au ProTour
-Un retour et le WorldTour
-Le retour du classement UCI

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