Pierre-Yves Chatelon : « On veut du mouvement et ne pas tout bloquer »

Crédit photo Xavier Pereyron - DirectVelo
Le Tour de l'Avenir débute ce samedi, et l'équipe de France y va avec de sérieux arguments. Paul Seixas sera de la partie et devrait être la grande attraction de l'épreuve durant la semaine. Avec le coureur de Decathlon AG2R La Mondiale en tête d'affiche, les Bleus sont forcément parmi les prétendants à la victoire finale. Mais pour le sélectionneur Pierre-Yves Chatelon, pas question de bloquer la course autour du jeune talent. Surtout, le succès au classement général ne représente pas une fin en soi. Chacun aura sa chance durant la semaine de se montrer, peu importe le terrain. Et avec des adversaires comme Jarno Widar et Pablo Torres, l'équipe de France aurait tort de tout miser sur un seul cheval. Pierre-Yves Chatelon l'explique à DirectVelo.
DirectVelo : Comment est l'état d'esprit avant d'aborder ce Tour de l'Avenir ?
Pierre-Yves Chatelon : Depuis les France de la Tour-du-Pin, on n'a pas trop eu d'interactions, mais tout le monde est motivé. Il y a le forfait de dernière minute d'Ugo (Fabriès), qui est remplacé par Louka (Lesueur) qui est enchanté. Paul semble bien remis du petit pépin médical qui lui a occasionné le forfait à l'Ain. Tout va bien à part le forfait d'Ugo qui doit renoncer à porter le maillot de Champion de France, la mort dans l'âme.
De quoi souffre-t-il ?
Il a une tendinite au niveau du quadriceps, on a tenté jusqu'à aujourd'hui (jeudi). Il a passé une IRM, mais il était plus sage de renoncer. Il sera avec nous aux Europe si tout est rentré dans l'ordre. Il ne voulait pas être un poids en partant avec un genou pas suffisamment rétabli. J'ai choisi Louka Lesueur pour le remplacer, il est très polyvalent, rouleur, puncheur, grimpeur et beaucoup d'abnégation pour le collectif. Et Adrien Boichis n'était plus disponible en raison de sa préparation VTT.
« CE N'EST PAS UNE ÉPREUVE WORLDTOUR, C'EST PLUS DÉBRIDÉ »
Comment as-tu constitué cette sélection ? Y a-t-il une stratégie autour de Paul Seixas ?
Je ne voulais pas faire une équipe exclusivement de grimpeurs, car la montagne se résume aux deux derniers jours et au prologue. Paul, s'il affiche le niveau qu'il avait au Dauphiné et au Tour des Alpes, n'a pas besoin de grand monde dans la montagne. Surtout vu la configuration des deux dernières étapes. Il n'y a pas besoin d'équipiers pour passer ça. La compo est plutôt complète pour essayer de briller sur tous les terrains et ne pas se faire piéger sur l'étape du milieu de semaine. Pour les autres l'idée est plutôt d'arriver au week-end en ayant emmagasiné de belles choses, des victoires. En équipe de France chacun a sa chance pour briller sur les différentes étapes. On veut du mouvement et ne pas tout bloquer autour de l'hypothétique dernier week-end.
La présence de Paul Seixas a fait du bruit, comment est-il avant d'aborder ce rendez-vous ?
Il est ultra motivé. Il est là à sa demande car ce n'était pas trop le projet initialement. J'avais dit que c'était réservé à ceux qui feront les Europe et Mondiaux, chose qu'il ne peut pas faire. Mais il m'a convaincu par sa motivation, c'est la continuité de ce qu'il a fait en Junior avec l'équipe de France. Je ne le place pas en grandissime favori au-dessus d'un Widar et d'un Torres, qui ont l'expérience d'un précédent Tour de l'Avenir. Malgré ses performances, ce n'est pas une épreuve WorldTour, c'est plus débridé. Donc ma compo est tournée vers un format Coupe des Nations plutôt qu'une épreuve WorldTour contrôlée par des équipes.
« S'IL PERD EN AYANT APPRIS, LE CONTRAT SERA REMPLI »
On évoque beaucoup un match Seixas-Widar, avec éventuellement Pablo Torres en arbitre. Qu'en penses-tu ?
Je pense que c'est beaucoup plus ouvert que ça, c'est un format où un Nordhagen peut passer. Certes il y a l'étape de jeudi avec l'enchainement, mais ça ne fait que 120 km. Le format s'adapte aussi à des coureurs moins grimpeurs, plus puncheurs comme Nordhagen. Je crains pas mal Torres le dernier jour avec le numéro du Finestre l'an dernier. Cette année la demi-étape du matin en Italie s'apparente à la Finestre. En tout cas je ne résume pas le match à un duel. D'autant qu'en ayant une équipe éclectique il y a moyen de piéger des favoris.
En tout cas, avec Paul Seixas notamment, l'équipe de France ne peut pas se cacher et masquer ses ambitions...
Que Paul gagne ou pas ça ne changera rien au parcours de formation des coureurs de l'équipe. Ce n'est pas l'objectif exclusif, au contraire. Il faut apprendre à Paul à évoluer dans ce rôle, chose qu'il fait déjà. S'il perd en ayant appris, le contrat sera rempli. On avait beaucoup de certitudes sur Lenny Martinez et il n'a pas gagné, ce n'est pas pour autant que sa carrière s'est terminée là. Il ne faut pas ce genre de pression. Quelque part, ce qui pourrait arriver de mieux serait de perdre en apprenant. Je ne le souhaite pas, mais ce n'est pas une fin absolue.
« ÇA MONTRERA PEUT-ÊTRE AUX OBSERVATEURS QU'IL Y A ENCORE DU CHEMIN À PARCOURIR »
Il y a également des arguments à faire valoir sur les étapes moins difficiles, avec Pierre-Henry Basset, Victor Loulergue...
Ils ont tous démontré, peut-être un peu moins Victor (Loulergue), un très bon niveau de forme à La Tour-du-Pin. Je n'écarte pas du jeu Antoine (L'hote) non plus. Louka, le dernier entrant, non plus. J'espère qu'on ne sera pas bloqué autour de la défense du leadership pour que ces coureurs là puissent tous s'exprimer. Avec François (Trarieux) qui assurera la direction sportive, on va tirer des plans au jour le jour, en fonction du prologue déjà.
Que faut-il pour réussir la semaine ?
Une victoire d'étape et un podium au général. Et encore une fois, si on ne le remporte pas, ce ne sera pas un drame et ça montrera peut-être aux observateurs qu'il y a encore du chemin à parcourir sur la formation du potentiel futur vainqueur du Tour.
