Maël Guégan : « J’attendais ce moment depuis tellement longtemps… »

Crédit photo Xavier Pereyron / LNC

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À quoi pouvait bien penser Maël Guégan durant les minutes et les heures qui ont suivi l’arrivée de la deuxième étape des 4 Jours de Dunkerque ? Fallait-il se réjouir, être fier, ou se morfondre et se demander comment il a pu laisser échapper cette première victoire chez les pros qui lui tendait les bras ? Au bout d’un scénario improbable où les coureurs des Conti françaises ont fait la peau au peloton, le sociétaire de l’équipe CIC a été battu au sprint par Victor Papon, lequel apporte à Nice Métropole Côte d’Azur la première victoire de son histoire à ce niveau de compétition. Ce qu’aurait également pu faire Maël Guégan pour “Nantes” s’il avait coupé la ligne en premier. DirectVelo a recueilli la réaction de l’éternel attaquant après la course. Entretien.


DirectVelo : Tu viens de terminer 2e d’étape sur les 4 Jours de Dunkerque, au niveau ProSeries. Quel sentiment prédomine, la fierté d’avoir mené une échappée à son terme, ou la déception de passer à côté d’une occasion rare de gagner chez les pros ?
Maël Guégan : Pour le moment, c’est la déception qui vient en premier. J’attendais ce moment depuis tellement longtemps… C’est dur, je n’ai pas réussi à conclure et ça m’embête. J’aurais tellement aimé offrir cette première victoire chez les pros à l’équipe. C’était une très belle opportunité de le faire. D’un autre côté, ça motive aussi car c’est la preuve que c’est possible. On réussira bien à le faire à un moment ou un autre, comme Victor Papon l’a fait pour Nice. Il n’y a pas de raison. Ce sera pour la prochaine fois, mais c’est dommage.

« IL Y A CRU TOUT DE SUITE »

Frédéric Doutre nous a expliqué qu’il avait senti cette opportunité de piéger le peloton en analysant la dernière partie de l’étape, favorable à des attaquants avec de longues portions légèrement descendantes. C’était aussi ton ressenti avant la course ?
Oui, totalement ! Cette année, j’ai pris un peu moins d’échappées que les années précédentes car je préfère les cibler davantage. Quand je vais devant, c’est vraiment pour jouer la gagne. Je me concentre sur les échappées qui peuvent aller au bout maintenant. Et celle-ci en faisait clairement partie. Après le dernier GPM, il y avait un bon faux-plat descendant et surtout, beaucoup de passages en ville, d’aménagements urbains… On l’avait évoqué au briefing, on s’était dit que le peloton ne reprendrait pas grand-chose à un groupe d’attaquants sur cette fin d’étape. Et ça n’a pas loupé. C’est pour ça que l’on voulait absolument mettre un mec devant.

Dans ces conditions, qu’as-tu pensé lors de la composition de ce groupe de cinq ?
Je me suis dit que c’était pas mal car il n’y avait que des gars que je connais assez bien. On a pu discuter toute la journée, s’organiser au mieux et accélérer franchement au bon moment, d’un coup, ce qui a sans doute surpris le peloton. On a vraiment bien géré tous ensemble. C’est d’ailleurs une vraie fierté. Même s’il n’y a pas la gagne au bout, j’ai contribué avec les autres à battre le peloton. C’est déjà beau car ça n’arrive pas tous les jours.

Victor Papon expliquait en zone mixte que vous n’avez pas perdu d’énergie à jouer les grimpeurs ou les points chauds…
Au bout de trente bornes à peine, Anthony (Ravard, le directeur sportif, NDLR) est monté à ma hauteur pour me dire qu’on se foutait de jouer les classements annexes et qu’il fallait viser la victoire d’étape. Il y a cru tout de suite et a été top avec moi de bout en bout. Son soutien a été précieux.

« JE N’AI PLUS DU TOUT L’HABITUDE DE GÉRER CES SITUATIONS-LÀ »

On t’a vu sauter des relais dans les tous derniers kilomètres. Peux-tu revenir sur ces ultimes instants de la course et nous expliquer quelle était ta stratégie, ce que tu avais en tête ?
Certains ont pensé que j’étais cramé mais en réalité, j’étais encore pas trop mal. Anthony m'a dit de garder absolument la roue de Daniel Arnes car il considérait que c’était le plus fort et qu’il allait en mettre une bonne à un moment ou un autre. Il l’a fait, mais plus tard que prévu, aux 800 mètres. Je n’ai pas osé contrer sinon, je grillais ma dernière cartouche alors qu’il y avait encore deux mecs de Roubaix en face. Je me serais fait ba*ser. Il fallait être fort mentalement pour patienter encore, et attendre que quelqu’un lance le sprint. Je ne voulais pas être le premier à lever le cul de la selle. Et c’est Kévin (Avoine) qui l’a fait. Tactiquement, j’ai bien joué le coup.

Mais tu n’as pas gagné…
J’ai lancé mon sprint un peu tard, je suis remonté en survitesse aux 50 mètres mais c’était trop tard. J’ai passé Victor juste après la ligne, ça fait mal… Le timing n’est sans doute pas le bon. Mais c’est le jeu. Ça faisait tellement longtemps que je n’avais pas joué la gagne, six ans… Je n’ai plus du tout l’habitude de gérer ces situations-là comme je le faisais chez les amateurs. Il m’a manqué l’instinct du gagneur, clairement. Mais bon, il ne faut pas avoir trop de regrets, ne pas ressasser… Victor était très fort et je suis vraiment content pour lui. Je préfère largement qu’il gagne lui plutôt que le peloton ne soit revenu.

Avec un peu de recul, tu garderas sans doute de très bons souvenirs de cette journée frissons, où tu auras joué la gagne sur une épreuve de prestige ! 
Oui, c’est sûr. Anthony était bien "énervé" à l’oreillette, il y croyait autant que moi. On a passé un bon moment sur le vélo et dans la voiture, je pense. J’ai reçu beaucoup de messages et d’appels de gens qui sont heureux pour moi, de cette belle 2e place. Ils savent tout le mal que je me donne en échappée depuis des années, ils savent aussi que je n’ai jamais été récompensé. Je suis déçu mais je me dis que c’est aussi une récompense d’aller faire 2, quand même. Ça reste le meilleur résultat de l’histoire de l’équipe chez les pros. Il faut relativiser. 

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