Nice Métropole : « On savait que ça allait être notre tour »

Crédit photo Xavier Pereyron / DirectVelo
C’est une journée qui restera à jamais ancrée dans l’histoire de la formation Nice Métropole Côte d’Azur. Après avoir gagné quelques fois par le passé sur des épreuves dites exotiques, en Classe 2 (en Algérie, au Kosovo, au Maroc et en Serbie), la Conti azuréenne a décroché la toute première victoire de son histoire à haut-niveau - grâce à Victor Papon. Le coureur de 25 ans s’est imposé à Liévin, au sprint et maillot à pois sur le dos, alors que l’échappée du jour est allée au bout en résistant de justesse au retour du peloton. Pour DirectVelo, le directeur sportif des Niçois, Frédéric Doutre, est revenu sur cette journée inoubliable. Entretien.
DirectVelo : Le Team Nice Métropole Côte d’Azur vient de décrocher sa première victoire chez les pros, qui plus est au niveau ProSeries !
Frédéric Doutre : C’est le travail de cinq et même six années avec le manager Jérôme Pulidori qui est récompensé. On avait coché cette étape, on savait qu’il y avait éventuellement la possibilité d’y piéger les sprinteurs. Si on avait encore un peu de marge en haut du dernier mont, ça devenait jouable de rivaliser avec le peloton car le final était favorable, notamment avec de longues portions assez descendantes. Dans ces cas-là, un peloton ne roule pas plus vite qu’une échappée de quelques mecs. On s’est retrouvés avec cette échappée de cinq, dont deux coureurs de chez nous, et une avance intéressante en fin de course. C’était parfait.
« JE VOULAIS PRÉSERVER VICTOR, J’AI DEMANDÉ À JAAKKO DE FAIRE LE FORCING »
À quel moment as-tu compris qu’il serait possible de se jouer la victoire devant ?
À une quarantaine de bornes de l’arrivée, quand j’ai vu que le groupe avait encore plus de deux minutes d’avance. J’ai boosté les gars, je leur ai dit que c’était jouable. La chance que l’on a eue aussi, c’est de n’avoir que des Conti devant, des gars qui allaient forcément se donner à fond du début à la fin. Si on avait eu un ou deux mecs de WorldTeams, ils auraient peut-être joué avec les autres, misé sur leur sprinteur derrière ou autre. Là, personne ne s’est posé de questions.
Comment l’équipe a-t-elle manœuvré dans le final, alors que vous aviez deux cartes ?
Je voulais préserver Victor (Papon) pour le sprint. J’ai donc demandé à Jaakko (Hänninen) de vraiment faire le forcing en fin de course pour s’assurer que le groupe puisse aller au bout. Il s’est livré à 2000% pour Victor sans rechigner à la tâche. Bravo à lui. Cette victoire, c’est aussi la sienne et celle de tout le groupe. Elle fait d’autant plus plaisir qu’hier, je tenais un coureur ensanglanté et meurtri dans les bras, Clément Davy. Le vélo, ça tourne vite. C’est la beauté du sport.
Au niveau Conti, Van Rysel-Roubaix a réalisé un début de saison particulièrement impressionnant. Auber a également, par le passé, décroché des victoires de prestige et même un titre de Champion de France. Et Nantes a obtenu plusieurs podiums récemment. Imaginiez-vous que ça finirait, un jour, par être votre tour, ou la victoire semblait-elle loin ?
On savait que ça allait être notre tour un jour ou l’autre. On tournait autour, l’air de rien. Bien sûr, pour le grand public, ça pourrait peut-être faire sourire… Mais les spécialistes le savent, on a une belle équipe soudée cette année, on essaie de dynamiter les courses très régulièrement et on a des coureurs solides comme Clément (Davy), Laurens (Huys), Jaakko (Hänninen), Tom (Mainguenaud) et bien d’autres qui sont capables d’aller faire un gros coup sur une journée. Ça n'avait pas payé jusque-là mais on espérait que ça finisse par être le cas. Finalement, c’est pour Victor. Au niveau des autres Conti, c’est vrai que le début de saison de Roubaix nous a inspirés, ça a donné des idées. Ils nous ont montré que c’était possible et on comptait bien le faire nous aussi.
« ON BOUSCULE UN PEU LES CODES »
Quoi qu’il arrive par la suite, la saison de l’équipe est désormais réussie…
La saison était déjà bien lancée, on tournait bien grâce à plusieurs mecs. Il y a une bonne cohésion cette année. Il ne restait plus qu’à mettre la balle au fond, c’était l’objectif. Forcément, avec ce qu’il vient de se passer aujourd’hui (jeudi), il y aura un avant et un après.
Cette victoire changera-t-elle également le regard des autres équipes, selon toi ? Le groupe peut-il espérer être davantage respecté dans le peloton, ne serait-ce que ces prochains jours sur les étapes à venir ?
Il est important de marquer son territoire. Dans le vélo, il y a une hiérarchie, ça fait partie du jeu. Les grosses équipes essaient d’impressionner les autres, de s’imposer dans le peloton. C’est normal, il n’y a pas de rancœur. C’est à nous de nous battre pour se faire une place malgré tout, ne pas se laisser intimider, ou impressionner. Tout le monde a sa place dans le peloton. En gagnant à Dunkerque, on bouscule un peu les codes.
L’équipe compte-t-elle fêter ça comme il se doit ?
Oui, on a demandé une petite bouteille de champagne pour le repas du soir, pour le staff et les coureurs (entretien réalisé ce jeudi en fin d'après-midi, NDLR). C’est historique, on doit marquer le coup pour notre première à ce niveau-là. Mais on va vite basculer sur la suite de la semaine car il reste du travail et des choses à aller chercher jusqu’à dimanche. Il faut continuer.
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