Plus explosif, moins grimpeur : Remco Evenepoel à la recherche du point d'équilibre

Crédit photo Xavier Pereyron / DirectVelo

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3e du Tour des Flandres, vainqueur de l’Amstel Gold Race et 3e de Liège-Bastogne-Liège : la campagne de Classiques de Remco Evenepoel se révèle, à première vue, d’une remarquable densité. Pourtant, derrière cette constance dans les résultats, une limite apparaît avec une netteté presque implacable : jamais le Belge n’a été en mesure de rivaliser avec Tadej Pogacar, ni sur les monts pavés flamands, ni sur les pentes ardennaises.


Dimanche dernier, dans l’ascension de La Redoute, le Champion du Monde du contre-la-montre a cédé au moment décisif, incapable de suivre l’accélération du Slovène et de Paul Seixas. Lucide, presque désarmant de franchise, il confiait : "Je sentais que les jambes étaient déjà un peu lourdes. Je n’ai pas essayé de suivre car j’ai senti que j’aurais probablement explosé". Sans chercher le moindre alibi, Remco Evenepoel est allé puiser dans ses ressources mentales pour arracher un podium au sprint, grâce à une pointe de vitesse devenue tranchante.

L'IDÉE DE PARIS-ROUBAIX 

Car c’est bien là que réside le paradoxe de son printemps : cette explosivité, redevenue redoutable, constitue à la fois sa force et, indirectement, sa limite. Elle lui a notamment permis de dominer Mattias Skjelmose dans un sprint à deux sur l’Amstel, confirmant un travail hivernal clairement orienté vers les efforts courts et intenses. Une orientation qui éclaire, en creux, ses difficultés rencontrées plus tôt dans la saison, notamment sur l’UAE Tour ou le Tour de Catalogne. Son directeur sportif, Sven Vanthourenhout, en propose une lecture précise à DirectVelo : "On l’a vu sprinter contre Dorian Godon, et je pense en effet que c’était clair : il était plus explosif, tout ce qui allait jusqu’à cinq à dix minutes était très bon. Mais sur les efforts plus longs, il y avait peut-être un manque, ou en tout cas il était un peu moins performant."

Cette troisième place sur le Ronde n’en demeure pas moins fondatrice. Elle ouvre des perspectives inédites, au point d’imaginer, à terme, Remco Evenepoel dans l’enfer de Paris-Roubaix : "Je pense qu’il a les qualités physiques pour, à terme, jouer un rôle dans le final de Roubaix. Mais devenir un coureur de Roubaix sans avoir disputé beaucoup de Classiques… Cela demande davantage d’expérience." Et d’ajouter : "Il doit encore mieux s’intégrer dans le groupe pour vraiment jouer un rôle." Derrière ces propos se dessine une évidence : le talent brut ne suffit pas, et la maîtrise des Classiques s’acquiert dans la répétition et l’apprentissage, bien que Tadej Pogacar se soit montré en mesure de jouer directement la victoire sur son premier Paris-Roubaix, l'an passé. 

REDEVENIR GRIMPEUR

L’autre versant du problème est physiologique. L’entraîneur Jef Van den Bosch, dans le Het Nieuwsblad, met en lumière un arbitrage fondamental : "Puisqu’ils savaient en décembre qu’il allait courir le Tour des Flandres, ils ont travaillé sur l’explosivité. On gagne alors en masse musculaire, mais cela se fait au détriment des capacités en montagne." Ce choix n’est pas sans conséquences, et l’expert se montre catégorique quant à la marge de manœuvre à court terme : "Il ne faut pas s’attendre à des miracles. Je ne vois pas comment il pourrait améliorer sa condition en huit semaines tout en perdant de la masse musculaire." Avant de conclure avec une forme de fatalisme face à la comparaison constante avec Tadej Pogacar : "Remco est un coureur exceptionnel, mais il est comparé à quelqu’un qui se situe encore un cran au-dessus. Quoi qu’il fasse, il doit s’incliner."

Face à ces analyses parfois sévères, le sélectionneur national Serge Pauwels invite à une lecture plus nuancée, presque confiante, à HLN : "Quand il se fixe un objectif, il répond présent." S’appuyant sur l'exemple de 2024, il rappelle : "Au Dauphiné, il se faisait lâcher en montagne. Il a travaillé ensuite et a fini 3e du Tour. Le délai était même plus court qu’aujourd’hui." Et d’insister : "C’est encore possible, mais il doit maintenant s’entraîner sur les longs cols." Ainsi, le projet Evenepoel apparaît comme une œuvre en cours, tiraillée entre deux idéaux presque antagonistes : l’explosivité des Classiques et l’endurance des grands cols. À l’heure où il s’apprête à retrouver la montagne pour de longues heures d’entraînement, une certitude s’impose : il n’est pas encore arrivé à son point d’équilibre. 

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