Paul Seixas : « Ne pas me tromper de route »

Crédit photo Sacha Fidaire / DirectVelo
Il est de retour à la compétition. Un mois après son impressionnante place de dauphin de Tadej Pogacar lors des Strade Bianche, Paul Seixas est aligné cette semaine sur le Tour du Pays Basque. Une épreuve qui doit servir de nouveau test d’importance sur la route de son premier Grand Tour. Samedi, le leader de la formation Decathlon CMA CGM pourrait devenir le premier coureur français à remporter le classement général d’une course par étapes de niveau WorldTour depuis près de 20 ans, c’était alors Christophe Moreau lors du Critérium du Dauphiné… 2007. Paul Seixas était encore dans la poussette. Le lauréat de la Faun-Ardèche Classic a abordé le sujet et répondu aux questions de DirectVelo depuis Bilbao, ce dimanche en fin d’après-midi. Entretien.
DirectVelo : Est-ce la victoire finale que tu viens chercher cette semaine au Pays Basque ?
Paul Seixas : Bien sûr que lorsque j’évoque le meilleur résultat possible, c’est forcément la victoire. J’ai bien travaillé ces dernières semaines. Au vu de la concurrence qu’il y a en face, il y aura quand même des coureurs très solides, avec beaucoup d’expérience pour certains, et plutôt la jeunesse pour d’autres comme (Isaac) Del Toro et (Juan) Ayuso. Mais même eux ont plus d’expérience que moi. Il y aura aussi (Florian) Lipowitz, (Primoz) Roglic etc. Je vais essayer de jouer la victoire, oui, de voir ce que ça peut donner. Je suis impatient, calme et posé. J’ai hâte de voir ce que je vais pouvoir faire pendant la course.
Le parcours te plaît-il ?
Oui, il y a un beau chrono pour commencer, puis une première étape je dirais de pure montagne le lendemain, avec un gros col, une longue descente et une arrivée pour puncheurs. Après, il n’y aura que des étapes dures mais à chaque fois avec plutôt des montées raides et courtes, ça va être intéressant.
Dès ce lundi avec ce chrono difficile de 13.8 km autour de Bilbao…
On l’a reconnu aujourd’hui (dimanche) et les DS nous avaient déjà fait une vidéo du parcours. J’ai travaillé ces efforts-là, forcément, mais pas que, car d’autres objectifs arrivent lors de la Flèche et Liège. J’ai bossé sur plusieurs filières, dont le chrono. Normalement, ça devrait être pas mal. C’est un chrono difficile avec une belle montée pour commencer, puis un faux-plat descendant, voir descente tout court, pas trop technique, puis un retour plutôt plat avant un dernier mur très raide. Je pense que ce chrono va me convenir.
« VOIR COMMENT JE ME SUIS AMÉLIORÉ PAR RAPPORT AU DAUPHINÉ »
Quelle place ce Tour du Pays Basque occupe-t-il dans ton calendrier ? Est-ce un très gros objectif ?
Je ne dirais pas que c’est un très gros objectif mais c’est important pour moi de passer par ce test-là, sur une course par étapes d’une semaine très difficile. Je veux voir comment je récupère, comment je me suis amélioré par rapport au Dauphiné l’année dernière, que j’avais fini mort. Ce sont deux courses assez différentes en termes de profil mais au niveau de l’intensité, ça reste assez proche. Ce sera très dur tous les jours, j’ai envie de voir comment je vais récupérer au fil des jours et si j’arrive à valider cette étape-là.
Tout le monde a en tête cette fameuse stat des presque vingt ans sans la moindre victoire d’un coureur français sur le classement général d’une course par étapes du WorldTour. C’est quelque chose que tu as en tête au départ de Bilbao ?
Je ne me focalise pas particulièrement sur les stats, j’arrive avec des ambitions, forcément. Alors, oui, il y a cette stat’ des 20 ans, ça on le sait. Mais je me concentre avant tout sur le fait que c’est une nouvelle étape pour moi. Une course d’une semaine, c’est ce qu’il y a de plus dur pour un coureur de général, après les trois Grands Tours. C’est une belle étape à valider pour la suite. J’ai réussi à passer le cap que je voulais passer cet hiver, c’était vraiment une grande satisfaction car ce n’était pas forcément évident de réussir à passer ce cap. Mais je l’espérais vraiment, j’ai travaillé pour ça, comme toute l’équipe. J’ai réussi à concrétiser.
Revenons à la concurrence : tu avais déjà affronté Juan Ayuso au Tour d’Algarve en début de saison. Quels enseignements en gardes-tu ?
Le contexte sera différent mais là-bas en termes d’intensités, j’ai déjà pu voir qu’il était très fort, sur le chrono comme sur les étapes de moyenne montagne. Ce sera un très gros adversaire. Mais c’était il y a déjà un mois et demi. Je n’aime pas trop ressasser les choses qui sont déjà faites. Je me focalise sur ce qui arrive.
« POUR MOI, CE N'ÉTAIT QUE DU BLA-BLA »
Ces dernières semaines, outre le débat sur ta participation ou non au prochain Tour de France, il a également été question de ton contrat et de ton éventuel départ de Decathlon CGM CGM, le nom d’UAE Team Emirates revenant d’ailleurs sur la table. Comment as-tu vécu cette situation ? Es-tu totalement imperméable à ces débats autour de ton avenir ?
Personnellement, je ne me concentre pas là-dessus. J’imagine que ça fait partie du vélo d’essayer d’aller chercher un peu les infos. C’est sûr que pour moi, ce n’était que du bla-bla. Il n’y a pas de concret là-dedans et ça ne m’intéressait pas particulièrement. Je suis vraiment concentré sur mes courses, mes objectifs… J’ai bien d’autres choses à penser avant ça.
Pour le sujet d’une participation au Tour, il est toujours prévu de faire le point après Liège-Bastogne-Liège ?
C’est ça, c’est toujours dans la continuité.
As-tu envie de faire le Tour ?
Mon envie, c’est de bien faire cette année, passer par les bonnes étapes et ne pas me tromper de route. C’est pour ça que j’attends ce nouveau point de passage au Pays Basque, voir comment ça se passe sur la Flèche Wallonne et à Liège, voir comment je réagis. Je n’ai pas fait d’altitude avant alors c’est forcément différent. Je vais voir comment j’ai évolué, je me concentre vraiment là-dessus pour le moment. Puis on verra comment gérer la suite du programme. Dans le staff, ils ont plus d’expérience que moi, je compte sur eux pour gérer ça, même si bien sûr que j’aurai mon mot à dire. C’est pour ça que je prends mon temps.
« IL SE PEUT QUE JE N’Y ARRIVE PAS »
Après ton numéro sur l’Ardèche Classic et plus encore après ton podium derrière Tadej Pogacar aux Strade Bianche, certains directeurs sportifs de l’équipe ont admis avoir été agréablement surpris et que tu étais un poil en avance sur les prévisions. T’es-tu toi aussi surpris ou espérais-tu réaliser, déjà, de telles performances lors de tes trois premières sorties de l’année ?
Je dirais que je ne me suis jamais fixé de limites en me disant qu’il serait impossible de faire ci ou ça, car ce n’est pas de cette façon que ça doit fonctionner. En fait, peu importe les espoirs ou espérances de chacun, je me suis dit toujours que je bossais pour progresser. Tant que je progresse… Pour l’instant, j’ai la chance de pouvoir maintenir cette progression. Ce cap que j’ai passé cet hiver, oui, je l’avais dans un coin de la tête, je me disais que c’était possible. Mais je me disais aussi qu’il était possible que je stagne un petit peu. J’ai préféré ne pas me fixer d’attentes précises, pour ne pas être déçu non plus.
“Ne pas être déçu” mais pour autant, tu serais bien déçu de ne pas finir sur le podium final samedi, par exemple ?
Oui, forcément, en venant pour la victoire, je serais déçu de ne pas finir sur le podium. Après, ça dépendra aussi des circonstances. Il se peut que je n’y arrive pas. Les adversaires en face sont très solides, c’est une grosse course WorldTour sur une semaine. Ce ne serait pas un échec total non plus. En tout cas, je vais mettre toutes les chances de mon côté pour réussir.
Priorises-tu vraiment le général cette semaine ou aimerais-tu jouer également une victoire d’étape ?
Je vise d’abord le classement général, c’est l’objectif principal. Après je verrai en fonction des occasions qui se présentent. Si je peux gagner une étape, ce serait mieux, mais le but ici est d’abord de montrer que je peux être régulier sur une course par étapes d’une semaine. Pour moi, c’est le plus important, confirmer que j’ai pris du volume et que je suis capable d’encaisser une course WorldTour sur six jours.
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