Paul Seixas : « Cette victoire valait toutes les souffrances »

Crédit photo Billy Ceusters / Boucles Drôme-Ardèche

Crédit photo Billy Ceusters / Boucles Drôme-Ardèche

Il n’a pas osé le dire au micro des nombreux journalistes présents dans la zone d’arrivée mais c’est un scénario qu’il avait clairement envisagé en coulisse, loin des caméras, auprès du staff de la formation Decathlon CMA CGM ces derniers jours. Ce samedi, Paul Seixas a écrasé la concurrence lors de la Faun-Ardèche Classic après un numéro en solitaire de plus de 40 kilomètres. Une victoire - sa deuxième après une étape du Tour d’Algarve la semaine passée - qui fera date dans la carrière du coureur de 19 ans, qui continue de sauter les marches trois par trois. DirectVelo était présent derrière le podium protocolaire pour recueillir la réaction du grimpeur lyonnais. Entretien. 


DirectVelo : Tu as réalisé un numéro qui fera date !
Paul Seixas : C’était incroyable, j’avais des sensations de dingue. Toute la journée j’étais vraiment bien. Dans les montées, je faisais le minimum d’efforts. L’équipe m’a super bien placé au pied de la bosse de Saint-Romain-de-Lerps, puis Jordan (Labrosse) m’a très bien lancé après un travail de placement parfait de Noa (Isidore).

Imaginais-tu un tel scénario, tout seul pendant près d’une heure de course ? 
Quand j’ai vu que (Matteo) Jorgenson était le seul à pouvoir me suivre dans la partie raide, je me suis dit que ça allait être compliqué car on avait prévu qu’il y ait trois à cinq coureurs dans la roue et qu’on puisse collaborer par la suite jusqu’au pied de la dernière montée du Val d’Enfer. Je me suis dit que dans un très grand jour, je pouvais tenter un raid en solitaire même si franchement, je n’y croyais pas trop. Je suis monté à mon train, Jorgenson ne passait pas trop, je pensais qu’il bluffait au début, alors j’ai pris la majorité des relais sans me mettre à fond. Puis dans la partie à nouveau raide, j’ai remis les gaz et il n’a pas réussi à suivre alors j’ai continué mon effort. Je me sentais bien, j’avais de la force. J’ai continué de bien appuyer dans la descente.

« J’ESSAIE DE M’INSPIRER DE CE TYPE DE COUREURS »

Sans n’avoir jamais eu peur d’en faire trop et d’exploser ? 
Une fois que j’ai vu qu’il y avait 40 secondes, je me suis dit qu’il fallait tenter le raid en solo et voir si ça allait tenir. J’ai réussi à bien gérer, bien m’alimenter, bien boire, et j’ai suivi les écarts. Dans ma tête, je m’étais imaginé un tempo qui me permettait de garder l’écart. Je savais exactement ce que j’avais à faire en termes de puissance. J’essayais de me refaire la cerise un petit peu à chaque fois dans les descentes pour pouvoir en remettre sur le plat. J’ai réussi ça à merveille.

Dans la zone d’arrivée, on entendait beaucoup de monde dire qu’il s’agissait d’une victoire à la Tadej Pogacar…
Bien sûr mais je ne suis pas dans la même classe que Pogacar. Lui, il fait ça quand il y a tout le monde. Qu’on soit bien d’accord, il y avait un gros plateau aujourd’hui bien sûr, mais ce n’était pas non plus une course WorldTour. Mais oui, j’essaie de m’inspirer de ce type de coureurs, qui montrent que c’est possible de faire des numéros comme celui d’aujourd’hui. Le plus important est d’y croire et d’avoir confiance en soi.

C’est un (tout) début de saison pratiquement parfait pour toi ! 
C’est le travail de toute l’équipe qui paie, ce n’est pas que moi. On a fait un travail très dur en Sierra Nevada. Ce n’était vraiment pas facile là-bas mais on n’a jamais lâché (treize jours de home-trainer sur 18 en raison de conditions météos dantesques, NDLR). Je sens que je monte encore en puissance, je me sens vraiment très bien.

« LES STRADE BIANCHE, C’EST UNE COURSE QUI PEUT ÊTRE PLEINE DE REBONDISSEMENTS »

N’est-ce pas tout de même au-delà de tes espérances ?
Forcément, c’est quelque chose d’incroyable, il y avait mes parents, ma copine, c’était l’anniversaire de mon père… Quand je souffrais dans le Val d’Enfer, je pensais à lui. C’était incroyablement dur dans chaque passage du Val d’Enfer mais je pensais à lui, à eux, et cette victoire valait toutes les souffrances du monde.

Place maintenant aux Strade Bianche, où tu affronteras Tadej Pogacar ! 
Oui, ça me prépare aussi pour la suite, même si la semaine prochaine ce ne sera pas la même chose effectivement avec Pogacar et d’autres coureurs. C’est une bonne préparation. Les Strade Bianche, c’est une course qui peut être pleine de rebondissements. On verra comment ça se passe mais ça montre que j’ai la forme.

Après ton podium au Championnat d’Europe ici-même l’an passé, tu vas finir par adorer l’Ardèche ! 
C’est vrai que c’est presque ma seconde maison maintenant ici (rire). C’est encore un moment très fort pour moi sur les routes de l’Ardèche. Franchement, c’est fou ce qu’il s’est passé ici encore une fois.

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