« En avance sur les prévisions » : Comment Decathlon CMA CGM a vécu le numéro en solo de Paul Seixas

Crédit photo Xavier Pereyron / LNC

Crédit photo Xavier Pereyron / LNC

C’est une confidence qui en dit long sur les ambitions et sur la confiance personnelle de Paul Seixas. “C’était dans sa tête hier (vendredi). Les prévisions météos à ce moment-là étaient qu’il y aurait vent du sud alors on l’avait un petit peu freiné. Mais finalement, le vent a tourné du sud au nord et ça lui a redonné des idées”, explique Sébastien Joly, l’un de ses deux directeurs sportifs samedi dernier sur la Faun-Ardèche Classic. Oui, Paul Seixas avait donc bien imaginé un scénario où il partirait seul à plus de 40 bornes de l’arrivée et oui, il se sentait prêt à passer la dernière heure de course seul à l’avant, comme il l'a fait brillamment. Cyril Dessel, l’autre DS de Decathlon CMA CGM ce week-end, avait lui aussi eu un échange similaire avec son protégé. “Quand on a évoqué la stratégie que l’on voulait mettre en place, il m’a dit qu’il envisageait de finir tout seul. Je lui ai rappelé qu’il y avait une belle start list, qu’il pouvait sans doute plus raisonnablement partir avec quatre-cinq mecs”.


Sans doute Paul Seixas avait-il peur de ne plus pouvoir se débarrasser de ses derniers rivaux dans le final, alors il a préféré profiter du moment le plus propice de la course pour s'y essayer. “Passer Saint-Romain-de-Lerps, il allait être difficile de faire la différence dans le Val d’Enfer sur un kilomètre, pour sortir les meilleurs”, reprend Cyril Dessel. La WorldTeam française avait donc un plan en tête pour propulser son jeune talent. Une partition sans fausse note. “On a fait le boulot jusqu’à la bosse de Saint-Romain-de-Lerps. Noa (Isidore) m’a déposé à 800 mètres de la bosse, c’était parfait. Ensuite, j’ai fait le boulot jusqu’au virage à gauche, racontait Jordan Labrosse auprès de DirectVelo juste après la course. On a lancé les hostilités dès le pied, comme on l’avait dit au briefing. J’ai lâché Paul après une borne et demi, là aussi c’est ce qu’on avait dit. Puis Paul a fait son truc… Le plan a été parfaitement exécuté”.

« IL NE FALLAIT PAS LE FREINER, SINON ON AURAIT TOUT CASSÉ »

Pour autant, Jordan Labrosse n’avait pas envisagé non plus que son jeune leader passe la dernière heure de course seul en tête. “On pensait qu’il y aurait quatre-cinq mecs avec lui, lâche-t-il en paraphrasant Cyril Dessel. Ce n’était pas prévu comme ça. Ce qu’il a fait est impressionnant”. Aurélien Paret-Peintre, 30 ans la veille de la course, avait pour sa part envisagé tous les scénarios, y compris celui-ci. “Avec la difficulté du parcours, je me doutais qu’il allait s’isoler dans la bosse. On devait visser. Le parcours était dur, c’était le plus fort, il a vraiment bien géré, analyse le Haut-Savoyard. Il les a asphyxiés dans la bosse, c’était quand même impressionnant. Mais maintenant, je ne suis plus étonné étant donné ses capacités”.

Dans la voiture des directeurs sportifs - Sébastien Joly au volant et Cyril Dessel à sa droite -, qu’a-t-on bien pu dire à Paul Seixas lorsqu’il a eu, pendant quelques instants, l’Américain Matteo Jorgenson (Visma-Lease a Bike) collé à sa roue en refusant de lui prendre un relais ? “On n’a rien dit. On voyait à l’écran qu’il était en train de faire craquer tout le monde”, répond Sébastien Joly sans langue de bois. “On sait que quand il est à l’avant, il fait les choses intelligemment, comme en Algarve. Il ne fallait pas le freiner, sinon on aurait tout cassé. Il a parfaitement manoeuvré sur le sommet. Il a une telle sérénité, une telle force, que ça lui permet de faire les choses bien. Pour Jorgenson, on voyait bien qu’il n’avait pas bonne mine. Paul à l’instinct du coursier, je n’avais pas envie de le téléguider. Bien sûr, le jour où il fera une grosse erreur stratégique, on lui dira. Mais là, à partir du moment où l’on savait qu’il voulait faire ce numéro, on devait le laisser faire”, poursuit le Drômois. Cyril Dessel appuie les propos de Sébastien Joly : “Je n’étais pas inquiet de voir Jorgenson s’accrocher car je savais qu’il restait la partie à 10%. Derrière, les mecs étaient par deux ou par trois maximum. Avec Seb, on s’est dit qu’il allait faire un gros numéro. Après, ça tenait ou non mais il voulait le tenter”.

« À PARTIR DU MOMENT OÙ ON NE LUI MET AUCUN FREIN, À QUOI BON IMAGINER QUOI QUE CE SOIT ? »

En creusant un peu, l’ancien maillot jaune du Tour de France 2006 fini par admettre que même dans les scénarios les plus optimistes, il n’avait pas imaginé un tel début de saison de Paul Seixas. “Je ne me serais pas forcément imaginé ça ici en Ardèche, plutôt qu’il finisse avec quelques coureurs. Mais là, qu’il fasse un tel ménage et qu’il puisse créer un écart aussi important face à de tels mecs… Au vu de ce qu’il a déjà fait face à (Juan) Ayuso en Algarve, c’est vrai qu’on est un petit peu en avance sur les prévisions, qui étaient pourtant déjà élevées. Je ne vais pas dire non”.

Et maintenant, alors ? Que va bien nous réserver la suite ? Sébastien Joly revoit-il lui aussi ses projections pour les prochaines semaines, les prochains mois, à commencer par les Strade Bianche où certains fantasment déjà de voir le Lyonnais accrocher un certain Tadej Pogacar, ni plus ni moins. “Paul l’a dit et répété, il le voit avec le capteur de puissance : il a passé un cap cet hiver. À partir du moment où on ne lui met aucun frein, à quoi bon imaginer quoi que ce soit ? Laissons le vivre sa passion et son métier tel qu’il le fait là”. Mais pas question d'établir un parallèle direct avec Tadej Pogacar, Remco Evenepoel ou un autre, malgré les allusions de certains journalistes et autres suiveurs durant tout le week-end. “Le comparer à qui que ce soit serait dommage. C’est juste Paul Seixas et c’est déjà pas mal”.

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