Des étapes le matin ? Comment le Tour de France pourra-t-il s'adapter au changement climatique

Crédit photo Billy Ceusters - ASO

Crédit photo Billy Ceusters - ASO

Le changement climatique est bien en marche et concerne tout le monde. La revue Scientific Reports publie l'étude d'une chercheuse de l'IRD de Montpellier, l'Institut national de recherche pour le développement, consacrée à l'évolution des pics de température en France depuis 50 ans, pendant le mois de juillet, et son impact sur le Tour de France.  Depuis 1903, la Grande Boucle a lieu en juillet (sauf en 2020). Et pour la petite histoire, le Tour devait avoir lieu au mois de juin en 1903, pour sa première édition, mais devant le manque d'engagés, Henri Desgrange avait dû repousser l'épreuve d'un mois, en juillet donc.

Cette étude utilise un outil, la température au globe mouillé (WBGT) pour calculer le stress thermique. C'est cette valeur qui est aussi utilisée par l'UCI depuis  2024 pour prendre des décisions pour protéger les coureurs et les suiveurs. Cette WBGT s'exprime en degrés centigrades mais il ne faut pas la confondre avec la température donnée par le thermomètre au mercure.

LES MONTAGNES PLUS VIVABLES

Les normes ISO ont défini les seuils dangereux en fonction du niveau de l'effort ou de l'activité. Pour des efforts supérieurs à 300 Watts, il est d'une température WBGT de 28°C. Mais pour les efforts supérieurs à 520 W, le seuil redescend à 25°C WBGT. L'UCI a retenu les 28°C WBGT comme marque de risque élevé. Mais l'article s'appuie sur l'étude menée pendant le Championnat du Monde à Doha au Qatar, en 2016, pour rappeler que les coureurs sont habitués à supporter des températures corporelles élevées : 85% dépassaient les 39°C et 25% les 40°C. L'air déplacé à la vitesse du coureur peut aussi avoir un effet pour supporter des températures élevées.

L'étude compare six lieux géographiques du Tour de France : Paris, Nîmes, Bordeaux, Toulouse, l'Alpe d'Huez et le Col du Tourmalet. Seuls l'Alpe d'Huez et le Col du Tourmalet n'ont jamais atteint le seuil de 28°C WBGT en 50 ans. L'article souligne encore que le Tour a eu la chance de ne pas passer dans ces villes quand les températures étaient excessives. 

11 HEURES PLUTÔT QUE 18 HEURES

Les cartes de l'étude montrent que la fréquence de dépassement du seuil des 28°C WBGT, entre 2014 et 2023, se concentre dans le sud-ouest (triangle Bordeaux-Toulouse-Pau) et le sud de la vallée du Rhône. Les étapes du Tour du sud de la France vont-elles se résumer à des étapes de montagne ? Mais quid des passages dans les vallées ? Une autre région risque de devenir un point chaud dans les années à venir, le centre de la France.

Les organisateurs disposent d'un levier pour s'adapter aux fortes températures, c'est l'heure à laquelle la course se déroule. L'article montre que la température du globe mouillé est plus faible à 11h du matin alors qu'elle peut rester très élevée de 15h à 18h. Donc retarder  un départ d'étape pour arriver en fin d'après-midi a moins d'effet que de l'avancer pour arriver plus tôt.

En 1976, l'année de la sécheresse, le départ de la 19e étape Sainte-Foy-la-Grande - Tulle avait été avancé de 25 minutes à cause de la chaleur. Mais est-ce que du côté du Tour de France, on est prêt à faire partir les coureurs à la fraîche ? En 2023, Thierry Gouvenou rejetait cette idée. "On entend des choses loufoques. Déplacer les horaires, je ne sais pas si les gens se rendent compte que le sport cycliste est un sport d'endurance. Les étapes font entre quatre et cinq heures. Il vont forcément avoir lieu dans une période chaude. C'est un faux débat", déclarait le directeur de course du Tour de France dans Ouest-France.

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