« Je faisais les 100 pas » : Martine Le Rest Squiban, le cœur à 100 à l’heure

Crédit photo Florian Frison / DirectVelo
Maeva Squiban n’a pas peur de jouer avec la santé de ses proches, que leurs cœurs battent la chamade. Jeudi déjà, elle avait laissé son compagnon Benjamin, son père Mikaël et son entraîneur historique François sans voix, au terme d’une étape mémorable, remportée après 32 kilomètres en solitaire sur les terres auvergnates. Presque incroyable mais vrai : la Brestoise a remis le couvert 24 heures plus tard, à Chambéry, en affichant une condition physique exceptionnelle et une facilité absolument déconcertante pour se jouer de toutes ses rivales de l’échappée dans le Col du Granier. Avant, comme la veille, de poursuivre sa démonstration dans la longue descente vers la ligne d’arrivée.
« D’ORDINAIRE, J’ESSAIE TOUJOURS DE L’APERCEVOIR BRIÈVEMENT SUR L'ÉCRAN »
« Ma grande, mais ce n’est pas possible ! Deux, deux ! Comment t’as fait ça ? Et pourtant, t’as pas dormi ! », s'extasie Mikaël, le Papa, au pied du podium protocolaire, en retrouvant brièvement sa fille. « Mais si j’ai dormi, c’était une blague ! », - écrite dans le fameux groupe privé “Fan Club” le matin-même - répond la puncheuse d’UAE Team ADQ. Maeva Squiban a l’habitude des blagues : partir au Km 0 ce vendredi en était d’ailleurs une autre. Mais jamais la Bretonne désormais installée à Trans-en-Provence, dans le Var, n’aurait imaginé que ce drôle de défi tenu la mènerait à un nouveau succès. Mikaël Squiban et François Bramoullé étaient cette fois-ci dans la zone d’arrivée pour profiter pleinement de ce moment historique, probablement unique, dans la carrière de leur protégée.
Loin, très loin de là, à plus de 1000 kilomètres, c’est devant son écran de télévision que Martine a vibré pour sa fille, sur la côte bretonne. Infirmière de profession, elle a l’habitude d’entrevoir les images de la course, sans véritablement pouvoir la suivre. Mais par chance, elle était en repos ces deux derniers jours, pour les succès de Maeva. “D’ordinaire, c’est compliqué, j’espère toujours l’apercevoir brièvement sur l’écran, mais en plein boulot ce n’est pas simple. Là, j’ai pu en profiter”. Et elle ne risquait pas de manquer sa fille, qui a crevé l’écran par deux fois durant la dernière heure de course. Seul bémol à ce conte de fée : une petite vingtaine de kilomètres en descente pour mettre fin à la septième étape, et des pointes à près de 80 km/h pour pimenter ce final tendu. Malgré une avance confortable, Maeva Squiban a pris des risques, n’ayant pas conscience de la situation de course. “Quand je voyais qu'elle descendait très vite, je quittais un peu la pièce, je faisais les 100 pas”, sourit-elle auprès de DirectVelo, après coup. “J’ai toujours peur de la chute, il y en a beaucoup sur la course. J’aurais aimé qu’on lui dise à l’oreillette de ne pas prendre de risques, vu l’écart. Et puis, avec l’accident du mois de mai…”.
« ON N’Y CROYAIT PAS, ON SE DISAIT QUE ÇA NE POUVAIT PAS NOUS ARRIVER… »
Ce traumatisme, Martine Le Rest Squiban l’a vécu à distance. Sa fille, heurtée par un véhicule à l’entraînement, n’a pas souhaité en faire des caisses auprès de sa mère ces deux derniers mois. “Elle sait que je m’inquiète facilement et je pense qu’elle a essayé de me préserver. J’étais quand même assez sereine, je sais qu’elle est bien entourée au quotidien avec Benjamin. Et puis, en cyclisme, on connaît les risques du métier”. Ancienne handballeuse, Martine avait mis Maeva à la même discipline sportive durant ses jeunes années. Puis un vélo en cadeau de Noël a tout changé. “Elle a tout de suite aimé ça. Le VTT, le cross, puis la route”.
Tout est rapidement devenu assez sérieux pour la licenciée de l’AC Gouesnou, avec un titre de Championne de France Minimes-Cadettes à 15 ans, en 2017 à Saint-Amand-Montrond, dans le Cher. “Cette victoire a été le déclic, y compris pour nous. On n’y croyait pas, on se disait que ça ne pouvait pas nous arriver à nous. Il y a tellement d’athlètes qui en rêvent…”. Martine, Mikaël et toute la famille découvrent petit à petit le monde du cyclisme via la passion et les performances de leur fille. “On lui a toujours fait confiance. Le plus important, c’est qu’elle s’épanouisse dans ce qu’elle fait”. Avec une condition : “dans un premier temps, je voulais qu’elle termine son cursus scolaire, qu’elle passe son Bac+2. Bon, elle a largement rempli sa part du contrat avec un Bac+3”, sourit encore Martine.
« TRÈS FORTE MENTALEMENT »
Depuis ce maillot bleu-blanc-rouge, de l’eau a coulé sous les ponts et du champagne a été sabré par deux fois en 48 heures à l’hôtel de l’équipe UAE. “La première victoire était juste incroyable, déjà. On savait qu’elle avait beaucoup d’envie, qu’elle était capable de beaucoup de choses mais franchement, pas de ça. Un doublé sur le Tour… Je ne sais pas quoi dire. Elle a pris confiance avec sa première victoire et là, elle a couru totalement relâchée”. Pour Martine, ce fantastique doublé s’est joué autant dans la tête que dans les jambes. “Maeva est très forte mentalement. Seulement, elle manquait un peu de confiance en elle ces derniers temps. Cette confiance est revenue notamment grâce à une superbe équipe. J’ai le sentiment qu’elle est très bien entourée”.
En tout début de Tour, Martine Le Rest Squiban avait eu l’occasion de voir sa fille au départ de Brest. Une occasion devenue très (trop) rare. “On ne se voit pas beaucoup depuis qu’elle est partie dans le Var”. Elle n’a d’ailleurs encore jamais eu l’occasion de descendre à Trans-en-Provence. “Elle fait sa vie, elle a de bonnes conditions pour travailler dans le sud, c’est très bien. Elle voulait monter en Bretagne avant le Tour mais l’équipe lui a déconseillé. Ils préféraient qu’elle reste avec le groupe”. Forcément, cette situation n’est pas idéale mais Martine relativise. “On s’appelle très souvent. Le plus important, c’est qu’elle soit heureuse, et qu’elle sache qu’on ne l’oublie pas, qu’on est de tout cœur avec elle, même en étant loin”.
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