« On regarde les vidéos et on pleure » : Maeva Squiban et les murs porteurs

Crédit photo A.S.O / Pauline Ballet
C’est un moment d’une grande simplicité et d’une merveilleuse authenticité, auquel nous avons assisté - à distance - ce jeudi en début de soirée, deux petites heures après l’arrivée de la sixième étape du Tour de France. “Oh mais c’est la voiture UAE, avec Maeva !”. À l’autre bout de la ligne téléphonique de DirectVelo, un père ému et particulièrement fier de sa fille ; Mikaël Squiban. Venu encourager sa fille tout au long de ce Tour de France, avec son ami François Bramoullé, entraîneur historique de Maeva depuis ses jeunes années sur le vélo, il avait fait le choix de se positionner dans la côte de Valcivières pour cette étape accidentée qui pouvait convenir aux qualités de la puncheuse d’UAE Team ADQ. Puis le téléphone de Mikaël a sonné, double appel. “Pardon, c’est Maeva, je vous rappelle”. Père, fille et ex-entraîneur - désormais conseiller officieux - se retrouvent quelques kilomètres plus loin à la faveur d’une sortie d’autoroute. “Il était impossible d’aller à l’arrivée, on n’a même pas essayé. Mais avec ce joli concours de circonstances, on a pu se voir brièvement. Son équipe était d’accord, on a pu lui faire un gros bisous, raconte Mikaël, encore ému. C’était improbable, c’est une journée incroyable, formidable”.
« ÇA NE LUI SUFFISAIT PAS, ELLE VOULAIT GAGNER »
Mikaël Squiban est sur un petit nuage. Jamais, il n’aurait imaginé vivre un tel moment lors de cette Grande Boucle, alors que sa fille, elle, disait se sentir prête à quelques jours de l'événement. “Depuis tout à l’heure, on regarde les vidéos et on pleure. Je n’oublierai pas ce moment dans le col où elle est passée, seule en tête, et nous a souri. La suite, on l’a vécue sur l’écran”. François Bramoullé, lui, avait pressenti ce grand frisson. “Ce matin, il m’a dit qu’il la voyait gagner l’étape, il sentait qu’elle pouvait le faire. Moi, je n’y aurais jamais pensé, même dans mes rêves les plus fous”. Le coach s’explique : “sa façon de communiquer, son expression sur les photos, l’ambiance dans l’équipe… Elle était détendue, souriante, bien entourée depuis le début du Tour… Tous les voyants étaient au vert. Je la sentais super bien”.
Un ressenti confirmé par le compagnon de Maeva, Benjamin. “Depuis un moment, elle l’espérait, elle le sous-entendait, elle évoquait une victoire d’étape. 2e (l’an passé au Grand-Bornand, NDLR), ça ne lui suffisait pas, elle voulait gagner. Elle était dégoûtée l’autre jour qu’Elise Chabbey n’insiste pas après le GPM. Elle voulait déjà rouler pour gagner l’étape”. Mais il a fallu faire preuve d’un peu de patience. “Je lui avais dit d’y aller mollo. Je voyais qu’elle avait des jambes de feu, mais il ne fallait pas se cramer la tronche en sortant à 160 km de l’arrivée. Elle avait la condition pour sortir à la pédale, elle devait se faire confiance”, reprend l’organisateur du Tour des 4B Sud-Charente.
« RIEN À PERDRE, PEUR DE TOUT »
C’est ce qu’elle a parfaitement réalisé en accélérant seule à 32 kilomètres de l’arrivée, dans le Col du Chansert. Une attaque sèche, franche, et l’on imagine aussitôt qu’elle ira loin, très loin, jusqu’au bout. Impressionnante, la Brestoise a semblé caresser les pédales et a très vite pris une minute d’avance. “J’y ai vite cru car je la connais et quand elle est un peu à bloc, elle a quelques mimiques, comme sur les étapes précédentes. Mais là, non, elle ne les avait pas. Elle a également bien pensé à boire et à s’alimenter, tout allait bien”. L’athlète de 23 ans n’a finalement fait que creuser l’écart, bien qu’Elise Chabbey puis Juliette Labous aient tenté de ramener le groupe des favorites sur la concurrente de tête. “Je voulais essayer, je n’avais rien à perdre. Et si ça n’avait pas marché, tant pis, j’aurais encore essayé demain”, sourit la lauréate, déjà élue deux fois combative du jour sur les routes de ce Tour.
Cette victoire on ne peut plus prestigieuse est d’autant plus savoureuse que Maeva Squiban revient de loin. Il y a deux mois et demie, elle s’est fait accrocher par un véhicule dans un rond-point, à l’entraînement. Casque explosé, l’ancienne du Stade Rochelais et d’Arkéa-B&B Hôtels est touchée au coude, au poignet - d’où les bandes de kinésiologie qu’elle portait encore ce jeudi sur le flanc gauche -, aux cervicales… Pas de fractures, mais de grosses douleurs. Marquée physiquement, elle l’est au moins tout autant psychologiquement. “Ce n’était plus la même, elle avait peur de tout, même en marchant, elle avait peur des voitures… Je pensais que ça allait être la fin de sa saison”, concède Benjamin. “Quand elle a repris le vélo, au début, elle freinait pour rien”, ajoute celui qui s’entraîne régulièrement avec sa compagne. Les douleurs physiques ne sont pas tout à fait derrière elle, et de nouveaux examens sont prévus dans les prochaines semaines, mais Maeva Squiban a parfaitement su composer avec cet handicap physique sur les routes auvergnates.
« ELLE A SU SE RELEVER »
Benjamin le compagnon, comme Mikaël le papa, soulignent tous les deux l’appui important de la formation UAE dans cet événement. “Dans son malheur, elle avait eu la chance de ne rien avoir de cassé, et elle a été très bien entourée par son staff. Ils lui ont laissé le temps de se remettre et lui ont garanti une place pour le Tour”, précise Mikaël. “C’était super important, c’est vraiment ce qui l’a motivée à redoubler d’efforts pour revenir fort et vite”, reprend Benjamin. La structure émiratie n’a pas souhaité que la Bretonne dispute le Championnat de France, alors que cette dernière se sentait apte à le faire. “Ils voulaient vraiment qu’elle se concentre à 100% sur l’idée d’être dans les meilleures conditions possibles sur le Tour”. Chose faite avec brio, mais c'était loin d'être écrit pour la jeune femme. “Après la chute, famille et amis étions inquiets pour elle, témoigne son père. Ça aurait été vraiment dommage de louper le départ d'étape à Brest. Mais elle a su se relever, repartir au combat et finalement être au top au moment voulu”.
Pas toujours très expressive, discrète, Maeva Squiban va pouvoir partager son émotion avec les gens qui lui sont le plus cher au sein du fil de discussion simplement nommé « Fan Club Maeva Squiban », le même que celui évoqué avant son premier Tour de France, à ses 20 ans. “Depuis, il s’est légèrement étoffé avec quelques nouveaux membres mais ça reste un cercle très fermé”, précise Mikaël. Cela étant, il va sûrement falloir qu’elle songe à un vrai fan club maintenant, même si ce n’est pas trop son truc, vu ce qu’il vient de se passer”, rigole-t-il, pas peu fier, alors que dans ce même groupe de discussion privé, la cycliste avait assuré prévoir le "gruppetto" pour ce jeudi.
« LES BONS MOTS POUR LA REMETTRE EN CONFIANCE, LA VALORISER »
Une chose est sûre, avec ce grand succès, la Bretonne devrait (enfin) totalement prendre confiance en elle, et conscience de ses capacités. “Les spécialistes disent qu’elle a un potentiel et que le meilleur est à venir”, apprécie son père, conscient des relatives faiblesses, toujours, de sa protégée. “Elle est parfois négative, elle doute”. Mais l’ancienne lauréate du chrono du Tour de l’Ardèche 2024 peut compter sur des murs porteurs, des proches toujours là dans les moments plus délicats. Parmi eux, Jean-Marc Mével, le président du club de l’AC Gouesnou. “Il trouve toujours les bons mots pour la remettre en confiance, la valoriser, lui dire que ça va le faire”, synthétise Mikaël.
François Bramoullé, qui a vu Maeva grandir et évoluer depuis les Minimes-Cadettes, est lui aussi toujours là pour elle. Si le besoin s’en fait ressentir. “Quand tout va bien, ce n’est pas vraiment la peine. Benjamin a pris la suite, il sait très bien la conseiller au quotidien. Mais dans les moments de doute, parfois, j’essaie d’être là, en coulisses, pour la rassurer”. Ce noyau dur peut désormais profiter de cet immense bonheur, même si le Tour n’est pas fini et qu’il reste encore, peut-être, de belles choses à faire. D’ailleurs, Mikaël Squiban a une idée. “Elle peut aller chercher le prix de super-combative du Tour”.
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