Kenny Molly : « Ça fait énormément plaisir »

Crédit photo Freddy Guérin / DirectVelo
Il avait fini par se demander si ça arriverait un jour. Vendredi dernier, Kenny Molly a décroché, à 29 ans et après une petite décennie chez les pros, son premier succès au niveau UCI, lors de l’Omloop van het Waasland. Le Belge apporte par la même occasion une quatrième ligne au palmarès de la Conti Van Rysel-Roubaix cette année. DirectVelo est revenu sur ce succès avec un homme heureux et fier d’être parvenu à ses fins, lui qui, habituellement, ne compte jamais ses coups de pédales pour les autres. Entretien.
DirectVelo : Tu as remporté, vendredi dernier, l’Omloop van het Waasland !
Kenny Molly : Je ne suis pas un gagneur, alors ça fait énormément plaisir. C’est une belle récompense après des années de sacrifice, au service du collectif.
On a l’habitude d’échanger avec toi pour évoquer ton travail d’équipier ou tes longues échappées pour aller chercher un maillot distinctif…
Je suis un équipier, c’est sûr. Cette course de vendredi, c’est vraiment pour les sprinteurs sur le papier, à 100%. Le matin, avant le départ de la course, j’avais dit à ma copine que mon objectif de la journée était de ne pas tomber, avec l’idée de performer plutôt deux jours plus tard sur la Famenne Ardenne Classic. J’ai aussi plaisanté avec Arnaud Molmy le matin en disant que c’était la plus belle course de la saison, ironiquement, car elle ne me convient pas du tout. Autant dire que je n’avais vraiment aucune ambition… Si ce n’est celle de me faire plaisir et d’aider l’équipe. Sans espoir de performer.
« J’AI TOUJOURS EN TÊTE LA PHRASE DE JOSÉ DE CAUWER »
Tu es donc le premier surpris de ce succès ?
J’ai regardé le palmarès de la course ce week-end par curiosité et il n’y a que des sprinteurs. C’est marrant d’avoir mon nom dans cette liste. C’est clairement une grande surprise, bien sûr. Et une fierté, quand même, car ça reste une course UCI. Modestement, à l’échelle de ma petite carrière, ça fait énormément plaisir. Je me dis que j’ai enfin réussi à le faire.
Tu auras 30 ans à la fin de l’année. Avais-tu fini par te dire que cette victoire n’arriverait jamais ?
J’ai toujours en tête la phrase de José De Cauwer qui dit régulièrement à l’antenne, « Win maar eens een koers ». En gros, ça veut dire « essayez déjà de gagner une fois une course dans votre carrière », en faisant comprendre aux téléspectateurs à quel point c’est dur aujourd’hui d’y parvenir, sur n’importe quelle épreuve. Et que n’importe quel succès a vraiment de la valeur, aussi. Je sais à quel point c’est compliqué d’y parvenir et dans un coin de ma tête, j’ai toujours eu conscience que des tonnes de mecs font dix ans chez les pros sans jamais en gagner une. Et je me disais que ça allait sans doute être mon cas. Mais non, j’ai gagné et ça me rend très fier.
Comment as-tu construit ce succès ?
C’est une course plate, nerveuse, avec un peu de pavés alors forcément, ça a roulé très vite. Une échappée de quatre-cinq mecs est sortie un moment puis Daniel Arnes a fait le jump à 40 bornes de l’arrivée. Dans l’avant-dernier tour, on est sorti en contre à une petite dizaine de mecs, avec Maxime (Jarnet) et moi. On est revenus à une vingtaine de secondes des quatre mecs qu’il restait devant et c’est devenu très tactique. Avec Maxime, on passait juste le vélo pour dire de. Il faut préciser qu’il faisait assez chaud du coup, tout le monde était un peu dans le jus, moi le premier. Maxime a mis une attaque à six bornes de l’arrivée et tout s’est plus ou moins regroupé devant. Aux trois kilomètres, j’ai senti que c’était le moment d’en mettre une et j’y suis allé, à bloc. Quand je me suis retourné, j’ai vu que ça s’était bien posé et j’ai tout de suite pris une belle avance.
« AVANT CHAQUE COURSE, IL NOUS RAPPELLE DE NOUS FAIRE PLAISIR »
Qui s’est donc avérée être suffisante…
L’arrivée était vent de face. Aux 500 mètres, je me suis retourné et j’ai vu le maillot du Champion d’Australie, Patrick Eddy, qui se rapprochait. J’ai un peu douté quand même, je me suis dit qu’il ne fallait pas que je me fasse reprendre au dernier moment. Mais ça l’a fait.
Cette victoire, c’est aussi celle d’un collectif qui marche sur l’eau depuis le début de la saison. Tu as d’ailleurs gagné 24 heures après Killian Théot au Tour de Bretagne !
Quand tu vois les copains gagner, tu réalises que c’est possible, qu’il n’y a pas de raison que tu ne puisses pas le faire toi aussi. Bien sûr, certains comme Joppe (Heremans), Killian (Théot) ou Louis (Hardouin) ont une bonne pointe de vitesse et il est plus facile d’espérer en gagner une quand tu vas vite au sprint. Mais quand même, je me disais toujours « pourquoi pas… ». Le groupe vit bien. Cyril Saugrain nous a envoyé un message avant la course. Il nous a dit que ce serait bien de faire comme Killian en Bretagne (rire). Avant chaque course, il nous rappelle de nous faire plaisir sur le vélo, de ne pas calculer, d’être actif. C’est ce que j’ai fait.
Y’aura-t-il un avant et un après ?
Je n’ai jamais ressenti cette pression de devoir gagner. Mais quand on est coursier, c’est la plus belle récompense que l’on puisse avoir. J’ai réussi à le faire mais ce n’est pas pour ça que je vais maintenant me mettre à taper du poing sur la table et à réclamer des responsabilités. Je suis et je serai toujours au service de l’équipe. Quand Arnaud (Tendon) a gagné au Tour de la Provence, j’étais limite plus heureux que si j’avais gagné moi-même. J’aime contribuer aux victoires des autres. Je suis là pour ça et c’est un plaisir. Mais là, c’est forcément exceptionnel de lever les bras soi-même. C’est grâce au groupe, grâce à cet élan positif, grâce au matériel qui est top. On a de super vélos. Tout était réuni pour y arriver. On a gagné quatre fois avec quatre coureurs différents. C’est vraiment beau. Si je peux aider d’autres gars à en gagner une aussi, ce serait encore plus beau. En tout cas, pour moi, ça ne changera pas grand-chose à la suite, c’est sûr. Mais au moins, ça aura permis à Arnaud Molmy de me vanner en se demandant ce qu’il lui arrivait car il a assisté à une victoire de Kenny Molly (rire). On l’a fait.
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