Kévin Fouache : « On est dans le tableau de marche »

Crédit photo Philippe Le Cocq / DirectVelo

Crédit photo Philippe Le Cocq / DirectVelo

Voir Aubin Sparfel (enfin) vêtu du maillot vert de leader tôt ou tard semblait de plus en plus une évidence au fil des journées de course sur le Tour de Bretagne. Et pourtant, il aura fallu attendre la victoire d’étape du coureur de 19 ans - il fêtera ses 20 ans le 3 mai -, ce jeudi après cinq jours d’une bataille acharnée, pour que l'homme fort de la formation Decathlon CMA CGM DT prenne le pouvoir. Reste désormais à tenir lors des deux prochaines étapes, durant lesquelles il ne sera assurément pas facile de contrôler un peloton où les coureurs bien décidés à renverser la table restent nombreux. DirectVelo a fait le point avec le directeur sportif de la Conti française, Kévin Fouache, dans les rues costarmoricaines de Lanfains.


DirectVelo : La première mission est accomplie ! 
Kévin Fouache : Voilà (rire). C’était une journée plutôt stressante, le vent de face a rendu la journée pas simple à gérer, notamment la transition entre l’enchaînement des bosses à Mûr et le circuit final. Je voulais vraiment qu’Aubin (Sparfel) ait des équipiers dans le final car hier (mardi), on avait été un peu mis en difficulté dans la grande bosse. Il fallait pouvoir bien gérer cette partie. Marius (Dahl) et Théophile (Vassal) ont réussi à l’accompagner, c’est le gros point positif. Ensuite, Aubin a maîtrisé la course. Je voulais qu’il fasse la différence mais c’était à lui de choisir quoi faire : l’idée, c’était d’en mettre une seule, mais une bonne. Il m’a dit qu’il avait essayé mais qu’ils étaient à fond avec (Federico) Savino et que tout est rentré. Il a ensuite préféré la jouer au sprint et je pense qu’il a bien géré son sujet. 

« LE PLUS DUR RESTE À FAIRE »

Il est hyper attendu mais il a l’air de bien gérer la pression…
J’en discute avec lui. D’une certaine manière, c’est quelque chose qui lui fait plaisir même si ce n’est jamais évident à gérer. Il est plutôt à l’aise avec ça. La preuve, c’est qu’il répond présent tous les jours depuis le début de la course.

C’est une semaine qui doit lui servir pour la suite de sa carrière ?
Tout à fait. Le Tour de Bretagne est une course de formation. Il apprend à gérer la pression, les sollicitations… Il sait faire, preuve en est : il répond présent alors que 100% des équipes avaient sans doute pointé Aubin Sparfel au départ de l’étape ce matin.

Le voilà le leader du général à deux journées de la fin !
Le plus dur reste à faire. Il faut y aller étape par étape. On va se poser, étudier les classements et réfléchir à la bonne stratégie, en gérant du mieux qu’on le peut pour conserver le maillot jusqu’au bout.

« IL VEUT PRENDRE SON TEMPS »

Te surprend-il ?
Il m’a surpris par le passé. C’est un coureur de qualité, de talent. On pourrait se dire “waouh, c’est énorme” mais en fait, il ne me surprend plus tant que ça. Ce qu’il fallait travailler, c’est le fait de savoir rester calme en course et il l’a fait aujourd’hui. C’est une nouvelle étape de franchie.

Et son choix d’être resté dans la réserve, ça t’a surpris ?
C’est son projet. Le coureur est maître de son projet, avec également nos idées à nous. Il y a aussi le cyclo-cross qui fait que… Et il voulait valider certaines choses, des étapes sportives avant d’aller en valider d’autres chez les très grands. Il veut prendre son temps, ça lui semblait certainement important dans le cadre de sa formation.

Est-ce un mal pour un bien, finalement, de ne pas avoir gagné plus tôt cette semaine ?
On veut toujours gagner le plus tôt possible, on a eu des opportunités de le faire pratiquement tous les jours. On n’avait pas réussi à le faire jusque-là, avec des contextes de course qui ont fait que. Mais c’était important de le faire aujourd’hui, pour se rapprocher au plus près du maillot de leader. On prend le maillot, c’est bien de le prendre aujourd’hui, c’est toujours compliqué de le prendre plus tôt. Gérer une course comme celle-ci à six, ce n’est pas facile. Mais on est dans le tableau de marche.

« IL NE FALLAIT PAS TROP EN FAIRE »

Comptez-vous jouer avec vos adversaires ou assumer totalement le poids de la course ?
On ne va pas se cacher. De toute façon, tout le monde nous voit depuis le début de la semaine. Je peux clairement vous dire qu’on va assumer le poids de la course. Mais on va aussi trouver des alliés de circonstance, du moins je l’espère.

Halvor Dolven n’est toujours qu’à trois secondes et reste une vraie menace…
Il passe bien les pavés et les bosses. Il gagne de belles courses depuis plusieurs saisons. Il ne faut jamais sous-estimer aucun adversaire, je le dis régulièrement aux coureurs lors des briefings. Il faut prendre chaque adversaire au sérieux.

Depuis le début de ce Tour de Bretagne, tout le monde sait et sent qu’Aubin Sparfel est le coureur le plus fort de la course. Mais il a multiplié les attaques, parfois peut-être de façon inutile. Est-ce un défi, aussi, d’essayer de le canaliser ?
Oui, bien sûr. C’était déjà l’idée de l’étape d’hier mais aussi de celle d’aujourd’hui. Il ne fallait pas trop en faire. En début de semaine, il était quand même important d’aller chercher des bonifications, on n’avait pas oublié le scénario de l’an passé qui nous avait démontré que c’était important. Forcément, ça coûte après cinq jours, au moins autant nerveusement que physiquement. Mais si on a le maillot de leader aujourd’hui, c’est aussi parce qu’on a fait des efforts en début de semaine.    

Mots-clés

En savoir plus

Portrait de Kévin FOUACHE
Portrait de Aubin SPARFEL