On a retrouvé : Camille Thominet

Crédit photo Freddy Guérin / DirectVelo

Crédit photo Freddy Guérin / DirectVelo

Entre 2014 et 2020, DirectVelo donnait régulièrement des nouvelles d’anciens coureurs qui ont arrêté leur carrière cycliste après avoir longtemps été suivis par notre média dans les rangs Élites, depuis les catégories Espoirs, Juniors ou même parfois dès les Cadets. Après cinq années d’interruption, la rubrique « On a retrouvé » reprend son voyage à travers le temps et les parcours de vie.

Sixième numéro de cette version 2.0 avec Camille Thominet, un ancien spécialiste de cyclo-cross, qui a ferraillé notamment avec un certain Julian Alaphilippe dans les catégories de jeunes, avant de passer pro sur la route sur le tard, à 27 ans, à Aubervilliers. Deux ans seulement. Pas assez mature, pas assez sérieux non plus de son propre aveu, l'ancien coureur du CC Villeneuve-Saint-Germain et de Brest Iroise Cyclisme 2000 n’a jamais réussi à se faire une place chez les pros malgré des débuts prometteurs sur les courses du sud de la France. DirectVelo a retrouvé l’ancien grimpeur entre Paris et Reims, sept ans après l’arrêt de sa carrière cycliste. 

DirectVelo : Tu as arrêté ta carrière en 2019, après une seconde année pro à Auber. Que deviens-tu depuis ? Es-tu retourné à l’usine ? 
Camille Thominet : Pas du tout. Je fais toute autre chose maintenant, je suis assistant dentaire depuis quatre ans. C’est un métier que je ne connaissais pas du tout mais j’ai eu cette opportunité via le meilleur ami de ma femme, qui a plusieurs centres. Je bosse à Paris, dans le XIVème arrondissement. Mais avec ma femme et ma fille, Maxine, qui a 2 ans et demi, on vit dans un petit village près de Reims. Je fais la navette chaque semaine pour le boulot. Cela dit, ça ne va pas durer beaucoup plus longtemps. Je vais quitter mon emploi au début de l’été et je vais chercher quelque chose à côté de la maison pour ne plus avoir à monter à Paris sans arrêt.

Tu ne dois plus avoir beaucoup de temps pour rouler !
Je suis sur mon vélo tous les jours… pour me rendre au boulot. Trois bornes aller et trois bornes retour (rire). En réalité, je fais encore pas mal de sport, du trail. Je m’y suis mis dès que j’ai arrêté le vélo. Je fais même de la compétition, j’aime bien me lancer un ou deux gros défis par an. Cette année encore, je vais faire la MaXi-race à Annecy. J’avais fait 6 l’an dernier (sur plus de 1600 participants, NDLR) et 9 il y a deux ans. Et l’an passé, à Nice, je me suis qualifié pour l’UTMB (l’ultra-trail Mont-Blanc, NDLR), ce sera mon gros objectif de l’année. D’ailleurs, je vais arrêter le boulot deux mois avant pour avoir le temps de bien le préparer.

« JE N'ÉTAIS SANS DOUTE PAS ASSEZ MATURE »

Tu as donc pas mal de temps pour pratiquer, en réalité ?
J’essaie de m’appliquer, avec quelques copains. Avec ma femme aussi, on aimerait reprendre le vélo, ça viendra. Ma belle-mère nous aide beaucoup pour garder la petite, donc j’arrive quand même à avoir du temps pour faire du sport et tout le reste à côté. Je suis vraiment très motivé pour l’UTMB, je vais essayer de ne pas me blesser avant… Je me suis fait une belle entorse et une fracture du ligament il y a cinq-six semaines sur un cross en région parisienne. Je me suis blessé après sept bornes et j’ai insisté… Je vais faire attention pour la suite du programme.

Tu as un sacré niveau, pour terminer 6e à Annecy…
Je me débrouille. J’ai même eu un entraîneur pendant deux ans. Mais maintenant je me connais très bien et je préfère me gérer, c’est plus simple avec le boulot et les autres activités à côté, comme retaper la maison etc. En fait, je fais davantage le job que quand j’étais coureur cycliste professionnel… Je n’ai pas été très sérieux à l’époque, et j’ai réalisé certaines choses après coup. Je n’étais sans doute pas assez mature. Maintenant, je prends plaisir à m’appliquer, à tout bien faire. Je me connais mieux, je me gère mieux, je fais moins d’écarts. Et ça se ressent sur les perf’.

Tu ne faisais pas le job sur le vélo ?
J’ai des regrets en repensant à mes deux années pro. Tout ne s’est pas passé comme je l’aurais voulu et imaginé à Auber. Je n’ai pas été très malin sur ma façon de m’entrainer, et l’accompagnement n’était pas forcément idéal. Ce n’est pas comme aujourd’hui, où l’équipe a l’air de s’être énormément structurée et renforcée. Mais c’est d’abord de ma faute, je n’étais pas assez mature.

« J’AI CONSIDÉRÉ QUE LE PLUS DUR ÉTAIT FAIT »

Pourtant, tu es passé pro sur le tard, à 27 ans, un âge qui résonne encore différemment quelques années plus tard quand on voit des garçons passer pro à la sortie des rangs Juniors !
C’est vrai mais dans mon cas, c’était comme ça, je ne cochais pas certaines cases. J’étais trop fougueux, comme je l’ai toujours été chez les amateurs. J’ai toujours eu du mal à me canaliser et c’était encore le cas chez les pros. Mais le plus gros problème a sans doute été, avec le recul, de m’être cru arrivé en passant au-dessus. J’étais retourné au CM Aubervilliers exprès pour passer pro avec la maison-mère. Le plan a fonctionné, et j’ai considéré que le plus dur était fait. En plus, les toutes premières courses se sont plutôt bien passées en 2018 au GP La Marseillaise, au Tour de la Provence et au Tour du Haut-Var. Je jouais le Top 20 et je pouvais même faire un bon Top 10 dans le Var sans un problème mécanique. J’ai eu un saut de chaîne aux 300 mètres, je m’en souviens très bien, j’avais vraiment les boules… J’ai cru que ça allait le faire, tranquillement, par la suite. Mais non.

 
Tu te voyais faire carrière de longues années chez les pros ?
D’une certaine façon, oui, je pensais avoir fait le plus dur encore une fois. Et en même temps, je pense ne m’être jamais totalement remis de ma chute sur les 2 Jours du Perche, l’année où j’avais gagné une manche du Circuit des Plages Vendéennes, moi qui multipliais les places d’honneur mais ne gagnais jamais rien (sourire). Je considère que cette chute m’a toujours handicapé par la suite. Je n’ai jamais retrouvé 100% de mes capacités sur le vélo.

Lorsque tu étais passé pro, c’était en t’entrainant parfois huit heures par semaine, de nuit, après le boulot à l’usine… Sur le papier, tu semblais avoir une grosse marge de progression, ne serait-ce que sur les à-côtés.
C’était le cas à une certaine période mais pas tout le temps. L’année où j’ai gagné aux Plages Vendéennes, je me faisais vingt heures d’entraînement en quatre jours. Maintenant, c’est vrai qu’il y avait mieux à faire chez les pros. Mais j’en faisais soit trop, soit pas assez. Je me souviens d’un stage de pré-saison à Calpe où je me faisais engueuler car j’appuyais trop fort. Puis j’étais collé plus tard dans la saison. Je me souviens d’un Tour de l’Ain où j’ai galéré terrible pour avoir le maillot à pois… C’était pathétique, je grimpais moins bien que chez les amateurs. Ça m’a vraiment frustré. Je vais faire le vieux con mais perso, je faisais tout aux puls’. Le capteur de puissance m’a biaisé. Je n’y connaissais rien, on ne parlait pas du tout des watts à ce moment-là. Je savais que si je montais à 30 km/h c’était bien, et si je montais à 29, c’était moins bon, c’est tout. Et j’exagère à peine.

« JE M'ÉTAIS PRIS UN SAPIN AU BOUT DE DEUX MINUTES… »

Tu expliquais précédemment ne pas avoir fait le taff à 100%, et tu ajoutais à l’instant que tu grimpais moins bien chez les pros qu’en amateurs. De quoi comprendre Stéphane Javalet, le manager d’Auber, lorsqu’il t’a annoncé que tu n’allais pas être reconduit fin 2019, non ? Car à l’époque, tu nous avais expliqué être déçu et surpris de cette décision… 
Je ne peux pas tout dire là mais j’ai quand même été déçu de la façon dont ça s’est passé à l’époque, de l'accompagnement, ou du non-accompagnement plutôt, qu’il y a eu. J’étais un peu faible mentalement à l’époque et j’aurais sans doute eu besoin d’un autre encadrement. J’ai fait l’erreur de me relâcher au moment où j’aurais dû en faire deux fois plus. J’avais gagné une bataille en passant pro mais certainement pas la guerre. Je ne suis jamais allé à la salle de sport pendant ces deux années pros… J’ai même un peu bossé au black à côté. Et puis je ne parle pas des copains de l’équipe avec qui on allait se boire une bière ou deux peut-être un peu trop souvent. Je n’ai pas mis toutes les chances de mon côté. Encore une fois, c’était sans doute une question de maturité. Et je prends totalement ma part, je me suis trop reposé sur mes lauriers, c’était une connerie.

Quels resteront tes meilleurs souvenirs sur le vélo ?
J’en ai trois-quatre qui me viennent en tête. Le premier, c’est quand j’ai fait 2 du Championnat de France de cyclo-cross (derrière Matthieu Boulo, dans la catégorie U23 en 2011, à Lanarvily, NDLR). Je marchais terrible et là, je faisais le métier. Je me privais de manger etc. L’année suivante, toujours au Championnat de France, j’avais eu un problème mécanique et je m’étais retrouvé longtemps en chasse alors que je me sentais super fort. C’est l’année où Julian Alaphilippe a gagné.

Et sur la route ?
Ma victoire aux Plages aussi, à Chantonnay, était un grand moment. J’attendais tellement d’en gagner une et ce jour-là, j’avais roulé comme un zinzin, j’avais des jambes de feu. Dans un autre style, pour revenir au cyclo-cross, je me souviens aussi d’une manche au Cap d’Agde dans les jeunes caté (en 2007, NDLR). Il avait neigé. Mes parents m’avaient emmené, on n’avait pas de thune mais ils faisaient au mieux, je roulais sur des roues d’occasions que je récupérais etc. J’avais commis une faute et m’étais pris un sapin au bout de deux minutes… Mes parents étaient heureux d’avoir fait la route pour ça (rire). Et pourtant, de longues années plus tard, ce sont de bons souvenirs qui font sourire. 

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