On a retrouvé : Maxence Moncassin

Crédit photo Freddy Guérin / DirectVelo

Crédit photo Freddy Guérin / DirectVelo

Entre 2014 et 2020, DirectVelo donnait régulièrement des nouvelles d’anciens coureurs qui ont arrêté leur carrière cycliste après avoir longtemps été suivis par notre média dans les rangs Élites, depuis les catégories Espoirs, Juniors ou même parfois dès les Cadets. Après cinq années d’interruption, la rubrique « On a retrouvé » reprend son voyage à travers le temps et les parcours de vie.

Cinquième numéro de cette nouvelle série avec un nom bien connu dans le monde de la petite reine : Maxence Moncassin, fils de Frédéric, ancien double lauréat d’étapes sur le Tour de France - entre autres - en 1996. Passé pro furtivement pendant quelques mois, le temps de décrocher un Top 10 encourageant au Challenge de Majorque, le puissant toulousain - jusqu’à 81 kg sur le vélo à l’époque - avait tout plaqué la même année, en cours de saison, en raison de problèmes respiratoires dont il n’est toujours pas débarrassé sept ans plus tard. Désormais marié et père de famille, le coach sportif est revenu sur ses années de compétitions auprès de DV. Entretien.


DirectVelo : Il s’est passé beaucoup de choses pour toi depuis tes dernières courses sous le maillot du GSC Blagnac à l’été 2019 !
Maxence Moncassin : J’ai profité de plein d’activités que je ne pouvais pas faire avant, notamment de longs voyages. J’ai surtout fondé une famille, je me suis marié en novembre dernier et nous avons un petit de 9 mois, alors que ma femme avait déjà une petite de 6 ans, qui est aujourd’hui comme ma fille. On est ensemble depuis trois ans, elle est influenceuse (sa compagne, Cécilia, s’est fait connaître en disputant la saison 15 de Koh-Lanta, diffusée en 2016, et dont elle avait pris la quatrième place après avoir été éliminée à l’épreuve d’orientation, NDLR), on a pas mal de temps pour nous, pour voyager, c’est top. On revient de Thaïlande et on va partir au Mexique dans quelques jours.  

« UNE FOIS DANS LA VIE ACTIVE, J’AI PRIS UNE CLAQUE »

Dans quel secteur travailles-tu désormais ?  
Je suis devenu coach sportif après avoir passé le BPJEPS à Toulouse, mais il m’a fallu du temps pour me trouver. Je ne savais pas quoi faire de ma vie quand j’ai arrêté la compétition car je m’étais consacré à 100% au vélo à partir de l’année à l’UC Nantes Atlantique (en 2016, NDLR). Mon but était de faire carrière, pas d’arrêter trois ans plus tard… Quand tu es cycliste, on fait tout pour toi, tu n’as à t’occuper de rien hormis pédaler. Une fois dans la vie active, j’ai pris une claque. J’ai essayé un maximum de petits boulots différents pendant huit mois, au début, pour voir ce qui me plaisait ou pas, mais rien ne m’a branché… Et le sport me manquait. Alors je me suis lancé dans le coaching, toujours dans l’Ariège, vers chez mes parents. Depuis, on a travaillé sur de nouveaux projets avec ma femme. Elle souhaite monter sa propre salle de sport et de danse. 

Et tu continues les petits boulots par ci par là ?
Oui, ça m’arrive. Je suis passionné de photos, de montages vidéos etc. Je fais quelques trucs comme ça quand j’en ai l’occasion. J’ai bossé sur des mariages en tant que photographe car j’adore ça. Ce n’est pas souvent mais c’est un petit complément de revenu. Cela dit, je me cherche encore, je ne me suis pas vraiment posé niveau boulot. Initialement, je voulais bosser avec des pilotes de moto-cross spécifiquement, car c’est ma passion N°1, avant même le cyclisme. Exactement comme mon père. Mais il s’est avéré qu’il était bon sur le vélo et il y a fait carrière. Petit, j’avais moi-même commencé par le moto-cross mais mes parents trouvaient ça trop dangereux. Je revois encore mon père traverser tout le circuit en courant quand je tombais. À la fin, ma mère ne descendait même plus du camion pour venir voir les courses, de peur que ça se passe mal… 



Et c’est comme ça que tu as fini par basculer vers le cyclisme, qui est pourtant un sport dangereux également !
Oui (rire) ! Dans la famille, on est tous des mordus de cyclisme depuis toutes ces années. Mes grand-parents traversaient la France et l’Europe pour venir me voir courir partout quand j’étais en équipe de France notamment. Mon grand-père m’emmenait en Belgique, il me massait après les courses, il me faisait faire les reco de Paris-Roubaix dans les catégories de jeunes… Mais j’ai toujours eu cette passion pour le moto-cross aussi, au fond de moi, et quand j’ai arrêté le vélo, j’ai repris une licence. J’ai même fait des courses. J’avais un bon niveau en Occitanie, en équivalent du niveau DN en cyclisme. Mais avec le boulot à côté, je finissais par arriver sur les courses sans entraînement et sans même avoir eu le temps de reconnaître le parcours. Alors j’ai arrêté. En parallèle, on s’est aussi lancés dans le Hyrox, qui cartonne en ce moment. 

« À CHAQUE RETOUR D’ENTRAINEMENT, JE PLEURAIS SOUS LA DOUCHE… »

Le Hyrox ? 
Ce sont des compétitions type crossfit mais accessibles à toutes et tous. Il y a 8 km de course à pied découpés en huit portions de un kilomètre chacune. Et entre chaque kilomètre, tu as un workout fonctionnel type sled push/pull, farmer carry, à savoir marcher avec des poids, des burpees etc. C’est en train de prendre à fond en Europe, aux Etats-Unis, partout… J’ai vu que Lance Armstrong en a fait un d’ailleurs (rire).

En regardant dans le rétro, as-tu des regrets quant à tes années dans le monde du cyclisme ?
J’avais tout misé sur le vélo mais les blessures m’ont contraint à laisser tomber. J’avais des problèmes respiratoires dont je n’ai jamais trouvé la cause. Ce n’est toujours pas derrière moi même si c’est moins un problème au quotidien que ça ne l’était en compétition. Je suis toujours emmerdé, parfois je “m’étouffe” dans mon sommeil, enfin disons que je respire mal. Puis ça passe. J’ai comme de grosses quintes de toux, ça me sert dans la gorge. Lorsque j’étais encore coureur, j’ai eu la chance d’être suivi par le médecin de l’équipe olympique suisse mais il n’avait rien trouvé. On me disait toujours qu’il n’y avait rien à faire… Sauf qu’à chaque retour d’entraînement, je pleurais sous la douche de frustration.

Auparavant, tu avais tout de même eu le temps de vivre plein de bons moments sur le vélo, avant que tes problèmes de respiration n’arrivent lors de l’Etoile de Bessèges 2019…
Oui, je me suis régalé. J’ai plein de super souvenirs en tête avec les copains, des moments où l’on s’est mis totalement minables en course mais on a aimé ça (rire). Le ZLM Tour 2017, je crois que c’est la plus belle course que j’ai faite dans ma vie. Il faisait un temps pourri, c’est tombé de partout dès le début de course. Je me suis retrouvé loin après une chute, j’ai dû attendre la voiture. Et ça a borduré dans le même temps. Lorsque j’ai été dépanné, j’étais super loin… Mais j’avais une force de fou, j’ai sauté de groupe en groupe jusqu’à revenir dans la première bordure. On a fini en petit groupe, j’ai bouché les trous sur les mecs qui sont sortis dans le final, j’ai encore trouvé la force de lancer Jérémy (Lecroq) au sprint et j’ai fait 6. Après la course, Pierre-Yves (Chatelon, le sélectionneur de l’équipe de France Espoirs, NDLR) est venu me voir et m’a dit : “tu veux faire quelle course d’ici la fin de saison ? Je t’y mets”. J’avais répondu le Championnat d’Europe. Il avait tenu parole, j’étais allé au Danemark et on avait fait 2 avec Benoît (Cosnefroy). J’ai toujours aimé les courses de guerriers, sous la pluie… Ce sont des chantiers.

« J’AVAIS ÉTÉ DIRECTEMENT PROPULSÉ LEADER »

En parlant de chantiers sous la pluie, tu avais fait un numéro sur une manche de l’Essor basque, en tout début de saison 2018…
C’était une belle victoire, l’une de mes plus belles même. Je me sentais vraiment bien en ce début de saison. La veille déjà, j’avais eu de super jambes mais j’avais eu des pépins qui m’avaient empêché de faire un résultat. Puis sur le Trophée de l’Essor, la dernière de la série, il a fait un temps de merde et je suis parti directement, au Km 0. On a perdu des gars au fur et à mesure, c’était vraiment à qui tiendrait le plus longtemps. Je savais que mentalement, j’avais un avantage sur pas mal de gars qui avaient déjà course perdue sur la ligne de départ quand il pleuvait et faisait froid. Et ça l’a fait.

Parmi les moments forts, il y a eu ce Top 10 sur le Challenge de Majorque, début 2019, face à de très gros noms du sprint, dès tes véritables débuts chez les pros !
J’ai fait ma perf’ d’entrée de jeu. Marcel Kittel avait gagné et c’était l’une de mes idoles. C’était génial de me retrouver là au milieu de ces gars. Je me rappelle très bien que j’avais explosé dans le dernier col en même temps que Marcel Kittel, justement, et on était rentrés ensemble. Puis il y a eu ce sprint sympa entre grosses cuisses.



Dans quel état d’esprit étais-tu à ce moment-là ? T’es-tu dit que tu étais parti pour faire carrière chez les pros ?

C’était bizarre car j’avais été directement propulsé leader de l’équipe Amore & Vita alors que je ne m’y attendais pas du tout. Après ce Top 10 pour la reprise en Espagne, il me tardait d’aller sprinter sur l’Etoile de Bessèges et au Tour de la Provence. Surtout qu’au Trofeo Palma, je revenais de super loin, je n’avais pas de train et j’avais remonté plein de mecs sur la fin. Je me sentais super fort. Mais voilà, ces problèmes de respiration sont arrivés à Bessèges, justement, sans que je n’en comprenne la cause. Je n’ai rien changé dans mes habitudes, je n’ai pas bricolé… Hormis une mononucléose, je n’étais jamais tombé malade et là, ce truc a foutu en l’air ma carrière. C’était une grosse frustration. L’équipe a vite décidé de ne plus me faire courir mais ils avaient raison, ça ne servait plus à rien. Je m’étouffais dans les fictifs, je toussais comme un pompier. Les mecs me regardaient bizarrement. Il fallait que ça cesse.

« JE N’AURAIS JAMAIS DÛ ROMPRE MON CONTRAT »

Pourquoi être retourné à Blagnac en cours de saison ?
Certains m’ont dit que ces problèmes-là étaient peut-être liés au stress. Alors j’ai voulu redescendre pour faire le test, en me disant que je n’allais pas être stressé en DN. Mais ça a été une grosse connerie. Je n’aurais jamais dû rompre mon contrat chez les pros. J’aurais peut-être dû chercher encore davantage à régler ce problème, aller voir d’autres docteurs. Je ne sais pas, et je ne saurai jamais ce qu’il aurait fallu faire, ou pas… J’aurai quand même fait mon petit bout de chemin et j’ai pu toucher le monde des pros du bout des doigts, alors que je n’avais pas gagné beaucoup de courses chez les amateurs. Je marchais bien, mais je n’ai jamais été une machine de guerre non plus à gagner dix courses dans l’année. Alors c’était toujours ça de pris.

Tu as été stagiaire chez AGO-Aqua Service, puis chez Wilier Triestina l’année suivante, avant donc de rejoindre Amore & Vita en 2019. Le tout, comme tu l’as dit, sans n’être jamais sorti du lot chez les amateurs. Ton nom de famille t’a-t-il ouvert des portes ? 
Pour le stage chez AGO, oui, car mon père connaissait bien Jean-Denis Vandenbroucke qui était DS là-bas. Il venait faire la Ronde de l’Isard et ils étaient dans notre gîte, où j’ai côtoyé des mecs comme Louis Vervaeke, Tiesj Benoot… Mais pour le reste, il n’y a pas eu de piston. Mon regret, c’est d’avoir accepté Amore & Vita trop tôt alors que Wilier Triestina, après mon stage fin 2018, m’a proposé un contrat pro. Mais je m’étais déjà engagé avec Amore & Vita. 

Cet héritage, avec ce nom de famille : était-ce une chance, un avantage, ou plutôt un poids et une pression supplémentaire par rapport à d’autres coureurs ?
C’était une pression depuis tout jeune. On regardait beaucoup plus ce que je faisais que les autres. Mais encore une fois, mon père n’a jamais poussé, il ne m’a jamais pistonné, n’a pas forcé le truc. Une fois que ça devient plus sérieux, chacun termine à sa place de toute façon, surtout quand je vois, avec le recul, les machines avec qui j’ai eu la chance de courir : Valentin Madouas, Aurélien Paret-Peintre, Benoît Cosnefroy… Des Tom Pidock, Tadej Pogacar, Egan Bernal… Et bien sûr mon grand ami Pavel (Sivakov), avec qui j’ai partagé un nombre incalculable de sorties d’entraînements. Je suis tellement heureux de le voir évoluer à ce niveau-là aujourd’hui mais je ne suis pas surpris. Chez les Espoirs, il avait été énorme l’année où il a gagné la Ronde de l’Isard, le Baby Giro et le Tour du Val d’Aoste. Aujourd’hui, il est le bras droit du meilleur coureur au monde, ça fait trop plaisir, il le mérite.

« J'ÉTAIS DÉGOUTÉ DU VÉLO LORSQUE J’AI ARRÊTÉ »

Mais tu n’as pas suivi le même chemin… 
Forcément, ça laisse quelques regrets. Mais c’est un joli sport qui m’a appris de belles valeurs. Je n’aurais pas pu faire mieux comme sport. C’est magnifique de se tirer la bourre pendant trois heures puis d’aller se faire une bouffe ensemble après, de rigoler en débriefant la course. J’ai adoré tous ces moments-là même si sur le coup, en 2019, j’étais dégoûté du vélo lorsque j’ai arrêté. D’ailleurs, je ne suis plus monté dessus pendant trois ans. La façon dont j’ai dû arrêter a été dure à digérer.

C’est donc totalement derrière toi ?
Je suis allé voir le départ du Tour de France à Lille l’an dernier, et je regarde encore les courses. Je suis récemment tombé sur certains vieux classements de manches de Coupe des Nations, ça m’amuse aujourd’hui. Je vais voir la Ronde de l’Isard quand ils passent à côté de la maison, mais c’est tout. C’est mon grand-père maternel qui roule toujours beaucoup. Il va avoir 80 ans et il roule encore tous les jours, il a fait 12.000 bornes en 2025, il est impressionnant. De mon côté, je fais plus de travail en salle que de vélo maintenant. Je suis d’ailleurs monté à 90 kg. De muscles, pas de gras (rire). Même si ce retour à Blagnac a été particulier, que j’ai tout arrêté en cours de saison, je me dis que c’est comme ça…

Il fallait que ça cesse ?
Oui, j’ai arrêté sur un Championnat de France où j’ai eu le sentiment qu’il fallait absolument arrêter les frais. Je me souviens très bien avoir balancé le vélo en me disant que c’était fini. Et ça l’a été. Juste avant ça, ma dernière Elite aura été la Ronde de l’Oise. Sans le vouloir, c’était un joli clin d'œil car mes parents se sont rencontrés là-bas aussi (sur le Tour de l’Oise, ensuite devenu le Tour de Picardie, NDLR). Pour l’anecdote, mon père avait le maillot jaune avant le chrono final mais je crois qu’il était arrivé sur la rampe de lancement en retard car il était en train de draguer ma mère (rire). Je n’aurai pas eu la même carrière que lui mais ce n’est pas grave, j’ai fait mon petit bout de chemin malgré tout. 


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