Les favorites n'ont pas refait le coup de Kigali

Crédit photo Philippe Pradier - DirectVelo
C'était la course d'après. Après le petit fiasco au dernier Championnat du Monde, où les favorites étaient passées à côté du rendez-vous, avec un podium difficile à prévoir et Magdeleine Vallières en arc-en-ciel, le Championnat d'Europe a offert un tout autre scénario. Cette fois, personne n'a eu le moindre crédit en dehors des grandes nations et des gros noms du peloton. Carina Schrempf (Autriche), Christina Bragh Lorenzen (Danemark) et Nora Jencusova (Slovaquie) ont bien tenté de rejouer Kigali. "Je pense que les Néerlandaises n'ont pas voulu laisser une échappée partir aujourd'hui, les Polonaises non plus. Forcément, ça a un peu bloqué le scénario et ça s'est vraiment fait à la pédale aujourd'hui", raconte Cédrine Kerbaol à l'arrivée.
« ON CONNAÎT MIEUX CE FORMAT »
Le sélectionneur de l'équipe de France, Paul Brousse, n'a pas été surpris de voir ce scénario en Ardèche. "C'est sûr qu'on s'attendait à ça. Parce que Kasia, Vollering, Longo Borghini, et même Pauline qui n'était pas présente se sont toutes retrouvées très loin samedi dernier. Et puis, on a bien vu au cours de la semaine, sur les réseaux, leurs déclarations. Il y avait beaucoup de frustration d'avoir fait ce voyage, entre guillemets pour rien. Donc on s'attendait forcément à une vraie explication aujourd'hui en Ardèche". Le pronostic s'est avéré être le bon dans la montée de Saint-Romain-de-Lerps. Alors que le train néerlandais avait déjà désamorcé toute tentative, c'est Demi Vollering en personne qui a mis tout le monde d'accord. "Aujourd’hui, c’était plus classique, on connaît mieux ce format. C’est plus facile de faire la différence en équipe", raconte la Néerlandaise.
Car les conditions de Kigali ont rebattu les cartes. "C'était très différent de ce qu’on connaissait. C’était difficile d’anticiper. Certaines ont explosé physiquement, c’était un type de course inédit", reprend la nouvelle Championne d'Europe. Anna van der Breggen, médaillée de bronze ce samedi, fait partie de ces filles qui n'ont pas pu s'exprimer en Afrique. "On veut toutes briller aux Mondiaux, c’est la course la plus importante. Donc si tu la rates, c’est une déception. Par exemple, j’étais en forme, je le sais. J’ai pu le montrer sur le contre-la-montre, mais pas en course. Ça te motive encore plus à te rattraper. C’est pour ça qu’aujourd’hui, on est vraiment contentes".
L'UCI ET L'UEC AUX ANTIPODES SUR LA DISTANCE RÉGLEMENTAIRE DE LEURS CHAMPIONNATS
Kasia Niewiadoma et Demi Vollering avaient toutes les deux évoqué un rêve brisé après la course au maillot arc-en-ciel. L'une s'est consolée avec un maillot étoilé, l'autre avec la satisfaction d'avoir cette fois-ci vraiment fait la course. "J'ai vu toute l'équipe néerlandaise très engagée. Après Kigali, je pense que chaque fédération a fait une sorte de remise en question sur la façon de courir pour gagner. Dès le départ, on pouvait voir qu’elles étaient totalement concentrées. Personnellement, je n’étais pas ravie d’être dans cette situation à 35 kilomètres de l’arrivée, avec une Néerlandaise devant et une autre derrière. Mais ce n’était pas si mal. Une médaille reste une médaille", sourit la Polonaise, bien plus heureuse que la semaine dernière.
La médaillée d'argent insiste sur l'impact qu'a eu Kigali sur la course du jour et s'interroge sur la suite à donner sur les courses de Championnat du Monde. "Je pense que nous avons toutes tiré des leçons de Kigali. Mais je crois aussi que c’est une dynamique de course totalement différente quand tu as trois heures de course au lieu de quatre heures et demie. Il y a moins de temps d’attente, on sait que ça va partir dès le début". L'idée de réduire le temps de course au Championnat du Monde plaît aussi à Demi Vollering. "Les courses plus courtes sont plus mouvementées, plus intéressantes, et tu dois être dedans tout de suite". Le règlement actuel oblige le Championnat du Monde à avoir une distance comprise entre 150 et 180 km. Le Championnat Continental, lui, ne doit pas dépasser 140 km. Le Mondial rwandais faisait 164 km, celui l'an prochain à Montréal en comptera 180. Alors si le peloton féminin souhaite une plus courte distance, il faudra peut-être patienter jusqu'à 2027 et le Mondial en Haute-Savoie.
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