Eglantine Rayer Girault : « Je ne voulais pas prendre le départ parce que j’avais peur »

Crédit photo Freddy Guérin - DirectVelo

Crédit photo Freddy Guérin - DirectVelo

Entre les Championnats de France de l’Avenir et Eglantine Rayer Girault, l’histoire tourne souvent au podium, au titre même. Mais ce mercredi, pour l’édition à la Tour-du-Pin et le chrono Espoirs, l’habituelle sociétaire de la FDJ-Suez arrivait bien loin de ses standards. Non pas à cause d’un physique qui lui fait défaut, mais surtout parce que la tête a souffert depuis plusieurs semaines, plusieurs mois. Entre les doutes, la pression et des crises d’angoisse, Eglantine Rayer Girault était déjà bien heureuse d’être sur la rampe de départ en Isère. Et derrière les sœurs Mullerla Normande est parvenue à monter sur le podium. Une petite victoire quand même après une préparation qui a tourné au cauchemar. Désireuse de lever encore un peu plus le voile sur la souffrance mentale des sportifs, Eglantine Rayer Girault s’est confiée à DirectVelo sur son expérience.


DirectVelo : Quelle saveur à cette médaille de bronze ?
Eglantine Rayer Girault : Saveur vanille-fraise (rires). Non, en vrai, je suis très contente. Si on m'avait dit que j’allais faire podium, j'aurais directement signé. Je ne parle même pas de la concurrence, mais juste de mes sensations personnelles et de comment j'ai bossé le chrono. À ce niveau-là, on ne peut pas y aller au talent, ce n'est pas comme ça qu'on a le titre. D'y aller avec ce que j'ai bossé et de faire 3e, c'était vraiment une bonne performance. Je ne m'attendais à rien. Être présente au départ était ma première victoire. Il y a trois jours, j'ai annoncé que je ne voulais pas prendre le départ parce que j'avais peur. Je sentais que je n'avais pas travaillé et je n'avais pas envie de me prendre une claque. J'ai eu de longues discussions avec mes parents et on a pensé que j’allais peut-être prendre une claque, mais qu’il fallait peut-être la prendre pour me réveiller. Si je fais 10e, je fais 10e, si je fais 15e, je fais 15e, si je fais 3e, je fais 3e, mais il faut y aller. Ça va juste me motiver à bosser derrière et sans pression. 

D’où est venue cette peur ?
Je suis venue ici avec l'impression d'être attendue. Mais mes parents me disaient : « qui t’attend ? Il n'y a que toi qui va être déçue de ce que tu vas faire ». Avec mon entraîneur, on avait prévu des entraînements pour préparer le chrono la semaine dernière. Finalement, on s'est dit qu’il fallait faire du jus, il n'y avait plus rien à faire. Je n'étais vraiment pas bien, mais c'était surtout dans la tête que ça n'allait pas. Mais c'est une bonne opportunité parce que ce n'est pas souvent que je peux faire des chronos. C'est mon deuxième contre-la-montre de la saison, le premier était au Giro. Je ne l'avais vraiment pas travaillé, mais ça m'a motivée pour le bosser. Maintenant que ma santé est stable, je vais certainement avoir du temps pour ça. Depuis le début de saison, ce n'était pas une priorité avec ma fracture cet hiver et ma commotion qui a traîné un peu en avril-mai. Être au départ était déjà une belle victoire.

« JE ME SUIS ARRÊTÉE AU STOP ET J’ÉTAIS EN CRISE DE PANIQUE »

Comment expliques-tu cette baisse de moral ?
J'ai une belle carence de confiance en moi, ce n'est pas nouveau, mais j’ai pris conscience que ça me bloquait et me freinait. La semaine dernière, j'ai lu l'interview de Lise Ménage et ça m'a fait beaucoup de bien. Je me suis sentie moins seule. Je sais ce que ça fait quand elle parle de crise de panique. Il n’y a pas une journée où je n’en ai pas fait la semaine dernière. Je le dis parce que je pense qu'il faut en parler, mais la semaine dernière, je me suis arrêtée au stop et j’étais en crise de panique alors que je n’avais rien fait. J’étais en pleurs alors que ce n’est vraiment pas mon style. Les gens qui me connaissent savent que je ne pleure pas souvent. Je profitais d'être seule et j'espérais juste que la fenêtre à côté était fermée. Je me suis dit que les gens allaient se demander ce qu'il se passe. C'était juste une crise de panique parce que j'avais peur. Je ne me sentais pas prête. Ça faisait longtemps que je n'avais pas goûté au podium et à des choses positives. Après le Giro, j'étais bien sur La Périgord Ladies, mais j'ai eu un petit coup de mou. Vendredi, j'ai même fait un cauchemar du chrono tellement ça n'allait pas. D’habitude je me souviens rarement de mes rêves et de mes cauchemars. Je me suis réveillée en plein milieu de la nuit. C'était de l'anxiété, mais de l'anxiété incompréhensible. 

As-tu quand même des pistes sur l’origine ?
Je suis la seule à me mettre la pression. Mes parents ne me parlaient même pas du chrono. Mes parents ne viennent pas du vélo, ils ne sont pas là pour me mettre la pression ou quoi que ce soit. J'étais toute seule dans ma bulle à me mettre la pression pour rien. Il faut en parler parce qu'à partir du moment où j'en ai parlé à mes parents, je suis allée faire une heure de vélo l'après-midi et je respirais tellement mieux. Je n'avais plus cette boule dans la gorge qui m'empêchait de respirer. J'ai eu du mal à en parler parce que j'avais peur de craquer et de pleurer en en parlant. Nos proches sont là pour nous écouter quand ça ne va pas. Ils étaient contents que j'en parle. Ils sont contents quand ça va, mais également quand je dis que ça ne va pas. Il faut libérer la parole là-dessus parce qu'on n'est pas des robots. On le dit souvent mais c'est une vraie phrase qui doit être comprise. On ne peut pas toujours être au top. Chez moi, la tête fait 80% du travail. L’année dernière au Tour de l’Avenir, j’ai pris une énorme claque les deux premiers jours, mais c’est ce qu’il m’a fallu pour me réveiller. Je me suis dit que je n’avais plus rien à perdre. J’y vais et on verra bien ce qu’il se passe. Finalement, j’avais fait 80 bornes à l’avant. C'est la plus grosse échappée de toute ma carrière et je décroche une victoire alors que j’étais super contente d'avoir été en échappée. Quand je suis relâchée dans ma tête, ça se ressent tout de suite.

« DES FOIS, JE SUIS AUSSI HYPER RENFERMÉE »

Tu disais que tu ne jouais plus trop les podiums. Le cap du WorldTour est dur à franchir aussi quand on a été plusieurs fois Championne de France, Championne d’Europe ou encore médaillée mondiale dans les jeunes catégories ? 
Je suis hyper contente de mon rôle chez FDJ. Je cours vraiment en étant relax et je sais qu'ils me font confiance. Ça m'aide beaucoup, parce que si personne ne me fait confiance et que je ne me fais pas confiance non plus, personne ne le fera. En échange de leur confiance, je leur ai promis de vraiment travailler là-dessus. Depuis que je suis arrivée à la FDJ, je bosse vraiment le mental et ça finira par payer. Il faut juste être patient et avoir un peu de stabilité dans l'entraînement. Ça me change de ne plus jouer les podiums. En Juniors, c’était facile, j’ai gagné chaque chrono que j'ai fait sur un Championnat de l’Avenir. C'était avec Jean-Phi (Yon). Et là, on m'a remis avec Jean-Phi et j'étais là à me dire : « oh là là, je vais niquer la stat » (rires). Mais heureusement que Jean-Phi était là. Peut-être que sans lui, j'aurais fait Top 5/Top 10, je n'en sais rien. Il ne m'a pas mis la pression non plus. Il a eu un super coaching et ça m'a beaucoup aidée, c'est sûr.

Tu as retrouvé des couleurs récemment en course…
Là par exemple, d'avoir joué dans l'échappée à la Périgord Ladies… Ça m'a tellement fait du bien. Juste d'avoir été dans l'échappée, j'étais tellement contente. Mais vu que je ne sais plus gagner, au dernier tour, j'ai eu des crampes et je n'ai pas su les gérer et basta. Mais je sens que ça va revenir tranquillement. Là, d'avoir participé au Championnat de France chrono, j'ai vraiment passé un cap dans ma tête. Je suis suivie et je vais continuer de travailler ça. Les gens, ceux qui ne me connaissent pas surtout, se disent parfois « elle est super souriante, elle est super extravertie, etc ». Mais en vrai, j'ai deux parties. Des fois, je suis aussi hyper renfermée. C'est vraiment un apprentissage, de parler, de s’ouvrir. Je suis sur la bonne voie. J'espère que le chrono va me donner le petit élan de confiance qu'il me manquait.

« J’AIMERAIS JUSTE NE PAS CHUTER, QU’IL NE M’ARRIVE RIEN »

Tu devais être en stage avec l’équipe de France, est-ce aussi lié à tes récents problèmes d’avoir décliné ?
Je n'y serai pas, mais c'est parce que j'ai été appelée au dernier moment par mon équipe pour le Tour de Pologne, parce qu'on a certaines filles qui sont déjà du Tour de France, certaines filles qui se sont blessées, et je suis dernière remplaçante. Donc j'y vais et je suis contente de pouvoir courir pour mon équipe. Je fais du vélo pour courir, je m'amuse en course. Je vais essayer de repartir sur une vibe positive. Je crois que ça va être surtout des sprints, mais on essaiera de faire autrement. Je suis toujours motivée. Je n'ai jamais perdu la motivation. Ce sont plus des manques de confiance. Se retrouver seule face à son vélo, si tu fais de la merde, c'est de ta faute. Mais ce n'est pas grave en fait. Où est le problème ?

Peut-on dire qu’aujourd’hui tu vas mieux ?
Oui, j'espère que je pars sur une vibe positive. Déjà, physiquement, je n'ai pas de pépins. Et dans une carrière, en tout cas dans la mienne, ça n'a pas toujours été le cas. Là, ça y est, j'ai eu un mois sans pépins, je me suis remise de ma commotion comme il faut. Je vais essayer de garder ce cap-là. Après, on n'est jamais à l'abri de rien. Là, j'aimerais juste ne pas chuter, qu'il ne m'arrive rien. Un peu de stabilité, ça me ferait du bien à l'entraînement et en course.

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