Lise Ménage : « J’ai explosé, j’ai fait un burn out »

Crédit photo Mathilde L'Azou / Team Cofidis
Voilà près d’un an, 308 jours exactement, que Lise Ménage n’a plus participé à la moindre compétition. La dernière fois, c’était à Binche-Chimay-Binche, en fin de saison 2024. Depuis, la sociétaire de la formation Cofidis a vécu une période très difficile, une dépression qui l’a forcée à rester éloignée des compétitions. L’athlète de 20 ans a plusieurs fois tenté de faire son retour, mais la tête n’a pas suivi. Cette fois-ci, c’est visiblement la bonne et quel plus bel endroit, quel meilleur symbole que les Championnats de France de l’Avenir pour signer son retour ? L’an dernier, Lise Ménage avait en effet décroché le maillot bleu-blanc-rouge et la médaille d’or lors de la course en ligne dans la catégorie Espoirs. Impossible d’imaginer un doublé ce week-end, mais l’essentiel est bien évidemment ailleurs pour celle qui espère pouvoir enfin se relancer et sortir d’un interminable tunnel. Entretien.
DirectVelo : Il semble évident de commencer par la plus simple des questions, comment vas-tu ?
Lise Ménage : Mieux. Je n’ai pas connu une période simple et c’est le moins que l’on puisse dire. J’ai vécu une sorte de burn out. C’était déjà devenu compliqué en fin de saison dernière, au mois de septembre. Il était prévu que je fasse encore deux courses en octobre mais je n’ai pas souhaité y aller. Mon corps m’a dit stop. J’avais prévu de reprendre en début de saison 2025 mais ça n’allait toujours pas mieux. Je n’ai pas réussi à revenir en mars non plus, une autre deadline que je m’étais fixée, puis il y a eu un nouvel échec en juin. Là, normalement, c’est la bonne pour demain (mercredi). J’ai des soucis d’ordre mental, tout simplement. Ce n’est pas physique. Finalement, c’est pire que les soucis physiques, car on ne sait pas quand ça va aller mieux.
« JE L’AI GARDÉ POUR MOI TROP LONGTEMPS »
Es-tu en mesure d’évaluer quand, comment et pourquoi les premiers symptômes sont apparus ?
J’évoquais la fin de saison 2024 mais en réalité, ça a commencé bien avant, il y a trois ans, à la sortie de mes années Juniors, lorsque j’étais en Terminale. J’avais le Bac à préparer mais aussi le concours pour Sciences Po. En parallèle, j’ai fait toute la saison au sein de l’équipe de France, jusqu’au Mondial en Australie. Lorsque je suis rentrée du Championnat du Monde, je suis tout de suite rentrée à Sciences Po et j’ai eu un gros down que j’ai mis sous le tapis. Ça m'est retombé dessus l’an dernier car je ne m’en étais pas occupée jusque-là. En cours de saison dernière, j’ai eu de vrais symptômes, importants… Des crises d’angoisse. Là encore, j’ai mis tout ça sous le tapis, je me disais que ça n’arriverait plus mais c’est revenu et ça s’est amplifié. Puis en septembre, c’est devenu trop. L’équipe m’a dit d’arrêter, de me reposer, et c’est la raison pour laquelle j’ai zappé les dernières courses. Pour répondre plus précisément à la question, je pense que c’est l’accumulation et la pression que je me mettais sur deux fronts, pour les études et pour le vélo, qui ont fait que j’en suis arrivée là.
Parce que c’était devenu ingérable ?
Parce que c’est devenu beaucoup plus dur des deux côtés. Au niveau des études, j’ai toujours eu des facilités et ça se passait très bien au lycée. Sciences Po, c’est un tout autre niveau, et tu ne fais face qu’à de très bons élèves. Côté vélo, c’est un peu la même chose. J’étais habituée à jouer les podiums tous les week-ends en Juniors. En passant pro, c’est devenu beaucoup plus compliqué. Je me demandais même si j’allais réussir à finir certaines courses. J’ai eu deux gros paliers à franchir d’un seul coup, à un moment où j’étais déjà fatiguée, physiquement comme mentalement. Et j’ai explosé, j’ai fait un burn out.
Tu évoquais précédemment des échanges avec le staff de l’équipe Cofidis, qui t’a conseillé de te reposer en fin de saison dernière. Tu avais donc pu évoquer ta situation auprès du groupe ?
Pas tout de suite. Je l’ai gardé pour moi trop longtemps, il ne faut surtout pas le faire. Disons que ça a fini par se voir car j’ai fait une crise d’angoisse sur une course en fin de saison. Alors je leur ai expliqué ce qu’il se passait. C’est eux qui m’ont aidée, notamment le médecin de l’équipe, Matthieu Muller, qui m’a fait réaliser à quel point c’était un sujet important.
« J’AI RÉUSSI À CONTINUER LES ÉTUDES »
Tu évoques des crises : comment se matérialisent-elles, quelles formes prennent-elles ?
Ce sont des palpitations, la respiration s’accélère nettement et le cerveau perd toute raison. On a l’impression que l’on va mourir, alors qu’il n’y a rien… Ça m'est arrivé en course et dans ces cas-là, je suis obligée de m’arrêter. Souvent, je le sens venir et j’essaie de le retarder. Mais à un moment ou un autre, si je le retarde trop, ça explose.
À quand remonte ta dernière crise d’angoisse ?
Plusieurs mois, même si j’ai depuis connu d’autres périodes de démotivation, mais pas aussi graves que ces crises-là.
On ne t’a donc pas vu en compétition depuis près d’un an. As-tu également arrêté tes études en parallèle ?
Je me suis beaucoup posé la question, j’y ai de nombreuses fois songé mais non, j’ai réussi à continuer les études. C’était très dur mais j’ai même réussi à avoir mon année. Heureusement que j’ai ça sinon, je me serais retrouvée sans rien. Le fait de me forcer à aller en cours, malgré tout, m’a aidée.
« SI C’EST TROP, JE SAURAI M’ARRÊTER »
Et tes proches, dans tout ça ?
En premier lieu, ils étaient surpris. Comme je l’ai longtemps caché, ils ne s’y attendaient pas. D’autant que d’ordinaire, je suis toujours brute de décoffrage. Ils ont pris peur, sachant que je fais mes études à Nancy. J’étais donc loin de la maison, même si je suis toujours accompagnée d’Océane (Mahé, sa petite-amie, NDLR). Si j’ai plusieurs fois songé à arrêter les études, c’était aussi pour revenir auprès de mes parents. Mais j’ai pu compter sur Océane, et c’était compliqué aussi pour elle. On s’est beaucoup inquiété pour moi.
Tu vas donc mieux, aujourd’hui, et tu t’apprêtes à reprendre la compétition dans moins de 24 heures. Comment imagines-tu la suite ?
Je dois faire ma troisième année de Science Po à l’étranger, près de Trieste en Italie. C’est encore un changement important mais je vais essayer de prendre les choses comme elles viennent, même si je ne suis pas sûre d’y arriver. Si c’est trop, je saurai m’arrêter. J’attends de voir ce qu’il en est au niveau du vélo également. J’aimerais bien rester chez les pros mais après une saison blanche, ça va être très compliqué. Les études pourraient m’aider. Disons que pour l’instant, je joue sur deux tableaux.
C’est aussi pour cela que tu reprends la compétition, pour te donner une chance de te relancer et de faire carrière chez les pros ? N’as-tu pas peur de te précipiter et de forcer les choses pour ne pas rater le dernier wagon du train ?
Le premier objectif, clairement, c’est de reprendre du plaisir sur le vélo, de retrouver l’adrénaline de la course. Demain et samedi, je ne serai pas forcément au niveau. Mais des atouts restent innés. J’espère donc ne pas être nulle non plus. Mais oui, je pense à la suite. Je suis en fin de contrat. Si je veux retrouver un contrat, il va falloir que je montre que je suis encore là. Sur le papier, c’est quasi mission impossible, mais j’ai envie de me mettre ce petit défi-là. Après les Championnats, j’ai vraiment envie de reprendre quelques courses avec l’équipe.
« DIFFICILE D’IMAGINER OÙ JE VAIS EN ÊTRE »
As-tu échangé avec le staff de l’équipe à ce sujet ?
Ils ne veulent pas du tout me mettre la pression, on n’en a donc pas parlé jusque-là. On prend les choses pas à pas. L’idée, pour l’instant, est de reprendre une course avec eux. Chaque chose en son temps.
Dans quelle condition physique te présentes-tu au départ du Championnat de France contre-la-montre ?
Je m’entraîne de façon régulière et cohérente, normale, depuis un mois. Avant, c’était plus en dents-de-scie. Il me manque le rythme et la caisse. J’ai le sentiment que sur les efforts courts et punchy, ça va encore, mais je n’ai plus l’endurance. C’est difficile d’imaginer où je vais en être par rapport aux autres, d’autant que les filles me disent que le niveau du peloton augmente de semaine en semaine. Mais l’essentiel, dans un premier temps, c’est d’être ici au départ.
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