Lilian Calmejane : « Je peux créer la surprise »

Crédit photo William CANNARELLA / DirectVelo

Crédit photo William CANNARELLA / DirectVelo

Lilian Calmejane sera une fois encore l’un des hommes à surveiller de près sur les routes de la Drôme-Ardèche. Et pour cause : ces deux dernières saisons, l’Albigeois s’est tour à tour imposé sur la Drôme Classic (2018) puis sur la Classic de l’Ardèche (2019). Après un début de saison encourageant ponctué de places d’honneur sur l’Etoile de Bessèges puis le Tour des Alpes-Maritimes et du Var, l’homme fort de Total Direct Energie espère briller une nouvelle fois en terres conquises, ce week-end. Avant de se rendre en Italie pour ses premières courses WorldTour de la saison. À moins qu’il ne se décide finalement à opter, en dernier recours, pour Paris-Nice. Explications.

DirectVelo : Es-tu satisfait de tes premières sorties de l’année ?
Lilian Calmejane : La trêve hivernale a été courte pour moi puisque j’ai couru en Chine en toute fin de saison dernière. J’avais donc choisi de bien m’entraîner mais sans pour autant focaliser toute mon énergie, mon appétit et ma motivation sur les premières courses de l’année. J’ai commencé la saison un tout petit peu plus timidement que certaines autres années. Mais avec de bons résultats, tout de même. Je n’ai pas de victoire au compteur mais déjà une belle régularité à haut-niveau. Mon premier gros bloc, important, débute ce week-end en Drôme-Ardèche et doit ensuite se poursuivre sur les courses italiennes. Enfin, normalement…

« JE N’AI PAS ENVIE DE PRENDRE LE RISQUE DE NE PAS COURIR »

“Normalement” car tu fais référence aux problèmes de coronavirus qui touchent actuellement le nord de l’Italie…
Je devais initialement participer à Tirreno-Adriatico puis à Milan-San Remo mais je me demande si je ne vais pas basculer sur Paris-Nice. C’est une éventualité fortement envisagée. Les courses italiennes sont menacées puisqu’en plein dans l’épicentre du virus. J’ai d’ores-et-déjà entendu ici et là des messages qui laissent penser que ces courses pourraient être annulées. Je me suis préparé pour être en grande condition au mois de mars. J’ai fait des sacrifices. Je suis un élément moteur de l’équipe et il serait donc vraiment dommage pour moi comme pour l’équipe de rester à la maison à cette période. Je n’ai pas envie de prendre le risque de ne pas courir.

On imagine que tu as récemment évoqué cette situation avec le staff de Total Direct Energie. Vous êtes-vous fixé une date limite pour prendre une décision ?
Lundi voire mardi prochain. Il faut voir comment on peut procéder car je ne suis même pas sur la liste des remplaçants pour Paris-Nice, forcément, puisque je dois disputer Tirreno-Adriatico. Mais ça reste un cas de force majeure alors j’espère qu’il sera possible de m’y aligner si besoin.

Le parcours de la Faun-Ardèche Classic a évolué. Qu’en penses-tu ?
On aura toujours deux grandes boucles très dures, qui permettent de limer la patte, comme on dit, avec un final solide. Dans le mur de Cornas, il manquait jusqu’à présent de la longueur ou de la pente pour réellement s’esseuler définitivement, même si Romain Bardet y est parvenu une fois. Tout le monde attendait toujours le Val d’Enfer (dont le sommet sera situé à 6,1 km de l’arrivée, NDLR). Il faudra voir où en seront les différentes équipes de costauds à ce moment-là, et s’il restera de la main d’oeuvre. Je pense quand même que le scénario restera sensiblement le même, tant ce peloton semble homogène. Il est très dur de pouvoir s’isoler à vingt bornes de l’arrivée puis de résister jusqu’au bout pour gagner en solitaire. Il faudra sûrement garder un maximum d’énergie pour la dernière bosse. Elle fait 1,5 kilomètre à 10%, alors si tu n’as déjà plus rien dans les jambes au pied…

« J’AI ENVIE DE NOUVEAUTÉ »

Après ta victoire en Ardèche l’an passé, tu avais déclaré - certes sur le ton d’une boutade - que tu aurais sans doute intérêt à découvrir d’autres terrains de jeu en 2020, notamment via le week-end d’ouverture en Belgique qui se déroule en parallèle. L’as-tu réellement envisagé cet hiver ?
J’ai envisagé de ne pas revenir en Drôme-Ardèche, oui, mais pas pour la Belgique. Au Nieuwsblad comme à Kuurne, les fauves vont être lâchés et il y a aura deux courses de folie. Je n’y ai pas forcément ma place. Je peux prendre du plaisir sur un GP E3 ou un Tour des Flandres, mais c’est différent. Ma place est en Drôme-Ardèche plutôt qu’au Nieuwsblad ou à Kuurne. Il faut savoir rester en adéquation avec ce que l’on sait faire. Par contre, j’ai envisagé de disputer le Tour du Rwanda.

Pourquoi ?
Je suis dans ma cinquième année professionnelle et j’ai envie de nouveauté. Cela aurait été une occasion de sortir du cadre habituel, justement. Je n’ai pas eu l’occasion d’énormément voyager, par rapport à d’autres coureurs du peloton. Courir en Norvège et en Chine m’a fait beaucoup de bien dans la tête, l’an passé. Je prends beaucoup de plaisir à voyager à travers mon métier. J’ai donc imaginé un instant courir au Rwanda mais les parcours et la longueur des étapes ne correspondaient pas à la meilleure des préparations pour les objectifs à venir. J’ai donc décidé de rester centré sur ce dont j’ai l’habitude.

Tu vas arriver en Ardèche en tant que tenant du titre et pourtant, tous les yeux ou presque seront sans doute rivés sur Julian Alaphilippe !
Il y a toujours eu un bon plateau sur ce week-end en Drôme-Ardèche.  Il faut d’ailleurs souligner que l’organisation de ces deux épreuves est tous les ans quasi parfaite. Il y a deux ans, j’avais gagné devant Bob Jungels et un beau collectif de la Quick Step, déjà. L’an passé, j’avais aussi dû faire face à un gros collectif de la FDJ avec Pinot, Madouas… Sans oublier Bardet, Latour et d’autres. Les meilleurs français sont là, mais pas que. C’est vrai que l’on parle de lui (Julian Alaphilippe) mais c’est presque mieux pour moi car je serai peut-être un peu moins marqué. Je peux créer la surprise au milieu d’un peloton de niveau mondial. 

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