Julien Jurdie : « L’ambition est claire, on veut gagner »

Crédit photo Xavier Pereyron / LNC
Le Tour Auvergne-Rhône-Alpes - nouveau nom du Critérium du Dauphiné - s’élance ce dimanche en fin de matinée depuis Vizille, au sud de Grenoble. Huit journées de course sont une nouvelle fois au programme et un nom est dans toutes les têtes, celui de Paul Seixas, lequel a hâte de se tester avant son premier Tour de France. Malgré ses 19 ans seulement, le Lyonnais fait d’ores-et-déjà figure d’homme à battre dans l’esprit de beaucoup, tant il s’est montré impressionnant depuis le début de l’exercice annuel en cours. Si la concurrence sera de taille, avec la présence (entre autres) de l’Espagnol Juan Ayuso, du Portugais Joao Almeida ou encore du Mexicain Isaac Del Toro, l’ambition assumée de l’équipe Decathlon CMA CGM est bel et bien de remporter l’épreuve, comme nous l’a confié le directeur sportif Julien Jurdie ce samedi après-midi, depuis Voiron. Entretien.
DirectVelo : Paul Seixas refuse l’étiquette du favori N°1. Qu’en est-il de ton côté : considères-tu ton leader comme l’homme à battre cette semaine ?
Julien Jurdie : Pour moi, on a le rôle de favori, que l’on va assumer pleinement durant cette belle semaine sur les routes de Rhône-Alpes. L’ambition est claire, on veut gagner et avoir le maillot jaune à l’issue des huit étapes. L’évolution de Paul est assez impressionnante depuis le début de la saison. Il nous a tous bluffés, moi le premier mais aussi l’équipe, les médias et les fans. C’est tout à fait naturel qu’on arrive au départ avec une grande ambition, et j’espère pourquoi pas avoir le maillot jaune à l’issue de la dernière étape.
« ON SENT QU’IL DEVIENT UN VRAI GRAND LEADER »
Avec déjà le Tour en tête ?
On ne veut surtout pas se projeter sur le Tour de France. On a vraiment envie de se concentrer sur cette course. On est basés ici en Savoie, à la Motte-Servolex, je suis Stéphanois, Paul est Lyonnais. Il y a cette particularité, c’est une course très importante pour nous. On veut aussi prendre du plaisir sur cette course, avec un groupe en confiance et qui marche très fort. On tourne très bien depuis le début de la saison, on est la quatrième équipe mondiale. Tous les feux sont au vert et on a hâte de se lancer demain.
Tu as déjà connu beaucoup de leaders dans l’équipe, notamment Christophe Moreau, Jean-Christophe Péraud ou encore Romain Bardet. Comment gérer ce phénomène Paul Seixas ?
J’ai toujours coaché mes athlètes en leur laissant une part d’instinct, c’est très important. On l’a souvent fait avec Romain Bardet mais aussi avec Ben O’Connor par exemple. C’est exactement la même chose pour Paul. Il a un super sens de la course. Il faut le guider mais ne surtout pas le brider. C’est un garçon qui a toujours la volonté d’aller de l’avant, de se projeter. Et ça tombe bien, c’est comme ça que je vois le vélo. Il a encore des choses à apprendre mais au fil des courses, on sent qu’il prend de plus en plus de plaisir à parler à ses coéquipiers. Ce n’était pas facile au départ mais il le fait très bien, petit à petit. Il a souvent pris la parole au stage en Sierra Nevada. Ce sera encore le cas cette semaine, en guise de grand examen avant la Grande Boucle. On sent qu’il devient un vrai grand leader.
Qu’est-ce qui t’impressionne le plus chez lui ?
Il a une maturité physique et mentale qui est juste extraordinaire. Personnellement, je n’ai jamais vu ça avec un coureur de 19 ans. Je ne sais pas jusqu’où ça va aller, j’espère encore bien haut. Mais c’est sûr qu’il a un talent fou et une précocité impressionnante. Il a déjà validé beaucoup de choses et ça nous facilite le travail. Personnellement, ce n’est que du bonheur de coacher un garçon comme ça. C’est nouveau pour moi aussi d’arriver sur un Tour Auvergne-Rhône-Alpes avec le rôle de favori. C’est vraiment incroyable. L’ambition est là, elle est affirmée, c’est la gagne. Et puis, il est très pointu dans l’approche de la course, sur tous les à-côtés. Il est très fort dans l’analyse d’avant-course.
« J’AI RAREMENT VU UN DERNIER WEEK-END AUSSI DIFFICILE »
Avais-tu imaginé qu’il progresse tant en un an, depuis son Top 10 au Dauphiné l’an passé ?
Sa progression est impressionnante, mais il faut rester humble. Il y a un an, il découvrait une grosse course par étapes ici et on était déjà tous épatés de sa belle 8e place finale. On se demandait quel serait son niveau en 2026. Durant l’hiver déjà, on voyait que les datas étaient excellentes. Puis en courses, petit à petit, en Algarve d’abord, puis en Ardèche… L’Ardèche, c’était vraiment impressionnant. Les Strade Bianche aussi. Le Pays Basque puis les Ardennaises, je n’en parle même pas. C’était impressionnant. En plus des datas, il maîtrise vraiment bien les courses.
Comment analyses-tu la concurrence sur ce Tour Auvergne-Rhône-Alpes ?
Lidl-Trek a une très belle équipe autour de (Mattias) Skjelmose et (Juan) Ayuso. Visma aussi avec (Matteo) Jorgenson, et bien sûr UAE avec la paire (Joao) Almeida et (Isaac) Del Toro, qui était sur le point de gagner le Giro il y a un an de cela, il ne faut pas l’oublier. Il a fait un excellent début de saison. Pour moi, les équipes Lidl, UAE et nous-mêmes sortons du lot. Il y aura une belle bataille, ce ne sera pas facile. Le triptyque alpestre sera fou, j’ai rarement vu un dernier week-end aussi difficile. C’est un vrai test avant le Tour de France. On a de l'ambition mais on reste lucides et humbles. On sait bien que l’on n’est pas seuls.
La bataille pourrait commencer dès la première étape !
Je couvre le Dauphiné depuis de longues années et c’est peut-être la première fois que je vois une première étape aussi difficile, avec un dénivelé impressionnant. On a reconnu le final hier (vendredi) avec l’ensemble du groupe. Pour une première, il vaudra mieux avoir de très bonnes sensations. Il pourrait y avoir quelques surprises. Il se pourrait que l’un des favoris, des leaders, prenne le premier maillot jaune demain (dimanche), c’est clair. Mais encore une fois, le plus important reste le général. J’ai déjà gagné ici, en 2007 avec Christophe Moreau. J’espère avoir une bonne surprise et revivre ça d’ici une semaine. Une fois cette semaine terminée, il sera temps de se projeter tranquillement sur le Tour de France, tant avec Paul avec qu’avec l’ensemble du collectif.
