« Ce n'était qu'une question de temps » : Modern Adventure, le moment fondateur

Crédit photo Hugo Barthélémy / DirectVelo
La victoire de Ben Oliver à l’Ethias-Tour de Wallonie restera comme l’un des moments fondateurs de la jeune équipe Modern Adventure Pro Cycling. Deux succès d’étape et un classement général qui confirment l’émergence d’un projet construit en un temps record. Pour Joey Rooskopf, directeur sportif de la formation américaine, ce succès en Belgique a une portée symbolique forte. “C’est une grande victoire dans l’histoire de l’équipe. Oui. Le Tour de Wallonie, en Belgique, c’est en Europe. Et l’Europe peut représenter un énorme saut en termes de styles de course par rapport à ce que l’on connaît en grandissant en Amérique, ce qui rend encore plus significatif le fait de gagner au cœur de la Belgique”, souligne-t-il à DirectVelo.
Selon l’ancien coureur de la BMC Racing Team, ce succès est l’aboutissement logique d’un processus long d’un an. “Tous les coureurs ont commencé à courir en janvier et ils font énormément de choses correctement. Certains sont encore inexpérimentés, mais s’ils font ça depuis peu de temps, ça veut simplement dire qu’ils apprennent et qu’ils progressent. Ils font les bonnes choses à l’entraînement, en groupe, en course, ils prennent de bonnes décisions. C’était seulement une question de temps.”
DE LA SURPRISE À LA CONFIRMATION
Le directeur sportif admet même avoir pensé que cela prendrait plus longtemps, mais estime que ce succès va convaincre tout le monde que l’équipe est sur la bonne voie. “Beaucoup d’entre eux n’ont fait que quelques courses professionnelles dans toute leur vie. Ils ne savent pas à quoi s’attendre. Ils ne savent pas s’ils font bien les choses en course, s’ils sont bons ou s’ils n’ont pas leur place ici. Nous pouvons leur dire qu’ils font tout correctement et qu’ils font du bon travail, mais une fois rentrés chez eux, on ne sait pas s’ils y croient vraiment. Donc obtenir enfin une preuve, c’est un énorme soulagement pour moi, et pour eux aussi. C’est très gratifiant.”
Ce succès est presque devenu une évidence vu les progrès enregistrés en quelques mois. “Je me rappelle notre première course à l’AlUla Tour. On se demandait vraiment ce que ça allait donner. Ensuite, il y a eu directement l’UAE Tour et nous avons également été bons. C’était de l’ordre de la surprise. Ils sont bien meilleurs en course qu’ils ne le pensent eux-mêmes. La surprise du début de saison s’est estompée, et c’est devenu : ‘ok, ces gars vont gagner’. À chaque course, on se retrouve dans le Top 10, ils prennent de bonnes décisions. C’est pour ça qu’il y a autant de bons résultats. Et aujourd’hui, avoir enfin la confirmation, c’est moins une surprise.”
DES AMBITIONS DE GRAND TOUR EN 2028
Cette victoire ouvre naturellement la question des ambitions futures. Le projet vise-t-il le WorldTour ? “Je pense que George a dit que le principal objectif, c’est le Tour de France. Nous avons des engagements à long terme avec les sponsors. Le projet a été construit sur six ans au départ. Je suis quelqu’un de prudent, mais si on continue comme ça, je pense qu’un Grand Tour en 2028 est possible.”
Mais Joey Rooskopf reste lucide sur les contraintes du système. “Peut-être que c’est trop tôt pour en parler. Il y a des questions de classement, il faut être dans le top 30… Nous étions dans le top 40 avant l’Ethias-Tour de Wallonie. Personnellement, je ne m’intéresse pas vraiment aux points. Au début, je n’en parlais pas du tout aux coureurs. Mais c’est la réalité du sport. Et si nous voulons faire un Grand Tour, alors nous devrons en parler.” Avant de parler de Grand Tour, l’important reste la progression étape par étape. “Chaque fois que nous recevons une invitation, nous essayons de dire oui. Nous avons été invités à des courses WorldTour sans expérience et nous avons dit oui. Nous avons même reçu une invitation à l’E3 un mois avant la course, alors que nous n’avions encore rien fait à ce niveau. Et nous avons dit oui.”
Pour lui, cette philosophie est la clé du développement. “C’est comme ça qu’on progresse : en disant oui plus souvent que non. Et à chaque fois, on élève le niveau, on élève les standards. Si on recevait une invitation pour un Grand Tour, on dirait oui. Et on trouverait une solution. On peut tout résoudre.” Même les contraintes structurelles ou logistiques ne sont pas vues comme des blocages. “Il y a une solution pour tout. Si on a un problème, on trouve une solution.”
UNE CROISSANCE RAPIDE MAIS MAÎTRISÉE
Reste la question de l’avenir du projet. “On n’a pas besoin de beaucoup changer. Peut-être encore une ou deux saisons comme ça. On a une très bonne dynamique et une bonne réception des organisateurs. Pour l’instant, c’est suffisant.” Mais sans volonté de stagnation. “On ne veut pas refaire la même chose année après année. On veut continuer à grandir, ajouter des personnes, améliorer ce qu’on fait chaque année.” Et finalement, tout repose sur une réalité très concrète. “C’est une question d’argent. Il faut être prudent, construire un projet durable. Et ensuite, répartir le budget correctement.” La conclusion est simple : Modern Adventure Pro Cycling n’en est qu’au début. Mais déjà, l’équipe a franchi un cap symbolique majeur.
