Visma-Lease a Bike, « une magnifique opportunité » pour Gaëtan Pons

Crédit photo Nicolas Gachet / DirectVelo
De 2012 à 2019, il a été coureur au sein des équipes Continentales T.Palm-PCW, ColorCode-Biowanze, Wallonie-Bruxelles et Leopard Pro Cycling. Puis il a été directeur sportif au sein de l’équipe luxembourgeoise, tout en étant responsable marketing au sein de la société Carbonbike. Puis Gaëtan Pons a été DS à temps plein au niveau ProTeam, chez Unibet en 2024 et 2025. Le Belgo-Luxembourgeois de 34 ans a franchi une nouvelle étape en décrochant l’hiver dernier un contrat avec la Visma-Lease a Bike. À l’occasion du Tour de Romandie, où il était pour la première fois le directeur sportif n°1 de la WorldTeam néerlandaise, il s’est confié sur son nouveau poste au micro de DirectVelo.
DirectVelo : Comment t’es-tu retrouvé directeur sportif chez Visma-Lease a Bike ?
Gaëtan Pons : J'ai passé deux super années chez Unibet. C'était vraiment une magnifique expérience, avec un projet complètement novateur. Cela m'a permis de toucher à tout, de m'épanouir et de grandir au sein d'une équipe qui était en plein développement. Mais après ces deux ans là-bas, j'avais envie de continuer à évoluer dans mes fonctions et de faire de plus grandes courses. Même si Unibet avait un super projet, j'aspirais à autre chose. J'ai eu la chance, un peu par hasard, de tomber sur Merijn Zeeman (directeur sportif chez Visma-Lease a Bike, NDLR) sur le vol de retour du Tour du Danemark. On a longuement discuté dans l'avion. À ce moment-là, il n'y avait absolument rien de concret, c'était juste un contact amical. Puis, dans les semaines qui ont suivi, j'ai appris que Visma cherchait un directeur sportif après le départ d’Addy Engels chez Tudor.
Et tu as obtenu le poste…
Avec le changement de nationalité d'Unibet, il y a eu énormément de démarches administratives à régler au niveau des contrats, qui ont été retardés. Cela devenait vraiment très, très long. Au mois de septembre, j'ai eu un entretien avec Visma, notamment grâce à mon ancien manager de chez Leopard, Markus Zingen, qui s'entend très bien avec Grischa Niermann. Je l’ai eu en visio pendant une heure. Il m’a dit qu’il avait pas mal d’autres candidats. Puis, il m’a dit : "J'ai un plutôt bon feeling, donc on va refaire une visio, mais cette fois avec Jacco Verhaeren, qui est le responsable du coaching en général chez Visma". On a donc fait cette deuxième réunion et ils m’ont rappelé le lendemain pour me dire : "Pour nous c’est bon, on peut démarrer ensemble". C’était vraiment une magnifique opportunité. Chez Unibet, ils étaient très heureux pour moi. Il n'y a eu aucun sentiment négatif de leur part, et je garde d’ailleurs de très bons rapports avec eux.
« QUAND J'ÉTABLIS UNE STRATÉGIE, JE GARDE LES PIEDS SUR TERRE »
Depuis ton arrivée, as-tu l’impression de faire le même travail que chez Unibet ?
Visma-Lease a Bike est une structure incroyable, avec beaucoup plus de moyens et beaucoup plus de professionnalisme. La différence avec Unibet, même si je pense qu'ils vont passer ce cap dans les prochaines années, c'est que par manque de personnel et de moyens, on était obligé de faire un petit peu de tout. Ici, je me concentre sur mon job de DS et je peux être plus pointilleux. C’est vraiment épanouissant et beaucoup plus professionnel.
Comment a été construit ton calendrier de courses pour cette saison ?
Tout est calculé, pour les coureurs bien sûr, mais aussi pour le staff. Lorsque j’ai débuté, Grischa Niermann m’a dit : "Écoute, on va créer ton calendrier de manière à ce que tu puisses, toi aussi, te développer". J’ai un contrat de deux ans avec eux. Pour les premières courses que j'ai faites, que ce soit le UAE Tour ou la Drôme-Ardèche, j’ai à chaque fois été mis avec un directeur sportif différent pour que je puisse apprendre leur manière de travailler. J'ai la mienne, mais là, je dois me mettre dans le moule Visma-Lease a Bike. J’ai donc été mis à chaque fois en binôme. Ensuite, j’ai pris un peu le lead sur tout ce qui est logistique, avant de passer réellement à la préparation de course. J’ai aussi accompagné l'équipe sur Paris-Nice, où j’avais plus un rôle d’observation sur une grosse course. Le but, c’était qu'à partir du Tour de Romandie, je prenne le lead sur toute la préparation de course. Et donc en Romandie, j’étais le directeur sportif numéro un. Grischa m’accompagnait et me donnait des feedbacks, mais c’est la première course où j'ai l'entière responsabilité de la stratégie.
Comment te décrirais-tu en tant que directeur sportif ?
J’essaie d’être vraiment proche du staff et des coureurs. Je fais en sorte que tout le monde travaille dans un environnement sain, où chacun se sent écouté et considéré. Être DS, c’est aussi savoir gérer les égos même s’il n’y en a pas trop. La stratégie vient au second plan : il faut que tout le monde soit d’abord ancrés dans cette vision et dans ce moule, avec l'idée qu'on est là pour atteindre les objectifs fixés par l'équipe. Je n'ai pas oublié ce que c’est d'être sur un vélo, même si ça fait sept ans que j’ai arrêté. Je sais à quel point c’est dur, je connais les contraintes et les limites. Quand j’établis une stratégie, je garde les pieds sur terre pour proposer le meilleur plan possible avec les coureurs. Je veux les inclure complètement dans le plan. Je ne veux pas arriver le matin et leur dire : “On va faire comme dans Pro Cycling Manager". Je veux être proche d'eux dans la préparation et dans la réalisation.
« SE MONTRER CRÉDIBLE DÈS LE DÉBUT »
Sans vouloir te faire injure, tu n’as pas eu une grande carrière de coureur et tu es encore jeune dans le métier de directeur sportif. Est-ce facile de se faire respecter par des grands leaders ?
C’est une question très légitime ! Je n'ai pas été Champion du Monde, j’ai couru dans des Continentales et, même si j’ai eu des contrats pros, ça restait le niveau Continental. Il faut donc pouvoir se montrer crédible dès le début. D’un autre côté, j’ai d’autres collègues, comme Marc Reef, qui est un super DS ici et qui n’a pas été un grand champion non plus. Je pense que ce ne sont pas forcément les grands champions qui deviennent les meilleurs coachs ou les meilleurs DS, que ce soit dans le vélo ou dans d’autres sports. (José) Mourinho a fait une carrière exceptionnelle en tant que coach sans jamais avoir été un grand joueur. Le but, c’est de montrer qu’on est là et qu’on est efficace.
Comment se rendre crédible ?
J'essaie de faire en sorte que lorsque j’exprime ma volonté de réaliser tel plan, les mecs se sentent complètement investis et qu'ils voient, à la fin de la journée, que c’était la bonne stratégie. Ces dernières années, c’est une approche qui a payé. Et quand je me retrouve avec des grands noms comme Matteo Jorgenson ou Jonas (Vingegaard) sur Paris-Nice, lorsqu’on discute de quelque chose, on est alignés. On se rend crédible parce que les solutions que l'on apporte aux problèmes posés sont souvent les bonnes.
Est-ce qu'il est possible d’apporter sa touche personnelle dans l’une des meilleures équipes du monde, ou faut-il simplement se fondre dans la philosophie de l'équipe ?
Je pense qu’on peut apporter sa touche. Quand je suis arrivé, je me suis demandé : "Qu’est-ce que je vais bien pouvoir apporter à la deuxième meilleure équipe au monde ?". Et en fait, je me suis rendu compte qu’avoir travaillé chez Unibet, ce n’était finalement pas inutile, car c’était une équipe assez novatrice. D'un point de vue technologique ou organisationnel, ils avaient un super plan chez Unibet. On ne s’en rend pas forcément compte de l'extérieur. En arrivant ici, j'ai tout de suite dit : "Je pense qu’on pourrait être plus efficaces sur tel, tel ou tel point". Par exemple, pour nos réunions hebdomadaires entre directeurs sportifs, je leur ai proposé une autre manière de structurer les rapports pour gagner en efficacité. J’ai été écouté, et c’est quelque chose qu’on a mis en place. J'apporte donc aussi des choses que j’ai connues auparavant. Je pense également qu'il est parfois difficile pour une équipe de faire entrer un directeur sportif qui a déjà 30 ans d’expérience dans un moule très précis. Moi, ils vont pouvoir me former à leur manière, entre guillemets. Arriver en étant relativement frais et pouvoir leur dire "voilà, maintenant je suis un propre produit Visma", c’est quelque chose d'important pour eux. Je peux m’adapter beaucoup plus facilement aux exigences et aux attentes de l’équipe.
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