Pierre Choblet : « C'est un truc de fou »

Crédit photo Michaël Gilson - DirectVelo

Crédit photo Michaël Gilson - DirectVelo

C'est une belle histoire comme sait en offrir le Tour de Bretagne. Régulièrement, l'épreuve de Classe 2 offre à des amateurs l'occasion de se distinguer, et il est rare que ceux-ci ratent le coche. Cette année, il a fallu attendre la dernière étape pour voir un coureur de N1 créer l'exploit, sur le difficile circuit de Dinan. Celui-là même qui avait permis à Jean-Louis Le Ny, en 2021, de renverser le général et de s'adjuger la victoire finale, alors sous les couleurs de WB-Fybolia Locminé. Cette fois, c'est Pierre Choblet qui a levé les bras à Dinan, en solitaire. Alors que son équipe du VC Pays de Loudéac était la seule N1 au départ cette année, les Bretons n'ont pas eu peur et ont fini le Tour de Bretagne en apothéose. Et ce seulement deux ans après la victoire d'étape d'Antonin Souchon. Comblé, Pierre Choblet est revenu avec émotion sur cette journée folle, auprès de DirectVelo.


DirectVelo : Tu t'imposes sur le Tour de Bretagne avec ce maillot de Loudéac !
Pierre Choblet : C'est un truc incroyable. Je ne réalise pas encore ce que j'ai fait aujourd'hui. C'est incroyable. Une équipe bretonne qui s'impose sur le Tour de Bretagne, c'est un truc de fou. Je suis super fier des gars, du staff, d'Adrien (Garel), notre DS,  de Jennifer (Vetel), mon entraîneuse. Je suis trop content. Je savais que je commençais à bien marcher. J'avais fait 3 du Mené, au fur et à mesure des étapes, je voyais que j'étais de plus en plus fort. Dans les deux étapes où il y a eu le plus de dénivelé, j'ai récupéré. Hier, je sentais que j'étais vraiment bien. Aujourd'hui, j'étais vraiment dans la forme de ma vie.

Est-ce que tu t'es dit que c'était peut-être une journée pour toi ?
Franchement, je savais que s'il y en avait une où je pouvais être bien, c'était celle-là. Il n'y avait pas beaucoup de dénivelé, mais ce sont des petites routes assez plates. Il fallait juste tout donner tout le temps. C'est plutôt une étape qui me correspondait.

« MÊME AU DERNIER TOUR, JE N'Y CROYAIS PAS »

À quoi as-tu pensé seul sur ce circuit final ?
Dans le final, j'ai tout donné jusqu'à la fin. Je ne pensais pas qu'ils n'allaient pas rentrer pour moi. Je me suis dit que je prendrais du kiff tout le long. J'essaie d'aller le plus loin possible et on verra. Après je sentais que j'étais vraiment très fort aujourd'hui. À la fin, c'était le mental. Dans les deux derniers tours, je ne sentais plus mes jambes. J'avais des débuts de crampes partout. Dès le début à trois, c'était super dur. Mais j'ai tout donné jusqu'au bout et ça l'a fait, c'est incroyable.

À partir de quel moment tu t'es dit que c'était gagné ?
Quand je lève les bras. Même au dernier tour, je n'y croyais pas. Je me suis dit qu'à 30 secondes, dans la côte, ils allaient revenir et me passer. J'ai tout donné tout le temps et ça l'a fait. J'entendais sur le bord de la route, mais parfois à une minute, parfois à 30 secondes. Des gens disaient que ça allait le faire. Après, il y avait des motos qui remontaient. Je ne savais pas trop, c'était compliqué de savoir les temps.

Dans l'échappée à trois, tu t'es dit que c'était possible ?
En vrai, oui. Je me suis dit que c'était possible. Après, il fallait voir combien le peloton voulait nous laisser. Ils nous ont laissé jusqu'à six minutes. Quand j'ai vu six minutes, je me suis dit qu'il faudrait qu'ils s'emploient pour aller nous chercher. Après, je pense que le circuit a beaucoup aidé l'échappée.

« C'ÉTAIT MIEUX D'ÊTRE TOUT SEUL »

Comment as-tu lâché Reef Roberts, ton dernier adversaire ?
Ce n'est pas volontaire. En fait, il était super fort tout le circuit en ligne. Il passait des relais incroyables. Dans la côte, je lui demande un relais et je vois qu'il ne passe pas. Je me suis dit qu'il allait m'attaquer. Quand je me suis retourné, je l'ai vu grimacer. J'ai accéléré un peu dans la côte. Au début, il tenait ma roue. Je me suis dit qu'il allait me contrer. Puis il a pris quelques mètres. Après, j'ai tout donné jusqu'à l'arrivée. Je pense que c'était mieux d'être tout seul parce que je pouvais prendre les trajectoires que je voulais. Je pouvais rouler sans forcément penser à le mettre dans l'abri et qu'il puisse se reposer.

Tu as souvenir d'avoir vécu une telle émotion ?
Non. Ça remonte. Ma dernière victoire, c'est à la SportBreizh en Junior 1. L'année dernière, c'était un peu compliqué. Je n'étais pas forcément bien. Je n'ai pas fait une belle année, mais là, j'ai su rebondir cette année. Avec l'équipe, on s'entend tous super bien. Adrien nous a mis dans de super conditions, comme le club. On a fait tout ce qu'il fallait. Il y a aussi Malo (Stevant) qui m'a appris le vélo plus ou moins, on se connait depuis que je suis en Espoir 1. Il m'a encouragé, il me disait que je marchais terrible. Tout ça fait que je suis obligé de marcher à la fin.

Tu es venu au vélo comment ?
Avec mon père. À la base, je fais du vélo depuis que je suis tout petit. Sérieusement, depuis que je suis en Junior 2. Avant, je faisais du foot à l'AS Vitré.

« ON A PRIS NOS MARQUES »

Dans quel état d'esprit étiez-vous collectivement, en étant la petite équipe du Tour de Bretagne ?
C'est vrai que c'est impressionnant. Moi, c'est mon deuxième Tour de Bretagne. Pour la majorité des gars, c'était leur premier. Quand on est la plus petite équipe, on n'a pas forcément notre place aux avant-postes dans le peloton. C'est toujours compliqué de se placer. C'est un autre niveau. Mais au fur et à mesure des étapes, on a pris nos marques. À la fin, on sentait qu'on montait tous en puissance, avec Malo qui a pris l'échappée hier et avant-hier. Il y avait tout à jouer aujourd'hui.

Ça doit te donner des idées pour aller au-dessus...
Bien sûr. Quand on fait des courses comme ça, même voir les bus au départ, aux hôtels, ça fait rêver. Là, je profite. Je mets toutes les chances de mon côté. Je m'entraîne tous les jours à fond. Je bosse dans le bâtiment et là, ça fait deux mois que je travaille avec mon père, donc ça va. On s'arrange sur les horaires. Ça fait deux mois que je m'entraîne pour le Tour de Bretagne, pour être dans les meilleures conditions possibles et ça a payé.

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