« Le vélo avait une dette envers lui » : le peloton chavire pour Wout van Aert, enfin roi de Roubaix

Crédit photo ASO / Billy Ceusters
Sur le béton usé du Vélodrome de Roubaix, il n’y avait pas qu’une victoire. Il y avait une délivrance. Une explosion longtemps contenue. Le bras levé de Wout van Aert n’était pas seulement celui d’un vainqueur : il racontait les chutes, les cicatrices, les printemps contrariés et les rêves ajournés. Enfin, le plafond de verre s’est brisé. Et avec lui, des années d'adversité sportive. “Il n'y a pas un autre gars qui le mérite plus que lui”, savoure Christophe Laporte, son lieutenant depuis bientôt cinq ans.
« UN VÉRITABLE HÉROS POUR BEAUCOUP DE JEUNES COUREURS »
Dans le peloton, l’émotion est brute, presque fraternelle. “Nous sommes contents pour lui”, confie Julien Jurdie. Parce que Wout van Aert dépasse le simple statut de cador du peloton. “C’est un athlète exemplaire et sympathique, toujours présent, souvent placé… mais trop rarement récompensé à la hauteur de son talent”. Il y a, dans ces mots, une forme de reconnaissance collective. Comme si tout le cyclisme avait attendu ce moment. Et presque son dauphin du jour, Tadej Pogacar. "Je ne suis pas déçu. Wout mérite de gagner, surtout avec la manière dont il revient toujours après avoir eu tant de malchance. Il n'abandonne jamais. C'est un véritable héros pour beaucoup de jeunes coureurs".
Même vibration chez Sven Vanthourenhout, touché bien au-delà du sportif. “Que ce soit dans le peloton, en dehors du peloton ou dans le monde du cyclisme en général, tout le monde est très heureux pour Wout aujourd’hui. Et moi aussi, absolument”. Car derrière le coureur, il y a l’homme. Celui qu’il a côtoyé, accompagné, vu grandir. “Je l’ai encore vu il y a quelques jours […] Wout reste pour moi quelqu’un d’important. J’ai travaillé avec lui pendant de nombreuses années. […] Je lui en suis très reconnaissant”. Et pourtant, même dans la certitude de sa force, le doute persistait - comme une ombre fidèle. “J’ai toujours eu le sentiment qu’il était meilleur que Tadej Pogacar. Mais quand on voit le sprint, c’était un sprint très puissant. Donc chapeau”.
Car face à lui, il y avait encore un monstre. Comme souvent. Comme toujours. C’est toute l’histoire de Wout van Aert : celle d’un géant qui a grandi à l’ombre d’autres géants. Mathieu van der Poel, Tadej Pogacar… des rivaux d’époque, des miroirs déformants, parfois des barrages infranchissables.
« LE COUREUR ULTIME POUR UNE ÉQUIPE »
Alors cette victoire n’est pas qu’un Monument. Elle est une réparation. Marc Madiot met des mots crus sur ce sentiment diffus. “Wout est le coureur ultime pour une équipe. C’est un mec qui a pris des pelles dont peu de coureurs se relèvent”. Roubaix n’offre rien. Roubaix arrache tout. Et pourtant, ce jour-là, elle a rendu. “Le vélo avait une dette envers lui”. La phrase claque comme une évidence. Elle résume les années de malchance, les chutes, les occasions envolées. Elle dit aussi la persévérance d’un coureur qui n’a jamais triché avec l’effort ni avec le rôle qu’on lui demandait d’endosser. Car Wout van Aert, c’est aussi un leader qui sait s’effacer, travailler, se sacrifier pour un autre. Un luxe rare. Presque une anomalie dans un sport d’ego et de conquête.
Marc Madiot poursuit, comme pour inscrire ce moment dans quelque chose de plus grand encore. “C’est un mec qui a quand même reçu… Il n'a pas toujours été très heureux dans les circonstances de course, dans les chutes et autres”. Et Roubaix, fidèle à sa légende, rappelle sa vérité la plus cruelle. “Il y a un truc à Roubaix, votre vélo est plus important que vous-même. Il faut toujours avoir ça à l’esprit”.
Et déjà, les lendemains s’écrivent. “Les organisateurs de cyclo-cross se frottent les mains. Ils auront de nouveau leur duel au sommet la saison prochaine”, imagine Marc Madiot. Mais pour l’instant, le temps s’arrête à Roubaix. Avec cette victoire, Wout van Aert ne gagne pas seulement une course. Il réécrit son histoire. Il rééquilibre les récits. Il s’impose, définitivement, comme l’un des visages majeurs de son époque. Et sur les pavés du Nord, là où la poussière se mêle à la légende, une vérité simple refait surface : parfois, dans le cyclisme, la persévérance finit par être récompensée. Enfin.
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