Théo Hébert : « C'est un rêve éveillé »

Crédit photo Alexis Dancerelle - DirectVelo

Crédit photo Alexis Dancerelle - DirectVelo

C'est une sacrée trajectoire pour Théo Hébert. L'an dernier, à la même période de l'année, il était encore en N3 au Team EliteOrga-US Saint-Herblain, sans avoir levé les bras en Elite. Ce samedi, c'est désormais sous les couleurs du Vendée U-Primeo Energie que le garçon de 22 ans a triomphé en Classe 2, sur le Circuit des Ardennes, après avoir déjà terminé 2e de l'étape d'ouverture. Tout ça devant les yeux de ses parents qui ont fait le déplacement de la région nantaise. Leader du général à la veille de l'arrivée, c'est bien sûr un Théo Hébert aux anges qui s'est présenté au micro de DirectVelo, retraçant sa journée mais surtout son parcours moins précoce que de nombreux coureurs qui performent dès la sortie des rangs Juniors.


DirectVelo : Tu es parvenu à t'imposer en Classe 2 après un numéro !
Théo Hébert : Ce n'était même pas ce que j'espérais, c'était le rêve, je ne pensais pas du tout y arriver. C'était mon premier gros objectif de la saison et du coup je savais que j'allais arriver à mon top physique. Mais je ne me rendais pas compte par rapport aux autres. Donc avec mon entraîneur, Maxime Saint-Ouen, on fait du bon boulot ensemble. On s'entend très bien et il sait m'écouter, tout comme moi je sais l'écouter. L'année dernière, je n'avais toujours pas d'entraîneur, je m'entraînais tout seul donc je découvre tout le temps, je découvre encore le haut niveau. Je ne pensais pas être à ce niveau tout de suite donc c'est incroyable.

« J'AI FAILLI VERSER UNE LARME »

C'est en plus une victoire très particulière...
Mes parents ont fait le déplacement depuis Nantes, ils sont arrivés hier avec le travail, etc. Ils sont venus passer un week-end ici pour venir voir la course, alors gagner devant eux c'est fou. Ils pleuraient, et j'ai failli verser une larme aussi en voyant ça. Et le meilleur est peut-être encore à venir, en tout cas je l'espère.

Comment as-tu fait la décision ?
On est arrivés jusqu'au pied de la dernière bosse ensemble et je n'ai même pas vraiment attaqué. Dans la dernière bosse, vu qu'elle était roulante et qu'on n'avait qu'une vingtaine de secondes d'avance, je comptais rester le plus longtemps avec eux et attaquer peut-être à un ou deux kilomètres du sommet. Au final, j'ai passé un gros relais à un moment et ils ne m'ont pas suivi donc j'ai pu calculer ensuite, j'ai lissé jusqu'au sommet parce que je savais que si je basculais en tête et que je ne faisais pas d'erreurs dans la descente, c'était bon.

Réalises-tu que tu es leader du Circuit des Ardennes avant la dernière étape ?
C'est incroyable, maintenant demain il va falloir faire le boulot pour garder le maillot. On n'est plus que quatre parce qu'il y a Clément (Sanchez) qui a chuté et Dorian (Lagrave) qui a dû abandonner, donc on verra ce soir la tactique. Mais là c'est déjà un grand bonheur de gagner l'étape reine ici. C'est ma première course internationale par étapes comme ça chez les grands. Il va falloir profiter, bien se reposer et aborder la dernière étape avec l'ambition de garder le maillot.

« ENTRE GAGNER GAMIA EN ELITE ET ICI... »

Mais pas trop profiter quand même si tu as l'ambition de garder le maillot...
C'est sûr. J'avais du mal à récupérer après le premier jour parce que c'était déjà pour moi une grande surprise d'être à ce niveau-là et de faire 2e de la première étape, d'avoir des maillots etc. C'était un peu stressant et depuis hier soir les gars m'ont fait comprendre qu'ils me faisaient confiance et qu'il n'y avait pas de pression, vu que c'était une première à ce niveau. En abordant ça sans pression, on voit que c'est là que ça marche le mieux. Timothée (Coudière-Cantin) était aussi très très fort dans le final, il a fait un boulot monstre, les gars ont travaillé au pied de la grande ascension à un peu moins de 100 bornes de l'arrivée pour me placer et ça m'a mis en confiance directement. Après on sait qu'on n'a plus le droit de se rater. Les jambes étaient là, il y a eu de la réussite, et on a pris les bons coups. Donc c'est magnifique.

Dans quel état d'esprit vas-tu aborder la journée de demain ?
On va aborder demain avec humilité parce que ça va quand même bagarrer, d'autres équipes vont tenter donc on verra, il faudra l'aborder sans pression car la semaine est déjà réussie mais forcément quand on est maillot jaune à la dernière étape, il faut le garder. Ça va être vraiment le gros objectif.

Te découvres-tu grimpeur ou l'as-tu toujours su ?
Au début de saison à l'Essor Basque, quand j'ai gagné à Gamia, je savais que j'allais être bon sur des bosses assez courtes comme ici. Mais entre gagner Gamia en Elite et ici au niveau international, c'est autre chose. Je sais que l'endurance est mon gros point fort. Sur 5 km départ arrêté au pied d'une bosse, je ne vais pas être du tout le meilleur. Mais après presque 5 heures de course, je confirme que c'est un de mes points forts. C'était ça aussi le challenge, sur quasiment 200 km, je ne savais pas à quoi m'attendre, l'objectif était de ne pas avoir de regrets ce soir et là il n'y en a pas.

« LA PASSION A PRIS LE DESSUS »

Tu as un parcours presque atypique pour cette époque...
L'année dernière j'ai passé deux années à Saint-Herblain en National 3, j'ai gagné mes premières courses Elite. J'ai eu des coéquipiers comme Florian Rapiteau, Damien Ridel, Victor Bohal ou Axel Le Bohec qui avaient de l'expérience qui m'ont mis en confiance, qui m'ont fait passer un gros cap. J'ai pu signer au Vendée U à mon âge. Je suis assez vieux comparé aux jeunes qui arrivent dans les dévos en temps normal. J'avais privilégié les études, je n'ai pas commencé le haut niveau tout de suite. En plus, chez les jeunes, j'avais un retard de croissance de deux ans et demi donc en Minimes-Cadets, je n'arrivais même pas à suivre les pelotons sur les courses du coin. Mais je pense que la passion a pris le dessus. J'ai rencontré dans mon école des gars qui couraient en N1, je pense à Evan Pavis, Edgar Laurensot, ou Léo Saillenfest, qui m'ont donné envie de faire du haut niveau et de fil en aiguille, je me retrouve ici et c'est incroyable.

Et tu vas poursuivre sur ce chemin ?
Je suis à l'INSA de Rennes en école d'ingénieur en informatique, dans ma quatrième année. Depuis l'année dernière, j'ai aménagé mes études, je fais les années en deux ans. Donc il me reste une année normalement. Je vais faire aussi un Master en parallèle en sciences du sport, je suis en train de faire le dossier pour l'année prochaine et je suis en train de voir aussi pour l'aménagement des études.

Pensais-tu passer un tel cap cette année ?
On va dire que je m'attendais à progresser beaucoup en ayant un entraîneur. Et puis le fait d'avoir des champions autour de moi, des mecs qui gagnaient tout chez les jeunes. Ils ont l'expérience, ils savent courir et je commence à apprendre, mais j'ai beaucoup de retard là-dessus, je le sais. Aujourd'hui, je pense que j'ai déjà montré que j'arrivais à rattraper un peu ce retard, à réfléchir en course. Aujourd'hui c'était fou, les gars m'ont fait confiance. Le premier jour, quand j'ai fait 2e, je trouvais déjà ça incroyable. Là, c'est un rêve réveillé.

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