SCO Dijon-Team Matériel-velo.com : « Il ne faut pas louper le train »

Crédit photo Freddy Guérin - DirectVelo
Le SCO Dijon-Team Matériel-velo.com a changé de cap en 2026. La N1 côte-d'orienne est devenue une Conti Fédérale cet hiver, le sixième club français à profiter de ce nouveau statut. Si les Dijonnais l'ont fait avec un temps de retard par rapport à leurs homologues, l'argument est avant tout financier pour ne pas se lancer tête baissée dans une aventure incontrôlée. 2026 était le bon moment, et implique quelques ajustements avec un nouveau calendrier, et donc une reprise un peu plus tardive, ce qui explique aussi une première manche de Coupe de France moins idéale que la précédente campagne. Pour DirectVelo, le directeur sportif Mathieu Gallet a fait le point sur le club, son nouveau statut, le début de saison, mais aussi la suite à plus ou moins long terme.
DirectVelo : Comment juges-tu le début de saison ?
Mathieu Gallet : On a repris un petit peu plus tard que la moyenne. On a repris du côté d'Aix-en-Provence et Puyloubier. On a quand même un effectif qui est renouvelé à 50%. Là, on essaie avec les coureurs de mettre en place des choses collectivement sur des placements, comment gérer l'approche d'un sprint, parce qu'on a quand même pas mal d'Espoir 1 qui arrivent au sein du club. On est plutôt dans une phase d'apprentissage. On a senti sur le premier week-end qu'il nous en manquait un petit peu physiquement, surtout après l'heure et demie de course où les autres équipes avaient au moins quatre ou cinq jours de course dans les jambes. Donc ce n'est pas alarmant, on est à notre place à l'heure actuelle. Mais collectivement, on est quand même content de ce qu'on a pu voir sur ce début d'année.
« AVRIL ET MAI SONT DES MOIS TRÈS CHARGÉS »
La première manche de la Coupe de France a eu lieu, avec un départ un peu moins bon que l'an dernier...
On avait un sprinteur réellement désigné qui était Farley (Barber). On misait tout sur la victoire, les mecs ont fait une course collective au top. On a mis des mecs à rouler, dans le placement on a toujours été là. Il manque simplement à Farley le petit kick qui fait gagner la course. Ce sont les sensations du jour. Au moment où il faut qu'il y aille, il en manque un petit peu. Donc, on n'a clairement rien à se reprocher par rapport à ce week-end de course-là. On est 6e et on est battus par plus fort. C'est vrai que par rapport à l'an dernier où on avait gagné avec Antoine (Berger) et où on avait pris la tête de la Coupe de France, c'est un début moins performant, mais on sait que c'est long, il faut être régulier par rapport aux équipes de tête. On a peut-être une trentaine de points de retard, mais ça peut aller très vite dans un sens comme dans un autre. Il ne faut pas oublier qu'on avait également un front dans le Nord, en Classe 2, aux 100 Communes et Lillers.
Il y avait en effet la nécessité d'être compétitif sur les deux fronts...
On se devait d'avoir une équipe compétitive par rapport à l'organisateur. Donc on avait des coureurs comme Quentin Bezza, Marius Macé ou Sacha Bergaud qui étaient là-bas. Il faut réussir à faire des choix et à jongler pour être le plus performant possible. C'est un devoir de notre part d'arriver avec deux équipes capables de jouer. On se rend compte qu'à Lillers, on est capable d'aller faire un Top 10 avec Marius qui n'avait fait que deux courses toutes catégories. Il y avait des jeunes autour, la mayonnaise prend. Puis le mois d'avril et le mois de mai sont des mois très chargés où il faudra tourner à ce moment-là à 100 %.
« ON VEUT UN PETIT PEU DE PLACE »
Cette année, le club a donc accédé à la Conti Fédérale. Que change ce statut pour vous ?
C'est un statut qui nous permet de participer aux Classe 1 à l'étranger et maintenant en France. Le but est pour nous de permettre à nos jeunes coureurs de se confronter au monde professionnel. On ne veut pas non plus surcharger le programme d'épreuves Classe 1, parce qu'on n'a pas le niveau pour enchaîner tous les week-ends, et on n'a pas envie de prendre la place des autres équipes. On a simplement envie de permettre à nos jeunes coureurs de se confronter à ce niveau et pourquoi pas briller et se montrer par rapport à des équipes pros. On l'a vu l'an dernier avec Rouen qui va faire des Top 15 en Belgique, ça ouvre un peu les portes du monde pro. C'est notre but et à l'heure actuelle, on a eu l'accord de trois épreuves en France, pas loin de la maison et dans le Nord.
Il n'y a donc pas de réticence de la part des organisateurs ?
On voit que les organisateurs sont plutôt contents de nous accueillir, surtout les courses où il manque un petit peu du monde. Il y a des courses au mois d'août où il y a 85 coureurs au départ. Je pense que ça peut être judicieux d'avoir des équipes Conti Fédérales. Prendre la place des Contis en place, ce n'est pas notre but. Mais on veut un petit peu de place parce que je pense que notre travail de formation est plutôt bon depuis des années. Je parle du niveau amateur global, pas seulement à Dijon. Victor Loulergue a été formé par une structure amateur, il n'est pas devenu bon du jour au lendemain parce qu'il a fait deux mois avec la Groupama. Donc on a chacun notre rôle à jouer. Ce n'est pas pour nous lancer des fleurs, mais chacun a sa place. Je pense que si tout le monde le comprenait, on avancerait beaucoup plus facilement. Mais ça va se faire au fur et à mesure.
« ON VOULAIT ASSAINIR LE CLUB FINANCIÈREMENT »
Pourquoi avoir attendu un an de plus que les autres ?
On sortait l'année d'avant d'une année financière qui n'était pas folle. On ne voulait surtout pas brûler les étapes. On se rend compte que c'est quand même un chemin à prendre. Quand on voit les interviews des différents coureurs, le but pour eux, c'est d'intégrer des Continentales ou des Continentales Fédérales. Au fur et à mesure, on va avoir notre place. On voulait assainir le club financièrement. Ça a quand même impliqué des coûts en plus, que ce soit le label UCI ou autre. Il ne faut pas le négliger. On s'est dit que c'était notre tour. Je pense que les équipes qui font partie de ce label sont des équipes qui, depuis trois ou quatre ans, font partie des meilleures équipes en France. La partie sportive compte pour avoir ce label. Il ne faut pas louper le train. Maintenant qu'il est lancé, on espère qu'il va rester et permettre à nos coureurs de franchir un cap encore supplémentaire.
Le statut va beaucoup étoffer le calendrier ?
Ça va l'étoffer avec deux ou trois Classe 1. Mais surtout, ça nous permet aussi, sur des Classe 2 où on n'avait pas d'accès avant, d'être pris, à la place d'équipes étrangères qui ne sont pas meilleures que nous. Quand tu regardes, l'an dernier, les résultats sur les Classe 2 des équipes amateurs françaises, il est quand même très bon. On voit Larmet qui va gagner la première étape du Tour de Bretagne, sur l'Alpes Isère Tour où il y a toujours des amateurs qui sont présents... On se rend compte surtout que sur un calendrier Classe 2, ça nous ouvre plus facilement les portes. C'est une bonne chose.
Sur quelles Classe 2 avez-vous postulé ?
On avait postulé à l'Alsace, mais ça n'aura pas lieu. C'est la troisième année consécutive où on devrait être pris à Roubaix. On avait postulé à l'Alpes Isère Tour, on était la première équipe remplaçante. Mais on voit nos candidatures, on doit avoir une quinzaine d'épreuves. Au KBE, on est déjà pris. Il n'y a que le Circuit des Ardennes qui ne veut pas de nous. Mais ce n'est pas grave, on ira ailleurs. On a le Tour du Loir-et-Cher qui nous a invités directement, sans avoir besoin de candidater. Il y en a deux ou trois qu'on ne faisait pas avant. Donc tu te rends compte que ça ouvre quand même des portes.
« AVOIR UNE ÉQUIPE PRO SUR DIJON, CE SERAIT UNE BELLE CHOSE »
Il n'y aura pas de courses à l'étranger ?
Non, ce n'est pas encore dans les tuyaux. J'attends la réponse d'un organisateur où on allait avant en Belgique, à savoir le Cerami. On avait brillé avec Marius Macé il y a deux ans maintenant, en terminant 3e. On avait fait une épreuve en Suisse l'an dernier, mais elle n'a pas lieu cette année. Le problème, c'est que si on va à l'étranger, on ne remplit pas le calendrier français. Il ne faut pas oublier qu'il y a un calendrier Elite Nationale avec des organisateurs. Si nous, on multiplie les épreuves à l'étranger, ce n'est pas forcément logique. Il faut quand même respecter les organisateurs du coin. On a des épreuves aux alentours, dans le Nord aussi qui n'est pas très loin pour nous. On n'a pas vocation à multiplier, sauf si on avait un partenaire à l'étranger. Mais c'est déjà une très bonne chose de remplir le calendrier fédéral, avec des Classe 2 et deux ou trois Classe 1. Pour le moment, c'est quelque chose qui nous convient très bien.
Il y a quelques années, une Conti était déjà évoquée, avant même l'existence de ce nouveau statut. Est-ce que ça doit servir de tremplin pour aller plus haut ?
La conjoncture actuelle est quand même compliquée pour tout le monde. Le nerf de la guerre reste l'argent. Oui, à terme, bien évidemment qu'avoir une équipe pro sur Dijon avec contrats et compagnie, ce serait une belle chose. Mais là, pour le moment, c'est déjà voir où on en est par rapport à ce statut de Conti Fédérale. On continue à faire notre rôle de formateur et on verra comment ça peut évoluer. Mais ça, c'est davantage mes dirigeants que moi qui sont décideurs.
