« C’est la magie du sport » : Philippe Mauduit ému aux larmes par le sursaut de Romain Grégoire

Crédit photo Xavier Pereyron / DirectVelo

Crédit photo Xavier Pereyron / DirectVelo

Il s’est présenté tout sourire face à une demi-douzaine de journalistes, dont DirectVelo, entre le podium protocolaire et la zone mixte. Puis ses yeux sont rapidement devenus humides au moment de la première question et de l’évocation de la belle victoire de Romain Grégoire, ce dimanche lors de la Faun-Drôme Classic. La veille, la Groupama-FDJ United avait pris une petite claque lors du numéro en solo de Paul Seixas, et le doute s’est vite installé dans la tête du Bisontin. S’en est d’ailleurs suivi, le soir à l’hôtel, un long et profond échange entre le puncheur et son directeur sportif, particulièrement ému de voir son poulain lever les bras moins de 24 heures plus tard. Entretien.


DirectVelo : À quel point Romain Grégoire était-il déçu samedi soir, et à quel point cette déception lui a-t-elle servi ce dimanche ?
Philippe Mauduit : (Immédiatement très ému, NDLR). Vous voyez, je suis comme mon patron finalement (sourire et allusion à Marc Madiot, NDLR)… Ça procure des émotions ce truc. Il était vraiment déçu alors on a parlé de tout ça un long moment hier soir. Ce qu’on vient de vivre là, ce sont des moments magiques de sport. En fait, nous on ne sert à rien, on est juste là pour les accompagner. Et c’est dans ces moments-là que c’est important d’être présent. Mais c’est lui qui est allé la chercher avec ses tripes, son caractère, son mental. Il ne lui fallait pas grand-chose pour que ça déclenche ce qu’il a fait aujourd’hui. Il a fait tout ce qu’il fallait faire. C’est juste ça la magie du sport.

Il fallait trouver les mots pour le rebooster…
On n’est pas toujours bon. On se trompe nous aussi. Quelques fois on ne trouve pas les mots, on ne trouve pas l’axe. Et puis, dans tous les cas, c’est lui qui pédale, c’est lui qui a gagné. Moi, je n’ai rien à voir là-dedans. Mais bon, ça provoque des trucs quand même. J’ai l’air un peu con comme ça mais moi, ça me procure toujours autant d’émotions. Il y a des victoires où tu te dis, c’est normal, il était prêt. Mais là, physiquement il était prêt mais dans sa tête il ne l’était pas forcément. Et à partir d’aujourd’hui, je pense qu’il l’est définitivement pour une bonne partie de la saison.

« IL FALLAIT JUSTE LEVER CE DOUTE »

Qu’est-ce qui a changé entre hier et aujourd’hui ?
De croire en lui, tout simplement. Croire en ses capacités, ses qualités, de prendre conscience qu’il a bien bossé cet hiver. Il a changé quelques petites choses dans sa préparation alors du coup, quand ça ne marche pas tout de suite, pour un coureur impatient comme lui, le doute s’installe vite (Romain Grégoire n’était pas content de ses sensations lors de sa reprise au Tour d’Andalousie malgré une 5e place au classement général final, NDLR). Il fallait juste qu’il ait conscience qu’il a tout bien fait. Il fallait juste y croire. Dans ces cas là, c’est une question de : “je sais où je suis, je sais où je veux aller et mon obsession est de gagner, je ne peux pas la remettre en question”.

Il était fâché, revanchard ?
Ni l’un ni l’autre. Plutôt déçu. Quand on a un léger doute dans la tête et qu’on est à ce niveau-là de la compétition, forcément ça a une influence sur les jambes, sur la façon dont on ressent son corps. Il fallait juste lever ce doute, se conforter dans tout ce qu’il a fait de bien cet hiver. Il devait arrêter de réfléchir, de tout remettre en question. Il fallait qu’il se lâche sur le vélo, qu’il se fasse plaisir et qu’il court pour gagner.

« CE QUI LE VEXE LE PLUS, CE SONT SES PROPRES PERFORMANCES »

Et il a couru parfaitement tactiquement, alors que les Visma-Lease a Bike étaient en surnombre initialement…
Il la voulait tellement… Il a fait les bons choix. Il nous a fait un beau numéro car le peloton revenait très vite et on a bien vu à la flamme rouge que ce n’était pas gagné. Forcément, ils allaient se regarder un petit peu mais là encore, il a eu l’instinct de lancer au bon moment. Lenny (Martinez) a été contraint de lancer de loin et n’a jamais pu revenir sur Romain.

Romain Grégoire était arrivé sur ces Boucles Drôme-Ardèche dans la peau du vainqueur sortant sur la course du samedi. Pourtant, vendredi en avant-course, puis samedi, les médias n’avaient d’yeux pratiquement que pour Paul Seixas. A-t-il pu être vexé par cette situation ?
Non, il n’a pas besoin de ça. Ce qui le vexe le plus, ce sont ses propres performances, pas les performances des autres. Paul, c’est juste magique. Mais Romain c’est super chouette aussi (sourire).

Mots-clés

En savoir plus

Portrait de Romain GRÉGOIRE