Andrea Mifsud : « Ça aurait été une anomalie »

Crédit photo Grand Prix de Marseille-La Marseillaise

Crédit photo Grand Prix de Marseille-La Marseillaise

Il espérait passer le cap depuis des années et c’est désormais chose faite. Après quatre saisons au Team Nice Métropole Côte d’Azur, où il n’a fait que prendre de l’épaisseur au fil des courses, Andrea Mifsud a rejoint, à l’intersaison, une ProTeam, en s’engageant avec Polti VisitMalta. Un temps en contacts avancés avec une formation tricolore de renom, l’Azuréen - qui court désormais sous licence maltaise - a fait le choix de travailler avec Ivan Basso et Alberto Contador, et rêve de disputer le Giro en mai prochain. En marge du départ de l’Etoile de Bessèges, qui débute ce mercredi après-midi autour de Bellegarde, DirectVelo s’est entretenu avec l’athlète de 26 ans, repris dans les tous derniers kilomètres du GP de Marseille-La Marseillaise dimanche dernier. Entretien.


DirectVelo : Tu as réalisé un très beau final dimanche dernier à Marseille !
Andrea Mifsud : Ça s'est relativement bien passé, pour ma rentrée en France et ma troisième course avec l’équipe. J’avais de très bonnes jambes, comme ça s’est vu dans le final avec cette attaque dans la Gineste, alors que tout le monde était râpé après une course courte mais dynamique. C’était difficile mais on a réussi à prendre un bon écart malgré tout. Il a manqué un kilomètre. En bas de la descente, quand j’ai vu qu’il y avait une bonne dizaine de secondes, j’y ai cru. Il aurait fallu que le vélodrome soit plus près (rire) mais on a fait un beau truc à trois (avec Louis Hardouin et Axel Mariault, NDLR). Avec le vent de face dans la montée de la Gineste, comme tous les ans, c’était compliqué pour les attaquants. Il n’a pas manqué grand-chose mais ce n’est que partie remise pour les prochaines courses.

« C’EST FANTASTIQUE DE LES AVOIR COMME PATRONS »

C’était déjà ton troisième jour de course après avoir lancé ta saison en Espagne…
Les sensations étaient bizarres à Morvedre pour la reprise mais bon, en sortie de stage, on sait que c’est toujours particulier. Il faut décrasser le moteur (rire). Le lendemain au GP Castellon, j’étais content de mes sensations. J’ai senti que j’étais déjà sur une forme ascendante et ça s’est confirmé depuis sur La Marseillaise. Maintenant, j’ai hâte de voir ce que ça va donner cette semaine.

Justement, qu’attends-tu de cette Etoile de Bessèges ?
Je vais courir chaque étape comme une course d’un jour. Surtout au vu de la météo annoncée, je pense qu’il vaut mieux courir comme ça plutôt que de penser directement à un éventuel bon classement général. J’imagine une course très dynamique toute la semaine. Il va falloir être très vigilant dès la première journée ce mercredi.

Te voilà donc en ProTeam, avec Polti-VisitMalta, après quatre saisons à Nice où tu étais à la fois le local et le pilier de l’équipe…
C’est une évolution super positive dans ma carrière, je l’attendais. J’ai bien bossé l’année dernière pour y arriver et passer le cran au-dessus. Je suis très heureux. C’est une équipe italienne, la plupart des coureurs sont Italiens et Espagnols, je suis dans un environnement méditerranéen qui me convient très bien. Ça s'est fait assez naturellement avec Ivan Basso et Alberto Contador, dès les premiers contacts, sachant que je me suis débrouillé tout seul car je n’ai pas d’agent. C’est fantastique de les avoir comme patrons aujourd’hui après les avoir vus à la télé en étant gamin.

« J’AI EU LE CHOIX »

On imagine que ta désormais nationalité sportive maltaise a joué en ta faveur…
J’ai fait le choix de changer de nationalité à l’UCI il y a deux ans en passant de Français à Maltais et forcément, avec une équipe qui a pour co-sponsor titre “VisitMalta”, l’office de tourisme de Malte, ça s’est fait assez naturellement. Mais je n'y pensais pas du tout au début, d'ailleurs l'équipe n'avait pas ce co-partenaire titre là quand j'ai entamé les démarches. Mais désormais, il est normal qu’ils aient un ou des représentants du pays et sans prétention, je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de coureurs maltais qui soient plus forts que moi. Pour autant, je n’ai pas le sentiment de prendre la place de quelqu’un. Au contraire, après ce que j’ai fait pendant quatre saisons à Nice, ça aurait été une anomalie que je ne finisse pas par aller au-dessus, en ProTeam ou en WorldTeam, en 2026.

C’était presque une obligation ? Tu aurais eu du mal à rester motivé par une cinquième saison à Nice, avec encore le même calendrier ?
C’était un tournant, je voulais vraiment voir au-dessus. Malgré le contexte compliqué de la fin de saison dernière avec des disparitions d’équipes et des fusions, j’ai eu plusieurs contacts, dont un très sérieux avec une très bonne équipe française. Forcément, le lien avec Malte a fait pencher la balance de ce côté-là, mais j’ai eu le choix.

Quel regard portes-tu sur ta nouvelle équipe et quelle position imagines-tu tenir au sein de collectif ?
J’ai trouvé ma place dès le premier stage. Il n’y a pas de barrière de la langue, j’ai eu tout de suite l’impression d’être là depuis un ou deux ans. J’ai le sentiment qu’on aura tous notre chance à un moment ou un autre. On est 24, il peut y avoir un gros turnover mais j’ai su dès le premier stage que j’allais faire partie des coureurs protégés sur plusieurs courses. C’est un avantage d’avoir été mis au courant tout de suite histoire d’être mis en condition, d’être prêt. Je suis comme un gamin de découvrir une nouvelle approche, une nouvelle manière de s’entraîner, du nouveau matériel… Sans cracher dans la soupe car je dois beaucoup à Nice, ça n’a rien à voir. Je suis dans une vraie grosse structure maintenant. J’ai une grande culture du cyclisme d’avant et quand tu te retrouves avec en DS des Stefano Zanatta, Jesus Hernandez ou Giovanni Ellena… Quand t’as Ivan Basso ou Alberto Contador qui te font les briefings… Tu restes bien assis au fond du siège et tu écoutes ce qu’on te dit (sourire). Ça prend une autre dimension.

« C’EST À MOI DE FAIRE MES PREUVES »

As-tu le sentiment de devoir prouver, justifier ta place, davantage qu’à Nice ?
Aujourd’hui, tu peux connaître assez facilement la cylindrée d’un coureur via les watts etc. Mais avoir des résultats en compétition, c’est autre chose. Le staff se demande forcément si tu vas confirmer, si tu vas être un cran au-dessus ou en-dessous de ce qui a été imaginé au moment de signer le contrat. Ce qui est sûr, c’est qu’ils savent très bien la marge de progression que j’ai encore, et ils m’ont mis tout de suite en confiance. Moi-même, je sais bien que j’ai encore une belle marge, mais d’avoir le sentiment que le staff croit encore plus en moi que ce que je peux moi-même croire en mon propre potentiel, ça fait du bien et ça donne envie de se dépasser. Même si le vélo n’est pas une science exacte, avec un meilleur matériel, des meilleurs équipements, un meilleur staff etc, il est normal de vouloir faire mieux.

Et faire mieux en 2026, ce serait quoi ?
Lever les bras. C’est l’objectif N°1 pour cette année. Je n’en suis pas passé loin plusieurs fois avec Nice alors je peux y croire. Je pense aussi à faire les plus belles courses du calendrier de la Polti. Dès l’Etoile de Bessèges, il y a des places à aller chercher potentiellement pour les Strade Bianche, Milan-San Remo ou Tirreno-Adriatico. Et bien sûr, l’objectif principal, c’est d’être sélectionné pour le Giro. J’y crois, je sais que c’est possible. C’est à moi de faire mes preuves ces prochaines semaines et de convaincre le staff que je dois faire partie de l’aventure. Disputer mon premier Grand Tour, ce serait un rêve.

Tu vas donc courir chaque course en pensant, dans un coin de la tête, à un ticket pour le Giro…
J’ai frappé un premier grand coup à La Marseillaise. Ivan Basso m’a appelé après la course, il était content de ce que j’ai fait. Je pense même qu’il y a cru bien comme il faut devant la télé. Tâche maintenant de continuer sur cette lancée. J’ai foi en moi, je me dis que j’ai la canne pour faire de belles choses et passer un gros cap. Je suis plein d’envie et d’espoir pour cette nouvelle aventure. 

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