François Trarieux : « Il y a quelques années, on aurait sauté au plafond »

Crédit photo Alexis Dancerelle - DirectVelo

Crédit photo Alexis Dancerelle - DirectVelo

Sur le plan comptable, la France quitte Hulst avec trois médailles. Grâce à l'argent d'Aubin Sparfel et Lise Revol, puis le bronze de Célia Gery, les protégés de François Trarieux ne repartent pas bredouilles du Championnat du Monde de cyclo-cross. Mais avec des jeunes catégories où les Français jouent les premiers rôles, et des statuts de favori ci et là, l'absence de titres reste un petit point noir pour les Bleus, en plus des nombreux incidents, chutes et autres coups du sort. Au moment de faire le bilan, François Trarieux est mitigé au micro de DirectVelo, mais loin d'être abattu, le sélectionneur voit beaucoup de positif, non seulement dans le week-end, mais aussi et surtout dans cet hiver qui a été plein de bonnes nouvelles pour le clan français.


DirectVelo : Quel est ton bilan du Championnat du Monde pour l'équipe de France, avec ces trois médailles ?
François Trarieux : Il y a trois médailles, c'est un bilan qui est contrasté parce que finalement on venait peut-être pour mieux dans certaines catégories au vu de notre saison qui était quand même très, très bonne. Pour moi, c'est notre meilleure saison depuis que je suis arrivé à la tête de l'équipe de France. Le bilan peut paraître un peu décevant pour certains, mais finalement c'est notre meilleur résultat au niveau de la répartition dans chacune des catégories. On ramène une médaille chez les Juniors filles, une chez les Espoirs femmes, et une chez les espoirs hommes. Ça ne nous est jamais arrivé depuis que je suis arrivé à la tête de l'équipe de France. Avec un Top 5 pour Amandine Fouquenet en Elite, qui est la meilleure performance depuis Caroline Mani en 2016. J'ai envie de dire vivement la suite parce que je pense que le meilleur reste à venir pour nous.

Cette génération a fait forte impression sur les manches de Coupe du Monde...
Oui, elle a fait forte impression. Après on sait très bien que le niveau est très relevé, très dense. Je dis souvent que c'est beaucoup de travail et qu'on rabâche les mêmes choses en permanence. Mais c'est sûr qu'actuellement on a une jeune génération qui monte et on le voit, on n'est pas loin, on se rapproche petit à petit. Les Hollandais restent les maîtres de la discipline, on l'a vu ce week-end chez eux. Ils organisent des Championnats internationaux quasiment tous les ans. Si ce n'est pas le Championnat d'Europe, c'est le Championnat du Monde. Eux et les Belges. Donc on sait qu'on a quelques wagons de retard, mais là aussi il faut qu'on arrive à rester focus sur notre objectif. Il ne faut pas regarder ce que font les autres.

« DES ATHLÈTES FRANÇAIS SONT DÉÇUS DE FAIRE 2E »

L'écart se réduit ?
On a encore beaucoup de travail à faire pour atteindre leur niveau, mais je trouve quand même que ça va dans le bon sens. Dans plusieurs catégories, des athlètes français sont déçus de faire une 2e place. Il y a quelques années, on aurait sauté au plafond. Aujourd'hui, on a un statut qui commence à évoluer. Et les ambitions avec. Je vois ça quand même de manière très positive, en plus c'est dans plusieurs catégories. Alors bien évidemment, certains coureurs vont changer de catégorie. Il y a forcément toujours un petit renouvellement de génération. On sait très bien que les autres nations travaillent très fort. On a vu les Italiens cette année qui ont dominé dans beaucoup de catégories jeunes. Ce week-end aussi au Mondial, on est passé par des moments difficiles.

Mais ça n'efface pas l'ensemble de l'hiver...
Je retiens que cet hiver a quand même été pour moi la meilleure saison à tous les niveaux sur les catégories jeunes. Et puis avec l'éclosion d'une Amandine Fouquenet que certains n'attendaient pas. Ça prouve là aussi qu'il faut travailler dans la durée. C'est l'exemple typique de ce qu'on peut arriver à faire en France quand on accompagne et quand on soutient nos jeunes. Je ferai tout mon possible avec mon staff pour continuer à faire en sorte qu'on puisse progresser. Parfois, voir les Hollandais dominer comme ce week-end peut paraître être une marche haute, mais il faut passer les marches les unes après les autres.

« ON AURAIT PU AVOIR ENCORE MIEUX »

Avec les athlètes, on sent un état d'esprit, une émulation...
Quand on se tire vers le haut, il n'y a pas d'animosité par rapport au groupe sportif dans lequel on est. On défend le maillot de l'équipe de France. Il faut qu'on arrive à composer avec nos forces et à faire en sorte que chacun se tire vers le haut. Comme je leur dis souvent, c'est comme ça qu'ils arriveront à performer à haut niveau. Chez les Juniors filles, on a trois filles dans le Top 10, comme chez les garçons. Alors certes, on n'a pas de médaille pour Soren (Bruyère Joumard) qui visait le podium. Mais on sait très bien que chez les jeunes, c'est parfois compliqué. On a vu aussi Pezzo Rosola qui était favori aussi et qui est passé à côté.

Chez les Espoirs aussi il y a de la présence, mais il y a eu des incidents ce week-end...
On a quand même trois filles dans le Top 10 chez les femmes. Chez les hommes, c'est forcément frustrant parce qu'Aubin pouvait aller chercher le titre sans son problème mécanique... Puis le bris de chaîne avec Romain Debord, donc on aurait pu avoir encore mieux. C'est le vélo, c'est le cyclo-cross. Mais quand on regarde, il y a de la densité chez les jeunes, il faut qu'on garde le cap, il faut qu'on travaille encore plus que ce qu'on fait actuellement. Il faut qu'on se professionnalise encore plus à différents égards.

« J'Y CROIS ET JE ME BATTRAI POUR »

Comment ?
Il faut que nos structures grandissent et qu'on les accompagne. Il faut qu'ils y croient et qu'on travaille tous ensemble. Parce que c'est comme ça qu'on y arrivera, en laissant faire du cyclo-cross à un jeune talentueux. Pas pour lui faire une faveur, mais qu'il travaille pour. On le voit avec Léo (Bisiaux) aujourd'hui, il a eu un hiver beaucoup plus ramassé que les dernières années. On voit ce que ça donne, on perd vite en performance. Donc laissons faire du cyclo-cross à nos jeunes, laissons-les progresser étape après étape. J'avais prévenu que pour Célia (Gery) et Aubin (Sparfel), ça ne serait pas une partie facile, il faut qu'ils fassent les deux dernières années Espoirs parce que c'est ça qui les fait grandir et mûrir. Il faut passer par ces étapes-là et c'est valable pour tout le monde. 

Quelle est la bonne recette ?
On le voit au haut niveau, il faut qu'ils cumulent de l'expérience jusqu'à 24-25 ans, qu'ils travaillent, parce qu'on n'est pas les Hollandais, on n'est pas les Belges. Tous les mercredis, on ne peut pas s'entraîner ensemble. Et ce qu'ils font les week-ends en compétition, c'est ce qui leur sert de progression. Le niveau technique joue aussi. S'il suffisait de mettre un routier sur un cyclo-cross pour qu'il performe, ça se saurait. Donc ça peut paraître très logique, mais pour performer en cyclo-cross, il faut en faire. Et il faut que les équipes donnent les moyens aux coureurs d'en faire. Donc j'espère que ça va aller dans ce sens-là, et que les équipes françaises qui accompagnent nos coureurs en cyclo-cross vont croire en ce projet-là, parce qu'on a de belles années devant nous. Le meilleur reste à venir, j'y crois et je me battrai pour. C'est mon leitmotiv. Avec tout le staff, on se serre les coudes et les coureurs y croient aussi. Même si des fois on prend des claques, il faut repartir au travail, parce que ça fait partie du haut niveau.

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