Victor Lafay : « Avoir de la liberté, ce n’est pas rien faire »

Crédit photo Nicolas Gachet / DirectVelo

Crédit photo Nicolas Gachet / DirectVelo

Victor Lafay a vite pris ses marques dans sa nouvelle équipe. Chez Unibet Rose Rockets, le Haut-Savoyard qui hésitait à poursuivre sa carrière chez les professionnels, avant d’être séduit par le discours de Bas Tietema, a trouvé ce qu’il était venu chercher, une certaine liberté. Ce qui n’empêche pas le puncheur de 30 ans d’être déjà en forme à quelques semaines de lancer sa saison à Murcie, le 14 février. À l’occasion du second stage hivernal de sa formation, à l’Alfàs del Pi, près de Benidorm (Espagne), il s’est confié à DirectVelo sur sa nouvelle approche de l'entraînement et ses envies. 

DirectVelo : Comment te sens-tu à quelques semaines de lancer ta saison ?
Victor Lafay : Physiquement, je n’ai eu aucune alerte au genou cet hiver. Mentalement, je me sens bien. J'ai fait le bon choix en rejoignant cette équipe. Avant de signer, j’hésitais un petit peu à continuer mais j’ai eu l'opportunité de faire ce que j’ai toujours voulu avoir dans le vélo. C'est-à-dire cette liberté d’être responsable de ce que je fais sans avoir quelqu’un derrière pour me dire qu’il manque une heure ou que j’ai fait une heure de trop. 

Concrètement, quelle liberté as-tu sur l’entraînement ?
J’ai envie d’adapter mes entraînements si c’est nécessaire. J’aime de plus en plus l'entraînement et m’entraîner, mais j’aime bien avoir la main dessus. Il y a des jours où tu es sans énergie, et ça n’a aucun sens de faire cinq heures et de la PMA, alors que certains jours tu débordes d'énergie et tu as une journée tranquille de prévue. Je trouve ça un peu dommage. Dans certaines équipes, tu as l’impression d’être un gamin de quinze ans et tu es fliqué de partout, sur ce que tu vas manger, sur le fait de ne pas sortir de l’hôtel pour aller marcher. J’ai quand même l’expérience de faire les bons choix. Si je fais quelque chose, ça ne sera pas contre ma performance pour la course qui est dans deux semaines. J’arrive à trouver le bon équilibre.

« JE N’AI JAMAIS ÉTÉ AUSSI EN FORME EN JANVIER »

Dans quelle forme te situes-tu actuellement ?
Physiquement, je pense que je n’ai jamais été aussi en forme en janvier. Ça démontre bien que pour moi, ça marche de pouvoir gérer l’entraînement plus à ma façon. Typiquement, la semaine de Noël, j’ai enchaîné les repas de famille et ma copine, qui était venue de Chine, était là. Je n’ai quasiment pas roulé. Je devais faire 18 heures, j’en ai fait 5.


Qu’est-ce que t’as alors dit ton entraîneur ?
Je n’ai pas énormément communiqué avec lui pendant la semaine comme tout s'enchaînait un peu vite. Il m’a juste dit d’améliorer la communication, car lui doit rendre des comptes. Il ne savait pas si j’avais juste pas mis les sorties sur le logiciel, ou si simplement je ne les avais pas faites. En l'occurrence, je ne les avais pas faites. (sourire) 

Il le comprend facilement ?
Je lui ai dit ce que je prévoyais les jours suivants, et on a construit un bon bloc. Ça ne m'empêche pas d’être en très bonne forme sur ce stage avec l’équipe. Parfois, on veut tout faire bien à 100%, on pousse tout au maximum, mais il ne faut pas oublier que c’est le cerveau qui fait avancer le corps. Il peut y avoir un blocage si le cerveau n’en peut plus et alors, les adaptations physiologiques ne se font pas. Pour moi, ça marche comme ça.  

« ÇA ME RESPONSABILISE »

L’équipe te fait confiance mais elle attend des choses de toi…
Ça me responsabilise. Typiquement, quand tu donnes de la liberté à quelqu’un, tu sais que derrière, il y a une attente de résultats. Tu as envie de leur prouver qu'ils ont raison de te faire confiance. Il faut que tout le monde soit content. Je vais aller en Chine dans quelques jours. Je vais redoubler de sérieux dans l’entraînement. C’était pareil avant décembre, je m’étais préparé en Chine. 

Mais tu n’as pas peur de rendre fou ton entraîneur sur une saison ?
Il apprend des choses avec moi. Il vient de Picnic où c’est hyper structuré. Mais on cherche toujours la performance, c’est juste que la façon de faire est différente. Forcément, ça va le chambouler un peu comme tous les entraîneurs que j’ai eus par le passé.

Penses-tu que t’entraîner comme tu le souhaites va te rendre meilleur sur une saison entière ?
Je pense que je peux être meilleur de cette façon. Avoir de la liberté, ce n’est pas rien faire. Il faut juste que j’arrive à avoir la même motivation et la même envie de haut niveau. Tant que je l’aurai, je pense que je peux être meilleur. Ces dernières années, je me disais parfois qu’il fallait prendre un ou des jours off car j’étais fatigué. C’était souvent les moments où je tombais malade derrière. Si j’arrive à les sentir cette année avant d’être malade, je serai meilleur.

« REPRENDRE DU PLAISIR SUR LES COURSES »

Quelles sont tes ambitions pour cette saison ?
J’ai envie de reprendre du plaisir sur les courses.

Ce n’était plus le cas ?
J’en prenais mais ces deux dernières années, j’adorais la partie entraînement et un peu moins la partie course. Ça n'a rien à voir avec l’équipe dans laquelle j’étais (Decathlon AG2R La Mondiale, NDLR), mais plutôt sur le fait qu’il faut se battre avec tout le monde pour toujours être placé dans le peloton. 


Es-tu sûr que le plaisir en course va revenir cette année ?
J’ai une petite crainte là-dessus, de ne pas kiffer à 100% les courses. Mais on ne sait jamais, ça sera peut-être différent avec une autre approche des compétitions. Sur les courses, nous serons une équipe d’outsiders, pas de leaders. Peut-être que j’aurai encore plus l’envie de me battre pour faire un résultat, alors que quand tu es dans une grosse équipe sur une plus petite course, ta place est plus acquise. Ce n’est pas le même état d’esprit. On est une bande de potes et on va essayer de bien courir ensemble. L’effet de groupe va me faire du bien.  

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