Lotto-Intermarché : « On n'a pas fait fois deux sur le budget »

Crédit photo Xavier Pereyron / DirectVelo
C’était la première prise de parole officielle après des mois de silence. Ce lundi 12 janvier, à Temse, Jean-François Bourlart (CEO), Kurt Van de Wouwer (directeur sportif) et Aike Visbeek (responsable de la performance) ont expliqué les détails de la fusion entre les deux équipes belges. La création de Lotto-Intermarché n'a pas été simple : il a fallu faire des sacrifices, régler de lourds dossiers administratifs et gérer le départ de la vedette Biniam Girmay. Mais derrière les difficultés de cette opération se dessine un projet ambitieux, centré sur la jeunesse et garanti pour trois ans.
La fusion entre les deux structures s'est avérée d'une complexité rare. Le fruit de discussions entamées au mois de mai. "Nous avons eu une saison 2022 exceptionnelle, avec notre cinquième place au classement final du WorldTour et un budget avec nos leaders comme (Biniam) Girmay qui a ensuite explosé. Mais nous n’avons pas trouvé dans la foulée les gros sponsors que nous espérions. Nous avons donc tâté le terrain avec l’équipe Lotto. On a eu une première rencontre dans le courant du mois de mai. Nous voulions y avancer sereinement après le Tour de France, mais l’info liée à ce projet a fuité", détaille Jean-François Bourlart. D'ailleurs, les coureurs des deux équipes ont découvert la nouvelle dans la presse durant la Grande Boucle. Ce fut le début d'une mise en place compliquée. "On ne parle pas que des coureurs ou des membres du staff. On parle de sponsors, des partenaires techniques, de la situation des deux sociétés, de l'administratif, du juridique...".
« PAS QUELQUE CHOSE QUE JE VEUX REFAIRE UN JOUR »
Le fonctionnement des licences UCI impose de conserver la licence Lotto, tout en intégrant la structure Intermarché via de nombreuses négociations. Une manœuvre délicate qui a même inquiété l'instance internationale. "Notre passage devant la Commission des Licences me l'a bien confirmé : ils avaient quelques craintes. Mais à la fin de la réunion, l'UCI nous a presque félicités de la manière dont on avait fait les choses", précise le CEO. Vu de l'extérieur, l’opération semblait floue, mais c'était volontaire : "Nous voulions garder un maximum d'informations pour nous", souligne-t-il en présentant ses excuses pour ce manque de communication.
Sur le plan sportif, la tâche n’était pas facile non plus, car la direction se retrouvait soudainement avec 43 coureurs sous contrat. Heureusement, tous ceux qui n'ont pas été conservés ont pu trouver une place dans une autre équipe. Ce n’était pas une opération agréable, Jean-François Bourlart avouant même que c'est "quelque chose que je ne veux pas refaire un jour". Il reste toutefois satisfait du résultat final : "On est fier de l'équipe qui est en place".
« ON N'A PAS POUSSÉ BINIAM DEHORS »
Parmi les coureurs absents de l'effectif final figure la star érythréenne Biniam Girmay. Jean-François Bourlart explique que ce n'est pas un manque de volonté, mais une réalité de marché et de timing. Le coureur cherchait de la sécurité alors que la fusion prenait du temps. "On n'a pas poussé Biniam dehors. Il a eu des propositions ailleurs et il a fait son choix", confie le manager, rappelant qu'il fallait aussi respecter une masse salariale stricte. Il convient de préciser qu'en rachetant la dernière année de contrat de Biniam Girmay, la formation NSN a apporté des liquidités pour éponger les dernières dettes de l'équipe Intermarché-Wanty, un point du dossier qui a fait retarder la fusion.
L'autre coureur intéressant parti est Louis Barré. "C'est vraiment dommage. Un coureur français était intéressant pour le Tour de France et pour notre sponsor Intermarché", regrette-t-il. Le principal intéressé a souligné que les choses avaient trop trainé et que, dès lors, il avait dû se tourner vers d'autres équipes, comme la Visma-Lease a Bike, où il sera très ambitieux, notamment sur les Ardennaises et les courses d'une semaine.
« LA FRONTIÈRE EST TRÈS MINCE »
Une question présente parmi le public est de savoir à quel point les deux équipes peuvent s’intégrer, avec une peur de potentielles frictions entre « le style Lotto » et « la patte (de loup) Intermarché ». Kurt Van de Wouwer et Jean-François Bourlart rassurent : les méthodes et les identités sont assez similaires. En plus de partager l’ancrage belge, les deux structures misent sur la formation. "Il y a le petit frère d'Alexander Kristoff, Felix, qui est là. Il y a Huub Artz", cite Kurt Van de Wouwer pour illustrer ce vivier commun.
Au niveau du management, les rôles sont définis : "Kurt pour le sportif, Aike pour la performance et moi pour compléter le trio". Jean-François Bourlart avoue qu'il y aura "sûrement des frictions de temps en temps car la frontière est très mince", mais l'objectif est de prendre les décisions sportives à trois.
« ON N'A PAS FAIT FOIS DEUX, C'EST SÛR »
La réalité économique n’est cependant pas devenue celle d’une super équipe digne d'UAE ou de Visma-Lease a Bike. "On n'a pas la chance d'avoir un État très riche ou un mécène qui met 50 millions d'euros", rappelle Bourlart. En effet, malgré la fusion, l’équipe ne double pas son budget car il y a des doublons de sponsors : ils ne peuvent pas garder deux marques de vélos ou deux équipementiers. Mais l'objectif de sécuriser l'avenir pour trois ans est atteint. La direction souhaite désormais agrandir ce budget en cherchant de nouveaux modèles de revenus, inspirés de Visma-Lease a Bike. "Même si nous savons qu’en Belgique, il est impossible de trouver un partenaire de grande dimension internationale. Il faudra être imaginatif".
Au niveau sportif, l'équipe mise tout sur ses trois fers de lance : Arnaud De Lie pour les Classiques et les sprints, puis Lennert Van Eetvelt et Jarno Widar sur les courses par étapes et les Classiques avec plus de dénivelé. Kurt Van de Wouwer souhaite surtout une année sans malchance, pour qu'Arnaud De Lie puisse "jouer un rôle dans les Classiques" et que Lennert Van Eetvelt retrouve le chemin de la victoire en WorldTour. Quant à Jarno Widar, le souhait est de le laisser grandir sans trop de pression, même si son ambition naturelle le pousse déjà vers le leadership. Derrière eux, le staff compte sur un milieu de terrain solide, citant notamment Jenno Berckmoes comme un coureur capable de franchir un palier.
« ENTRE 12 ET 14, C'EST TRÈS RÉALISTE »
L’objectif de 2026 est clair : l’équipe doit commencer du bon pied et marquer un maximum de points UCI, même si ce n’est pas une obsession quotidienne. L'objectif réaliste annoncé par Kurt Van de Wouwer est une place « entre 12 et 14 » au classement mondial. Pour optimiser son calendrier et ses ressources, l'équipe fera l'impasse sur le Tour de Romandie en 2026. À côté des leaders naturels, d'autres coureurs comme Steffen De Schuyteneer, Jenno Berckmoes et Milan Menten devront scorer sur des courses secondaires. "Nous devons faire en sorte de gagner pour diminuer la pression sur nos fers de lance", souligne ce dernier.
Jean-François Bourlart confirme que la prolongation des contrats des leaders et des jeunes pépites est une priorité des prochaines semaines : il faut garder les talents le plus longtemps possible, avant qu'ils ne deviennent intouchables financièrement. "Nous y travaillons, rassurez-vous. Nous avons déjà discuté de cela avec nos sponsors et rencontré les agents des coureurs concernés", conclut-il.
