Joris Delbove : « C'était dingue ! »

Crédit photo Alexis Dancerelle / DirectVelo

Crédit photo Alexis Dancerelle / DirectVelo

L'attente était si douce pour le public du Championnat de France. Parti dès le début de la course, les Troyens n'attendaient que l'arrivée de l'enfant du pays, au bout de la ligne droite d'arrivée. Damien Martin, speaker de l'épreuve, avait du bien mal à faire entendre sa voix au milieu des mains qui battaient les barrières d'arrivée et des bris de voix cassées par plus d'une heure de cris au passage de la fusée de TotalEnergies. Il faut dire que certains n'avaient qu'un nom à la bouche dès le matin, au moment des épreuves Juniors, mêlant souvent jeu des pronostics et analyses.

Puis quand Joris Delbove est descendu de vélo pour soulever sa monture, toute l'équipe d'organisation, veste rouge sur le dos, a sauté sur son poulain quelques mètres plus loin, créant un barrage humain devant les photographes. Avant que Timothé Gabriel, médaillé de bronze, ne pense lui aussi à saluer la victoire de son ami. Pour l'occasion, Joris Delbove a laissé tomber la carapace et la pudeur qui le caractérise. Les larmes ont coulé, pour une fois, et la folie du public n'a fait que s'amplifier.
Quelques instants plus tard, l'enthousiasme de l'organisation n'est pas retombé non plus. Les vestes rouges se sont réunies au pied du podium pour faire une haie d'honneur au nouveau Champion de France. Lequel avait toujours les yeux rougis en conférence de presse, notamment au moment d'évoquer l'ambiance et surtout son caractère réservé. DirectVelo était présent pour recueillir toutes les émotions traversées par le nouveau Champion de France Elites de cyclo-cross.

DirectVelo : Tu es sacré Champion de France à domicile !
Joris Delbove : C'est un truc de fou. La course était vraiment longue. Je me suis retrouvé devant dès le début. Il fallait rester concentré. Ça a tenu jusqu'au bout. C'est super ! 

Comment as-tu géré le départ alors que tu étais en quatrième ligne ?
Je ne savais pas trop de quel côté il fallait que je parte. Dominique Arnould, mon DS, m'a dit de partir côté droit. Si ça s'ouvrait, il fallait faire l'intérieur et doubler le maximum de mecs. Francis (Mourey) m'a dit la même chose. Je l'ai fait, et ça s'est ouvert. Au dévers, je me suis retrouvé 7e ou 8e. J'ai réussi à redoubler des mecs après. Je me suis tout de suite retrouvé dans les cinq premiers. Sur la ligne, à la fin du premier tour, on est passés à trois en tête, avec quelques secondes d'avance.

« TANT PIS, J'Y VAIS »

Tu pars tout seul dans le deuxième tour !
En forçant bien sûr, mais je suis sorti sur la technique. Je me suis dit : « Tant pis, j'y vais. On verra bien comment ça se passe »

Tu savais que derrière, Fabien Doubey pouvait faire ton jeu ?
Oui, je regardais Fabien et j'entendais aux commentaires du speaker qu'il gérait bien le truc. Dans les parties techniques, il se mettait devant. On était tous les deux présents. Lui ou moi, c'était la même chose. J'aurais fait pareil. On n'a pas eu le temps de se voir après l’arrivée, mais c'est super ce qu'il a fait. 

Tu avais dit la semaine dernière que tu voulais continuer sur la lancée de ta saison sur route où tu avais remporté le Tour de Langkawi…
Oui, j'ai fait une super saison de route. J'ai bien fini, et je voulais redémarrer très fort. La nouvelle saison de route n'a pas commencé, mais ça démarre déjà fort. J'espère continuer encore quelques mois comme ça.

« JE ME SUIS CONTENU PENDANT UNE HEURE »

Qu'as-tu ressenti quand tu as commencé à comprendre que plus personne ne reviendrait ?
Je suis resté concentré jusqu'aux marches où il y avait toutes les parties techniques. Je ne voulais pas me déconcentrer, j’avais 30 secondes d’avance mais tu peux vite les perdre. Il suffit d'une erreur. Je me suis un peu déconcentré dans le dévers où j'ai dû passer à pied. J'ai bien géré mon truc. Même si je perdais 15 ou 20 secondes, ce n'était pas grave.

Tu ne montres pas toujours tes émotions, ta famille non plus. Ça fait quoi d'embrasser tout le monde qui pleure juste après la ligne ?
C'était fou. Je me suis contenu pendant une heure. Je ne suis pas quelqu'un qui montre trop mes émotions, mais à la fin j’ai explosé car c’était dingue !

Tu avais déjà ressenti quelque chose d'aussi fort ?
Il y a eu l’année en Espoirs quand j’avais gagné le général de la Coupe de France ici. Chaque année, quand je cours ici, c'est quand même spécial. Mais là, c'était fois 10 !

Tu avais terminé 3e puis deux fois 2e du Championnat de France chez les Espoirs…
J'ai été frustré chez les Espoirs quand j'ai fait deux fois 2e (en 2021, derrière Antoine Huby, et en 2022, derrière Romain Grégoire, NDLR). La première fois, je me suis fait avoir par une tactique d'équipe. La deuxième, c’était un peu de ma faute. Aujourd'hui, tout était réuni. Je n'ai fait aucune erreur technique. Physiquement, j'étais là.

« FAIRE UNE SAISON UN PEU PLUS LONGUE »

À quel point ça a occupé ton esprit le fait que tu sois à la maison lors de ce Championnat ? 

Quand Clément (Philippon) m'a dit qu'ils allaient faire le Championnat de
France ici, je me suis dit que j’allais me préparer à 200 % pour courir à la maison. J'avais l'ambition de gagner, mais avoir l'ambition et le faire, c'est autre chose. Au départ, je voulais gagner, mais je savais que ça allait être très compliqué, surtout que le terrain n'était plus du tout le même. C'était beaucoup plus roulant, donc quand on part derrière, c'est plus difficile. Mais tout s'est bien passé, donc c'est super. 

Vas-tu trouver une occasion pour le porter ?
Je ne pense pas en cette fin de saison. L'année prochaine, j'aimerais bien faire une saison un peu plus longue pour pouvoir le porter. Je pense qu'on n'est pas Champion de France quinze fois dans sa vie, à part Francis qui a pu le porter huit saisons. J'espère pouvoir le porter un maximum l'année prochaine sur les courses, que ce soit en France ou ailleurs.

Tu n’iras donc pas au Championnat du Monde ?
Je ne sais pas encore. On m'avait posé la question avant la course, mais je ne m'attendais pas à gagner. Je reste quand même un routier. Il faut que j'en discute avec l'équipe mais c’est compliqué. Il y a beaucoup de personnes qui ne comprennent pas pourquoi les routiers font moins de cyclo-cross. Mais c'est très fatigant. L'équipe TotalEnergies me paie pour faire de la route, pas pour faire du cyclo-cross. On verra donc pour le Championnat du Monde…

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