Paris-Tours : Un final surprenant... mais sans regrets malgré tout

Crédit photo Marie Vaning - LNC
Paul Lapeira et Thibaud Gruel avaient pensé avoir fait le plus dur, en se débarrassant de leurs compagnons de fortune, à presque 40 kilomètres de l'arrivée de Paris-Tours. "C’était top, je savais que je voulais sortir dans cette zone-là, un peu comme l’année dernière. Une fois qu’on s’est retrouvés à deux devant, on avait un bon rythme, on s’entendait bien. Je me disais que c’était une bonne situation", estime le coureur de la Groupama-FDJ. "Quand je suis parti avec Thibaud dans les chemins, j’étais content, j’étais confiant. J’étais vraiment satisfait de voir que l’écart grimpait rapidement. Je ne me suis pas vu gagner à ce moment-là, mais je savais que j’étais très rapide si j'étais toujours avec Gruel à la flamme rouge", ajoute son adversaire de Decathlon AG2R La Mondiale.
PAUL LAPEIRA « PAS VRAIMENT CONFIANT », THIBAUD GRUEL NE VOULAIT PAS FAIRE POISSON-PILOTE...
Le petit groupe de contre avec Christophe Laporte, Matteo Trentin, Albert Philipsen et Stefan Bissegger, coéquipier de Paul Lapeira, n'a malgré tout pas cessé d'y croire. "Ils sont partis au bon moment, on était quand même assez forts, mais le mal était fait. On a continué avec Bissegger avec nous, ce n'était pas idéal. On était encore à 10 secondes à 1,5 km, mais on n'était pas loin, ça pouvait revenir si ça se regardait", détaille Matteo Trentin. L'Italien a eu raison. Alors que la flamme rouge approche, les deux Français mettent le clignotant. Paul Lapeira refuse de prendre un relais, Thibaud Gruel se retourne et aucun des deux ne relance l'allure. "On se connaît bien tous les deux. Je sais qu’il habite à Tours, qu’il va très vite au sprint, qu’il a gagné un massif sur la Route d’Occitanie au mois de juin. Du coup, je n’étais pas vraiment confiant. Je ne savais pas trop où j’en étais, ni où lui en était", explique Paul Lapeira.
Thibaud Gruel estime que son adversaire a commencé à jouer trop loin de l'arrivée. "Il a décidé de ne plus passer de relais à 1,2 km. Pour moi, c’était trop loin pour que je puisse l’emmener sur un plateau. Ça n’aurait pas été jouable. Si je l’emmenais dans ma roue, c’est sûr qu’il allait me battre. Ce n’était vraiment pas le but. Peut-être que s’il avait arrêté de rouler à 800 mètres, j’aurais pris le relais jusqu’au sprint, je n’en sais rien. De toute façon, je ne pouvais pas l’emmener aussi longtemps. J’étais obligé de le pousser à craquer, mais il n’a pas craqué". Si la pilule est "un peu dure à avaler" à chaud pour le coureur local, celui-ci a quand même passé "une super journée" sur ses routes. Car, malgré cette fin étrange, Thibaud Gruel n'a pas tant de regrets. "On peut regretter cette situation, mais je préférais vraiment jouer la gagne. On peut toujours imaginer d’autres scénarios, essayer de le convaincre de rouler jusqu’à 500 mètres, mais c’est la course, on ne va pas la refaire. Je n’ai pas plus de regrets que ça, il fallait jouer".
... ET C'EST MATTEO TRENTIN QUI EN PROFITE
Paul Lapeira a plus ou moins le même discours. "Pour moi, faire quatrième ou deuxième, ça revenait au même. Je suis un gagneur". Mais une fois le groupe reconstitué, il fallait encore se disputer la victoire au sprint. Et voir Stefan Bissegger emmener son coéquipier plutôt que tenter un coup de force peut aussi interroger. D'autant que Paul Lapeira admet qu'il était "rincé" après ses efforts. Thibaud Gruel a lui voulu y croire encore. "Tant que la ligne n’est pas passée, on n’abandonne pas. Je me suis dit qu’il fallait que je lance avant les autres. Je ne voulais pas avoir de regrets, encore une fois. Paul termine 4e devant moi, donc on est les deux derniers du groupe. Ce n’était plus trop jouable, je pense, mais j’ai quand même essayé de reprendre la roue et de faire mon sprint jusqu’à la ligne".
Finalement, c'est un ancien vainqueur de Paris-Tours, Matteo Trentin, qui a remporté le sprint, dix ans après son dernier succès sur l'épreuve. "Ça faisait un moment, j'ai enfin pu la regagner, je me sentais très bien. J'ai été parfois un peu malchanceux, en plus de quelques blessures, mais finalement j'ai gagné. Ne pas avoir absolument l'objectif de faire une place m'a aidé. Je pouvais faire quelque chose, faire un bon sprint, j'avais encore l'énergie nécessaire". En 2015, le parcours était différent puisque les chemins de vigne n'étaient pas au programme. Mais le coureur de Tudor n'a pas de préférence. "Peu importe le parcours, j'ai gagné les deux, ça me va, rigole-t-il. Il faut garder un peu plus de fraicheur sur ce parcours. On a besoin de lire la course, tout peut casser n'importe quand". Même à l'approche de la flamme rouge, quand la course semble pliée ou presque.
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