Pierre-Yves Chatelon : « Comme dirait Sanka dans Rasta Rockett… »

Crédit photo Philippe Pradier / DirectVelo
Comme un symbole. C’est avec une médaille, décrochée par Maxime Decomble, que Pierre-Yves Chatelon en a terminé de son histoire avec l’équipe de France Espoirs. Ce samedi, lors du Championnat d’Europe U23, le sélectionneur a apprécié la course de ses protégés tout autant que leur comportement en dehors du vélo. Comme il l’a expliqué à DirectVelo.
DirectVelo : Comment as-tu vécu ce dernier rendez-vous pour toi avec l’équipe de France Espoirs ?
Pierre-Yves Chatelon : Nous étions sur des routes que je connais bien puisqu'il y a une partie de ma famille qui habite là. Ma sœur, pour l'anecdote, est maire du village de Saint-Romain-de-Lerps. Tout ça pour dire que ce matin en me levant, moi je n’avais absolument aucune pression. J'avais le sentiment que ce groupe-là allait faire quelque chose de bien. On a fait ensemble le Tour de l’Avenir, le stage à Tignes et le Mondial à Kigali, et j’ai vu que des coureurs comme Maxime (Decomble) et Victor (Loulergue) sont des garçons super faciles à vivre, mais qui sont performants et efficaces sur le vélo.
« LE GRAND KIFF »
Ils l’ont encore été aujourd’hui…
Au fil des tours, ça cassait et on avait encore quatre hommes très forts présents (avec également Arthur Blaise et Louka Lesueur, NDLR), j’étais assez confiant. Mais dans le final, il n'y avait absolument rien à faire face à Jarno Widar. Il sera intéressant de voir son temps de montée dans le Val d'Enfer. Ça doit être du lourd… Nous concernant, je salue la performance d’Arthur Blaise, qui m'a épaté dans sa gestion de course. Il a très, très bien passé la bosse. Hélas, Théo (Lévêque) a eu un incident mécanique rédhibitoire et Ugo (Fabries) a donné ce qu'il a pu donner à l'équipe mais il revenait de blessure.
Pour Maxime, il confirme son excellente saison…
Je suis très content pour Maxime, qui est un gars très attachant. Comme l’est Victor. Franchement, je leur ai dit à Kigali. Moi, je suis très content de finir avec des mecs comme ça. Je ne parle pas des résultats sportifs, mais sur le plan humain. Ça a vraiment été le grand kiff, comme dirait Sanka dans Rasta Rockett. Humainement, avec eux... Ce sont des garçons avec qui tu as envie de travailler. Surtout, j'espère qu'ils ne changeront pas en passant à l'échelon au-dessus. Mais je ne pense pas, parce qu'ils sont tellement naturels. Il ne faut pas oublier de citer les autres aussi. Louka est dans cette bande. Ils s’étaient éclatés au Tour de l’Avenir, avec Paul Seixas aussi. Il y avait vraiment un beau dynamisme. Je suis vraiment content de finir avec eux. Sans la médaille, j'aurais été tout aussi content. C'est la cerise sur le gâteau.
« HÂTE DE PASSER À AUTRE CHOSE »
Il y a de l’émotion ?
On ne tire pas un trait sur 20 ans de carrière comme ça. Mais j'ai hâte de passer à autre chose aussi. Je m'impose un nouveau challenge. J'entreprends une formation de gardien de refuge de montagne, tout en restant cadre technique à la Fédération, mais avec des missions où je vais revenir peut-être plus proche des territoires, des régions et des petits clubs.
Ne crains-tu pas un manque ?
Dans un premier temps, je ne pense pas. Mais j'imagine que dans un an, le jour du Championnat d'Europe ou du Championnat du Monde, ça me manquera un peu. Mais je voulais revenir plus proche de mes valeurs. Maintenant, on doit faire des déplacements avec beaucoup de matériel et de véhicules, ça heurte ma sensibilité écologique. C'est aussi pour ça que je voulais franchir ce pas-là. Ça, ça ne me manquera pas. Toute cette organisation logistique très lourde et très énergivore en matière d'énergie fossile.
« AUCUN REGRET »
Du coup, tu finis par une médaille…
Oui, c'est très symbolique. C'est chouette. Je suis content de finir comme ça. Il ne faut surtout pas me demander quel titre ou médaillé j’ai préféré. Surtout, c'est à chaque fois des aventures humaines. Et là, en particulier avec ces garçons-là, je suis super content aussi pour Maxime, sa famille, son entourage… Parce que franchement, il le mérite autant sportivement qu'humainement dans son comportement.
Au final, auras-tu plus apprécié les rencontres humaines ou les victoires et médailles ?
Les rencontres humaines, je pense. On a pu vivre des choses ensemble, coureurs et staff, plus que les médailles. Pour moi, parfois, un Championnat réussi, c'était un Championnat qui se passait bien avec tout le monde. Je préférais ça à un Championnat où tu as le titre ou la médaille, mais où ça ne matche pas avec le groupe. Si c’était à refaire, je resignerais pour faire la même carrière. Je n’ai aucun regret.
