Eleonora Ciabocco : « Parfois j'ai l'impression d'être proche de quelque chose de grand »
Crédit photo Philippe Pradier - DirectVelo
C'est décidément une habitude pour Eleonora Ciabocco. Parfois 2e, parfois 4e comme au dernier Championnat du Monde où elle a loupé la médaille, et globalement souvent très proche, l'Italienne n'arrive pas à enfin lever les bras. Ce vendredi, c'est une attaque dans le final de Paula Blasi qui l'a privée de triompher, même si elle s'est consolée en remportant le sprint du trio derrière, pour décrocher la médaille d'argent. D'habitude tendue avant les courses, la sociétaire du Team Picnic PostNL avait même l'impression d'être trop détendue au départ de Guilherand-Granges. Peut-être un début d'explication, ou pas. En revanche, au niveau du scénario, c'est un petit miracle de la voir sur le podium, elle qui pointait à presque deux minutes du peloton après un incident mécanique. Eleonora Ciabocco est revenue avec DirectVelo sur les montagnes russes qu'elle a vécues, avant de revenir sur cette année et les frustrations qu'elle a pu connaître.
DirectVelo : Quelle saveur a cette médaille d'argent ?
Eleonora Ciabocco : Vu la course, je dois être contente, parce que j’ai eu un problème mécanique dans le deuxième tour et j’ai perdu beaucoup de temps. Je dois vraiment remercier Federica Venturelli, car elle m’a attendue, elle m’a dit de rester calme. Elle m’a été d’une grande aide, car quand on a passé la ligne une première fois, on avait deux minutes de retard sur le groupe. C’est juste une moto, elle m’a ramenée avant la montée. C’était vraiment un moment difficile pour moi, parce qu’après cet effort, il fallait encore grimper. Donc j’ai juste essayé de rester avec l’avant du groupe.
Tu étais loin à ce moment-là, as-tu paniqué ?
Je n’ai pas paniqué parce que je savais qu’avec Federica, je pouvais revenir. Et puis ça fait partie du jeu. À un moment, je me suis dit : « Merde, je suis la seule à ne pas avoir de chance ». Mais j’étais confiante, et j’ai de la chance, car pendant la course, c’est rare que je panique. C’est plutôt avant la course que je stresse. Pendant, j’arrive à rester calme. Et avec Federica, c’était plus facile. Si j’avais été seule, bien sûr, je pense que j’aurais commencé à paniquer, mais avec elle, j’étais détendue.
« JE NE VOULAIS PAS REFAIRE LA MÊME ERREUR QUE LA SEMAINE DERNIÈRE »
Une fois rentrée, il fallait donc encore pouvoir souffler...
Je savais qu'il y avait une échappée. Au final, je pense que c’était mieux pour moi, parce qu’on se regardait beaucoup entre nous, donc j’ai pu récupérer un peu. Je me suis sentie vraiment bien aujourd’hui, donc je suis juste un peu déçue de cette 2e place. Mais je ne voulais pas refaire la même erreur que la semaine dernière, à savoir chasser, pour finalement finir 4e.
Mais finalement Paula Blasi est partie...
Peut-être que c’était aussi une erreur de ma part de ne pas avoir bouché l’écart immédiatement, mais en même temps, je savais que je devais attendre le sprint, parce que j’étais peut-être plus rapide que les autres. Paula (Blasi) a été plus maligne, mais je dois être contente, car à un moment, j’ai cru que ma course allait s’arrêter après 20 km. Donc, en prenant en compte la façon dont ça a commencé, je dois être heureuse. Et puis, vu mes sensations, c’était vraiment une bonne journée pour moi.
SANS FRANCESCA BARALE, « JE PENSE QUE JE SERAIS ARRIVÉE ASSEZ MAL MENTALEMENT »
Tu as bien géré la récupération du Rwanda ?
Je ne suis pas rentrée chez moi depuis le Tour de l'Ardèche, donc ça fait un mois que je n’ai rien vu de la maison (sourire). Mais j’ai eu de la chance, parce que j’étais avec Francesca Barale, qui est ma coéquipière, mais surtout une très bonne amie. Donc on est restées ensemble, et ce mois a été plus facile grâce à elle. Sinon, je pense que je serais arrivée à ces Championnats d’Europe assez mal mentalement. Au Rwanda, j’ai couru seule, mais j’étais avec les Elites et les Juniors, donc c’était bien. Heureusement, on n’a pas eu de fièvre ou de problèmes de santé, aussi parce qu’avec l’équipe d’Italie, tout est nickel. J’avais un peu peur d’être fatiguée à cause du voyage. En plus, je suis arrivée tôt, j'ai passé dix jours là-bas. Mais aujourd’hui je me suis sentie bien.
On a vu tes qualités de grimpeuse au Championnat du Monde, mais tu arrives aussi à faire des bons sprints. Comment te définis-tu ?
Pour être honnête, je ne pense pas être une sprinteuse. Je suis juste bonne, parfois, pour bien me placer dans le sprint. En fait, je préfère un sprint massif qu’un sprint réduit, comme aujourd’hui. J’ai essayé d’augmenter un peu le rythme dans l’avant-dernière montée. Mais quand on s’est retrouvées à quatre, tout le monde était un peu à la limite. Alors tout le monde m’a dit d'attendre le sprint. Puis quand j’ai vu Blasi, je me suis dit : « Merde, je vais encore perdre ». On aurait peut-être été plus investies pour la poursuite à deux. Mais à trois, c’est plus compliqué, parce qu’on se regarde et on pense toutes au podium.
« J'ÉTAIS TROP DÉTENDUE AUJOURD'HUI, J'AURAIS EU BESOIN D'ÊTRE UN PEU PLUS NERVEUSE »
C'est intéressant que tu parles de « perdre encore ». Car tu es toujours là, placée, mais souvent aux mauvaises places, que ce soit des 4e ou des 2e places... Est-ce frustrant pour toi ?
Je suis toujours proche, proche, proche… mais jamais complètement satisfaite de la course. Mais bon, je ne peux pas trop me plaindre. C’est quand même une médaille, donc ce n’est pas si mal. J’ai parlé avec l’équipe, et ils m’ont dit de ne pas être frustrée. Sinon c’est encore plus dur d’aller chercher un bon résultat. On avait aussi un préparateur mental avec l’équipe italienne. Pour être honnête, j’étais trop détendue aujourd’hui, et j’aurais eu besoin d’être un peu plus nerveuse avant la course.
C'est-à-dire ?
Je pensais vraiment que j’allais être super stressée aujourd’hui, surtout après la 4e place du Rwanda, mais en réalité, j’étais très calme. Je ne sais pas pourquoi. C’est un peu frustrant, surtout pour les Championnats du Monde. Parfois j’ai l’impression d’être proche de quelque chose de grand, et je le perds au dernier moment. Cette 2e place est satisfaisante... mais pas complètement. Mais je ne peux pas me plaindre. Je pense que j’ai vraiment franchi un cap par rapport à l’an dernier. Je dois juste me concentrer sur les choses positives, plutôt que sur les négatives. J'aurais préféré mieux, mais c'est comme ça.
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