Le premier Mondial en Afrique, une ligne de départ pour le cyclisme dans le continent
Crédit photo Patrick Pichon - FFC
Kigali a donc accueilli le premier Championnat du monde de cyclisme sur route en Afrique. Un moment historique que le président de l’UCI, David Lappartient, décrit à la fois comme un aboutissement et un nouveau départ. "Pour nous, l’objectif n’était pas simplement de considérer cet événement comme une ligne d’arrivée. Nous le voyons plutôt comme une ligne de départ, et comme le début d’un parcours pour élargir le cyclisme en Afrique", affirme-t-il en conférence de presse vendredi dernier à DirectVelo.
UNE ORGANISATION SALUÉE
Pour beaucoup de nations présentes, c’était une première expérience sur le continent. "À leur arrivée, ils ont dit, « Eh bien, c’est vraiment parfaitement organisé ». C’est quelque chose que tout le monde peut constater : une organisation parfaite", se félicite-t-il. Le Président réélu insiste également sur l’accueil et la ferveur populaire. "Les gens sont très chaleureux, heureux d’être là, beaucoup de sourires sur leurs visages. J’aime beaucoup montrer ces vidéos où l’on voit les athlètes rouler à vélo, et la population parfois utiliser le vélo pour aller travailler ou pour leurs activités quotidiennes. C’était beau de voir ces interactions. On ressent vraiment l’esprit africain".
L’impact économique n’a pas été oublié. "Cela profite aussi à l’industrie locale. Les barrières, par exemple, ont toutes été produites dans le pays. C’est très positif et cela contribuera à faire croître l’industrie".
BESOIN DE PLUS DE COURSES
La réussite de ce Mondial ne masque pas les défis à venir. "Le cyclisme sur route, c’est un peu différent des autres disciplines. Il faut courir. On ne peut pas seulement s’entraîner et participer à une ou deux épreuves par an". Pour David Lappartient, l’Afrique doit franchir une nouvelle étape. "Nous appelons à avoir plus de courses en Afrique. Sinon, l’expansion du cyclisme atteindra une certaine limite. Si vous n’avez pas de courses, vous ne pouvez pas continuer à élargir le peloton".
Certains pays comme l’Érythrée ou le Maroc disposent déjà d’un calendrier riche, mais beaucoup d’autres restent en retrait. "Il serait vraiment important d’en avoir plus pour que les athlètes africains atteignent vraiment un certain niveau. Il n’y a pas assez de monde qui part en Europe pour y courir".
HÉRITAGE ET PERSPECTIVES
L’héritage du Mondial doit donc se traduire en actes concrets. "Il serait important que, comme héritage de ces Championnats, il y ait encore plus de courses ici dans le pays", explique-t-il, évoquant une discussion tenue avec le président rwandais Paul Kagamé.
Et l’UCI ne compte pas s’arrêter à la route. "Nous pouvons avoir beaucoup plus d’événements internationaux. Pas seulement des Championnats du monde. Nous pourrions, par exemple, organiser du gravel sur ce continent. Parce que si vous pouvez organiser la route, qui est la discipline la plus difficile à mettre en place, alors vous pouvez tout organiser".
FORMER UNE EXPERTISE LOCALE
Au-delà des infrastructures, l’enjeu est aussi humain. Beaucoup de dirigeants de fédérations n’ont jamais pratiqué le cyclisme au haut niveau. "C’est pour cela que nous travaillons avec des athlètes passés par le Centre mondial du cyclisme, pour préparer leur mission après leur carrière. Nous essayons de les aider à devenir coachs, mécaniciens, ou à continuer de s’impliquer".
David Lappartient défend l’importance de transmettre cette expérience. "Le savoir qu’ils ont acquis pendant leur carrière est vraiment important à partager avec leur pays. Pour être coach ou enseigner le cyclisme, il vaut mieux avoir été cycliste soi-même pour comprendre exactement".
Des formations adaptées sont mises en place. "Nous avons aussi décidé que pour certains coachs, il y aurait des cours, certains en ligne, mais il faut aussi aller sur le terrain. Si vous amenez un formateur sur place, pour former les étudiants et en tenant compte des compétitions nationales, ce sera plus efficace pour partager les connaissances".
UN MOUVEMENT LANCÉ
Pour le président de l’UCI, l’Afrique a désormais prouvé sa capacité à accueillir les plus grands rendez-vous. Reste à transformer l’essai : multiplier les courses, former les encadrants, et construire une véritable culture cycliste locale. "Nous ne nous disons pas : « Voilà, nous avons atteint nos objectifs ». Non. Je suis convaincu que nous pouvons avoir beaucoup plus d’événements internationaux. Et ce premier Championnat du monde est le point de départ de cette aventure", conclut Lappartient.
