Célia Gery : « Je n'ai jamais été sûre jusqu'à la fin »

Crédit photo Patrick Pichon / FFC

Crédit photo Patrick Pichon / FFC

Ce n'est pas son premier titre mondial grâce au cyclo-cross, mais sur la route, c'est un baptême pour Célia Gery. Frustrée l'an dernier en Suisse, même "effondrée" à l'issue du contre-la-montre, dans une période où son corps ne répondait pas comme elle l'espérait, la sociétaire de la FDJ-Suez a pris une belle revanche sur le Championnat du Monde, chez les Espoirs cette fois, en s'imposant à Kigali, dans un sprint à deux avec Viktoria Chladonova, et ce au terme d'une prestation collective française de haut vol, avec notamment un gros relais de Marion Bunel pour lancer la fusée. À la sortie d'un Tour de l'Avenir où elle a levé les bras à trois reprises, Célia Gery continue d'impressionner la catégorie Espoirs. En conférence de presse, où DirectVelo était présent, celle qui n'est qu'Espoir 1 est revenue sur cette journée qu'elle devrait garder en tête très longtemps.


DirectVelo : Tu es Championne du Monde !
Célia Gery : C'est vraiment incroyable, ce matin c'était super long d'attendre jusqu'à 13h, mais là c'est génial (sourire). Je ne le sentais pas spécialement venir. Il ne fallait pas lâcher mentalement, ça a été dur mais pas non plus ultra dur. J'aurais pensé à une course plus difficile, écrémée bien avant. Je n'avais pas trop confiance en venant mais je savais qu'on avait une équipe forte pour aller chercher le titre.

« JE N'AI PAS TROP RÉUSSI À ME CANALISER JUSQU'AUX 100 DERNIERS MÈTRES »

Est-ce que c'est la mise en œuvre parfaite du plan français aujourd'hui ?
Oui, comme on l'avait dit pendant le briefing, il fallait s'adapter. Un Championnat du Monde, ce n'est jamais ce qu'on prévoit pendant le briefing, même si on peut imaginer tous les scénarios possibles. On a su s'adapter, faire nos efforts surtout au bon moment, rester vraiment intelligentes dans les efforts qu'on avait à faire. Sur un Championnat du Monde, une cartouche qu'on met à un moment, c'est une cartouche qu'on ne pourra plus mettre pour la fin. On a su s'adapter avec les filles, ça a marché.

Comment ?
On n'était que trois par rapport à d'autres équipes plus nombreuses, mais on a su gérer notre course parfaitement. Avec Julie (Bego) dans un premier temps puis Marion (Bunel) qui m'a dit qu'elle se sentait un peu moins bien dans les pavés, donc on a tout misé sur moi, elle a été extraordinaire dans la dernière montée. J'essayais de me canaliser sinon je n'allais pas pouvoir tenir. Dans le final Marion a bien géré, je me retournais, et je sentais que c'était à Chladonova d'y aller, je n'avais qu'à attendre. J'avais confiance face à elle sur la pointe de vitesse par rapport aux efforts longs qui l'avantageaient plus.

Comment as-tu géré ce final ?
Dans les 700 derniers mètres, quand on a basculé à trois de cette dernière montée pavé, j'ai senti que ça pouvait le faire vu l'écart qu'il y avait avec le groupe de derrière, mais il ne fallait pas se regarder. J'avais peur que Marion n'ait plus rien après le travail énorme, mais elle a réussi à retrouver des forces je ne sais d'où pour faire ce dernier kilomètre. Elle a emmené parfaitement, puis aux 300 derniers mètres, Chladonova a lancé, et à ce moment-là, quand j'ai vu l'écart qu'il y avait encore avec le groupe de derrière, j'ai vraiment senti que ça allait le faire et que je n'avais plus qu'à produire mon effort le plus proche possible de la ligne, même si je n'ai pas trop réussi à me canaliser jusqu'aux 100 derniers mètres.

« J'AI SENTI QU'AVEC MON EXPLOSIVITÉ... »

Tu avais l'air assez sereine physiquement. Est-ce que tu es passée par un entraînement spécifique pour atteindre ce niveau de sérénité ?
Non, pas forcément. Je n'ai pas fait de stage en altitude contrairement à d'autres filles qui en ont peut-être fait. J'ai entamé ma deuxième partie de saison en août après une coupure de deux semaines. J'étais assez fraîche. J'ai fait un stage avec l'équipe de France. On a pu trouver des repères ensemble, ce qui nous a permis de gagner aujourd'hui. Après il y a eu le Tour de l'Avenir, avec encore plus de repères avec Marion et Julie. C'est ça qui a fait que ça a fonctionné aujourd'hui.

Y a-t-il un moment où vous avez senti que la course basculait du bon côté ?
Je n'ai jamais été sûre jusqu'à la fin, mais le moment où j'ai senti que ça pouvait le faire, c'était quand on a basculé en haut de la montée pavée. Mais encore fallait-il que le trio résiste jusqu'à la ligne. J'ai vraiment pensé que ça pouvait le faire quand Viktoria a commencé à lancer aux 300, 200 derniers mètres. J'ai senti qu'avec mon explosivité, j'allais pouvoir concrétiser le travail de l'équipe de toute la course.

Qu'est-ce que ça te fait de rentrer dans l'histoire ? Pour le sacre, mais aussi parce que ce sont les premiers Mondiaux en Afrique...
L'ambiance était top. Pendant la course, j'étais pas mal dans ma bulle et je n'ai pas trop fait attention au bord de la route, même si j'ai vu qu'il y avait du monde. Mais sur la ligne d'arrivée, j'ai un peu plus profité. C'était vraiment top. C'est génial de pouvoir découvrir grâce à ce sport de nouveaux continents, de nouveaux pays. On est arrivés il y a une semaine avec l'équipe. C'est vrai que l'acclimatation peut être un peu difficile et très différente selon chaque coureuse, puisque le climat est différent. Aujourd'hui, j'avais de bonnes sensations, mais je n'arrivais pas à me juger. Mais on est toutes arrivées il y a une semaine, pas plus, donc on est toutes dans la même situation. J'ai quand même eu la chance de m'être acclimatée assez vite pour pouvoir réaliser ça aujourd'hui.

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