Thomas Voeckler : « Je sais comment on va courir »

Crédit photo Xavier Pereyron / DirectVelo

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La sélection de l’équipe de France Elites Hommes pour le prochain Championnat du Monde, à Kigali au Rwanda, a été officialisée par la Fédération Française de Cyclisme ce lundi après-midi. Quelques heures plus tard, c’est lors de Bistrot Vélo, sur Eurosport, que Thomas Voeckler a pris la parole pour évoquer ses choix et ses ambitions pour ce premier Mondial africain de l’histoire.


PRENDRE DES RISQUES, ENCORE ET TOUJOURS

Loin de la situation de certaines années, quand Julian Alaphilippe était l’homme à battre, le sélectionneur national a bien conscience qu’il faudra que toutes les planètes soient alignées pour espérer décrocher le gros lot, mais il veut, comme toujours, y croire. “On n’a pas légitimement un leader qui est sûr d’être là à la bagarre si tous les autres coureurs du collectif se mettent à son service”, lance-t-il lorsqu’on lui fait remarquer que cette année, aucun nom ne semble sortir du lot dans le groupe France.

“(Tadej) Pogacar est annoncé ultra-favori. Je n’ai pas un coureur capable de le suivre quand il va attaquer. Par contre, j’ai un ensemble de coureurs qui doivent croire en une possibilité. Je sais comment on va courir, à quels moments on va essayer de faire quelque chose et on va y aller pour essayer d’être Champions du Monde. Je vais peut-être passer pour un con en disant ça mais je ne sais pas faire autrement. Je préfère en avoir deux à l’arrivée, 50e et 55e en ayant tenté plutôt qu’en avoir six entre 18e et 35e. Je veux que les Français soient fiers de leur équipe nationale”. Fin tacticien, l’ancien coureur n’est pas persuadé qu’il puisse y avoir “une grande place pour la tactique” cette fois-ci. “Ce sera une course comme aucune autre cette année. Ce sera une épreuve de résistance mentale et physique”.

JULIAN ALAPHILIPPE A GAGNÉ SA PLACE EN GRANDE-BRETAGNE

Raison pour laquelle il va emmener dans ses bagages des durs au mal, des coureurs spécialistes des longues distances et des courses en circuit, type Julien Bernard, l’équipier modèle, ou Valentin Madouas alors que Julian Alaphilippe, récent vainqueur du Grand Prix de Québec, sera également de la partie. “Julian, c’est l’âme de l’équipe de France. Mais il n’y vient pas qu’avec son CV”, assure Thomas Voeckler, qui n’a annoncé sa sélection au coureur de la Tudor qu’après son podium sur le Tour de Grande-Bretagne, puisqu’il souhaitait voir où il en était précisément.

Grande attraction de cette sélection, Paul Seixas sera là au milieu des Élites, lui qui vient de remporter le Tour de l’Avenir dans la catégorie U23. Thomas Voeckler avait l’accord de la formation Decathlon AG2R depuis de longs mois pour une participation de l’Espoir 1 au Mondial au Rwanda. “Ce sera entrée, plat et dessert pour lui comme il a le moulin pour ça”, sourit le sélectionneur. Le Lyonnais participera en effet au chrono individuel - en lieu et place de Kévin Vauquelin, forfait pour cause de blessure - et au relais mixte également. Thomas Voeckler a demandé à Paul Seixas de préparer la course en ligne davantage que le chrono, qui servira avant tout d’expérience pour l’avenir.

LENNY MARTINEZ N'ÉTAIT PAS APTE

Parmi les absents, Kévin Vauquelin, donc, indisponible puisque blessé. Lenny Martinez ne sera pas présent non plus. “On a discuté, il n’est pas apte physiquement à représenter l’équipe de France”. David Gaudu, excellent en début de Tour d’Espagne puis transparent par la suite, n’a pas été retenu, pas plus que Guillaume Martin-Guyonnet, blessé après sa chute en tout début de Vuelta. “J’ai une pensée pour Guillaume, je pense qu’il avait sa place sur un tel parcours, avec son expérience. En doublant deux Grands Tours, le Tour de France puis la Vuelta, il aurait été solide”.

D’autres coureurs, comme Romain Grégoire ou Nicolas Prodhomme, sont préservés pour se concentrer à 100% sur le prochain Championnat d’Europe, en Drôme-Ardèche, bien que Thomas Voeckler n’ait pas officialisé la présence des deux coureurs précédemment cités dans le sud de la France début octobre, tandis que les puncheurs Benoît Cosnefroy ou Victor Lafay n’étaient plus une option depuis de longues semaines. “En apparence, les deux circuits peuvent profiter aux mêmes types de coureurs, ce qui complexifie un petit peu la tâche. Ceci étant, ça dépend aussi de ce qu’on veut y faire et de la façon dont on veut courir sur chacune des deux courses, et je dois tenir compte du fait que les Championnats ne sont séparés que d’une semaine”.

DES AMBITIONS AU CHRONO AVEC BRUNO ARMIRAIL

Avec la présence à Kigali de Louis Barré, Jordan Jegat et Valentin Paret-Peintre en plus de Paul Seixas, le sélectionneur amorce “un renouvellement et une passation de génération”. Pavel Sivakov, qui avait été le dernier à accompagner Tadej Pogacar à Zurich l’an passé, a une nouvelle fois la confiance du sélectionneur. “Il y a quatre habitués et quatre jeunes ou nouveaux. La parité n’était pas volontaire mais je voulais qu’il y ait des gars qui font partie des meubles, avec des talents qui vont porter les couleurs de l’équipe de France à l’avenir”.

Du côté du chrono, Thomas Voeckler compte beaucoup sur Bruno Armirail, qu’il imagine capable d’aller chercher un Top 5 dans un grand jour. “Je pensais qu’il était à son top il y a deux ans mais finalement... Franchement, il m’épate. Il est à la fois impressionnant et adorable. C’est peut-être l’année où il va sortir son plus gros résultat”. Enfin, lors du relais mixte, l’objectif du titre mondial est évoqué. Pour la course en ligne, il ne reste plus qu’à espérer un moment de grâce. “Je suis lucide, on a rétrogradé dans la hiérarchie mondiale, même si rien n’est inéluctable. Il ne faut pas se voiler la face, mais ce n’est pas pour ça qu’il n’y a rien à faire, bien au contraire”.

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