Emmanuel Morin : « Si ça s'arrête, je serai reconnaissant pour tout ce que j'ai vécu »

Crédit photo Freddy Guérin - DirectVelo

Crédit photo Freddy Guérin - DirectVelo

Emmanuel Morin a pris le départ de Jard-Les Herbiers avec des doutes dans la tête. Depuis environ quinze jours, le coureur de Van Rysel-Roubaix a appris qu'il ne continuerait pas l'aventure avec la Conti française. Après sept années professionnelles, l'ancien coureur de Cofidis et du CIC U Nantes ne désespère pas pour trouver une autre porte ouverte. Sinon, à 30 ans, il sera peut-être temps pour lui de raccrocher et passer à un autre chapitre de sa vie. Venu du BMX, Emmanuel Morin était déjà loin d'imaginer vivre une telle carrière et est loin d'être aigri après toutes les émotions vécues sur son vélo, comme il l'explique au micro de DirectVelo après son podium en Vendée.


DirectVelo : Quelle saveur a cette 3ème place ?
Emmanuel Morin : Je suis satisfait, je me suis fait enterrer proprement avant Chantonnay. J'étais plus de 1'30" derrière le groupe de 27. J'ai décidé d'attaquer dans la succession de bosses de Chantonnay, je suis sorti tout seul. Je n'y croyais pas trop, et en fin de compte, j'étais assez confiant dans les virages malgré la pluie. En étant tout seul, c'est plus facile d'avoir de bonnes trajectoires, donc j'ai pu rapidement boucher 45 secondes. Comme je les avais en point de mire, j'ai lissé mon effort et j'ai réussi à rentrer. J'ai fait quasiment 20 kilomètres tout seul, mais je pense que c'est ce qui me manque sur la fin. J'ai eu des crampes à 5 kilomètres de l'arrivée, j'ai pété de l'échappée pour la 2e place.

Tu es finalement rentré au kilomètre...
J'ai réussi à me replacer. Je vire un petit peu loin dans le dernier virage pour pouvoir faire 2, mais déjà une 3e place après avoir fait une course comme ça, c'est déjà très satisfaisant. Je suis tombé lourdement au Poitou-Charentes la semaine dernière. J'aurais pu ne pas recourir jusqu'à la fin de saison parce que j'ai un doigt de cassé. Je suis brûlé dans tout le haut du dos, j'ai un trou au niveau du genou qui n'a pas pu être suturé, donc c'était un peu compliqué. Je ne savais pas trop comment j'allais être aujourd'hui. Finalement, comme on a vraiment bien bossé avec mon entraîneur qui m'a soutenu dans cette période difficile, on a pu tout optimiser et ça me permet d'être en forme aujourd'hui, donc c'est cool et ça fait du bien au moral.

« PARFOIS, UNE CARRIÈRE, ÇA SE JOUE À DES PETITS DÉTAILS »

Malgré ça, tu as préféré courir...
J'ai pris du repos. J'ai fait le choix de continuer le Poitou-Charentes parce que je ne savais pas encore la décision de l'équipe. Finalement je ne serai pas renouvelé l'année prochaine malheureusement. Je l'ai appris la semaine dernière après le Poitou-Charentes. J'aurais mieux fait de rentrer chez moi et me soigner, mais c'est comme ça. Je ne fais pas partie du projet 2026 de l'équipe, ça fait partie du métier. J'ai décidé de venir aujourd'hui pour refaire un peu de rythme et surtout me faire plaisir. Et c'est le principal. Maintenant, il me reste cinq courses avec l'équipe et je compte bien aller chercher un très bon résultat d'ici la fin de saison. Pourquoi pas une gagne.

Il te manque encore cette victoire ?
Oui, je tourne un peu autour. J'ai fait plusieurs fois 2e, plusieurs fois 3e. Il ne manque pas grand-chose. Parfois, une carrière, ça se joue à des petits détails. L'ouverture, ou pas l'ouverture. J'espère avoir l'ouverture en fin de saison et pourquoi pas la créer.

Tu avais gagné Jard-Les Herbiers avant de passer pro, et tu y reviens tout le temps. Cette course a une certaine valeur pour toi ?
Pour moi, c'est l'une des plus belles courses du calendrier. C'est dur, le parcours n'est pas dangereux. Je la mets au même niveau que la Route Bretonne et Manche-Atlantique. Ce sont des courses que j'apprécie énormément. Je ne dis pas ça parce que je les ai gagnées toutes les trois, mais parce que c'est un type de course qui me correspond. Il faut être un peu un guerrier pour gagner ici. À chaque fois, le temps est un peu incertain. On peut avoir 30 degrés au départ et prendre l'orage 1 h 30 après, comme il y a deux ou trois ans. C'est énorme. C'est vraiment une course que j'apprécie. Mais c'est un peu dommage qu'il y ait si peu de coureurs au départ cette année.

« J'AI PU VIVRE DE TRÈS BELLES CHOSES »

Comment tu imagines la suite ?
Une chose est sûre, c'est que je vais essayer de faire les meilleurs résultats possibles sur toutes les courses. Après, pour la suite, je ne sais pas. Avec l'arrêt d'Arkea, la fusion de Lotto et Intermarché, c'est compliqué. Il y a beaucoup d'inconnues en ce moment, mais c'est pareil pour tout le monde. Je relativise aussi. Je me dis que j'ai déjà fait sept saisons chez les pros. J'ai fait deux fois la Vuelta, un Tour de Lombardie... Je vais avoir 30 ans. Je suis papa depuis mars. Ça m'a fait changer aussi sur pas mal de choses. Si je peux continuer l'année prochaine, ce sera avec grand plaisir. Je le ferai aussi sérieusement que je l'ai fait depuis que je suis passé pro. Et si ça s'arrête, je serai reconnaissant pour tout ce que j'ai vécu.

Tu n'as pas à rougir de ton parcours, que vois-tu quand tu regardes dans le rétro ?
Quand je vois la conjoncture actuelle, c'est très compliqué. Quand je n'ai pas été conservé par Cofidis, Anthony Ravard m'a tendu la main pour que je puisse continuer. J'ai fait deux saisons avec eux. Ensuite, j'ai fait deux saisons avec Van Rysel-Roubaix. Comme je l'ai dit, ça aurait pu s'arrêter au bout de trois ans. Là, j'ai fait sept saisons chez les pros. Je sais que j'ai eu beaucoup de chance. Il y a beaucoup de prétendants, peu d'élus. J'en ai fait partie, heureusement. J'ai eu cette chance-là.

D'ailleurs, tu ne l'imaginais pas forcément quand tu as commencé le vélo ?
Non, pas du tout. J'ai commencé le vélo parce que j'avais fait le tour de la question au niveau du BMX. Je voulais passer à autre chose. J'ai commencé en Pass'Cyclisme à l'âge de 20 ans. Je ne pensais pas du tout passer pro. Au final, je me suis pris au jeu. Je suis monté de catégorie en catégorie. C'est comme ça que Cofidis m'a remarqué. En 2018, j'étais stagiaire professionnel. Ça a abouti sur un contrat. J'ai pu vivre de très belles choses durant ma carrière. C'est tout ce que je retiens. Peut-être que ça sera fini en fin d'année, mais peut-être pas.

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