Des brigades anti-Merckx à la découverte du Koppenberg, la carrière bien remplie de Walter Godefroot

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Il a été l'un des adversaires les plus valeureux d'Eddy Merckx dans les classiques. Walter Godefroot est mort à 82 ans ce lundi.
Alors qu'il a dû affronter le Cannibale toute sa carrière dès les rangs amateurs, le palmarès de Walter Godefroot recèle quelques trésors de classiques. Doté d'une belle pointe de vitesse, il n'hésita pas à faire la course avec son cœur aussi gros que ses cuisses. En 1969, il gagne Paris-Roubaix devant Merckx, après une échappée en solitaire de près de 40 bornes. Dans le Tour de France 1968, il s'était déjà imposé à Roubaix. En 1974, des crevaisons lui coûtent la victoire. Dans ces années-là, il fait partie des "brigades anti-Merckx", ces coureurs comme les frères De Vlaeminck, eux aussi chez Flandria, qui mènent la vie dure au plus grand coureur de son époque.
Avant cela, il décroche la médaille de bronze des JO de Tokyo en 1964. Il passe pro l'année suivante chez Wiel's-Groene Leeuw. Il travaillait comme camionneur dans la brasserie Wiels depuis son retour des Jeux olympiques. Pour son premier Championnat de Belgique pro en 1965, il met en échec son camarade de promotion, Eddy Merckx. En 1967, pour sa première année chez Flandria, il gagne Liège-Bastogne-Liège et à l'arrivée de Paris-Tours, il s'incline à la 3e place derrière Rik Van Looy, le vainqueur. Maillot vert du Tour 1970, l'année où il passe chez Salvarani avant de porter deux ans le maillot à damiers de Peugeot, deux années perdues pour lui.
UN RONDE TOUS LES 10 ANS
Coureur endurant, il gagne deux Bordeaux-Paris. La première fois à 26 ans en 1969 et la seconde en 1976, alors qu'il a rejoint l'équipe Ijsboerke. "On avait mal partout mais pas le temps d'y penser". L'année suivante, il offre à son équipe un doublé en terminant 2e derrière Herman Van Springel.
En bon Flahute, il remporte deux fois le Tour des Flandres, à dix ans d'intervalle. En 1968, chez Flandria, il profite de la rivalité Van Looy-Merckx. Dix ans plus tard, à 34 ans, il gagne donc à nouveau le Ronde. Échappé en compagnie de Michel Pollentier, qui ne roule pas pour protéger son leader Freddy Maertens, et Gregor Braun, il gagne au sprint sans avoir le temps de lever le bras sur la ligne.
En 1973, il est trahi par sa mécanique alors qu'il grimpe le Muur de Grammont en compagnie de Merckx, Eric De Vlaeminck, Maertens et Leman. Cette année-là Shimano débarque dans le peloton professionnel chez Flandria. "La roue-libre était montée trop près des rayons et ma chaîne a sauté", racontera-t-il plus tard à Het Laatste Nieuws. Il est alors obligé de continuer un pied sur la pédale et l'autre en train de battre le pavé pour avancer jusqu'à se faire dépanner.
DÉCOUVREUR DU KOPPENBERG
Mais c'est aussi au-delà de son palmarès que Walter Godefroot a marqué l'histoire du Tour des Flandres. A l'entraînement, il découvre une sacrée bosse, une vacherie de mont pavé. Il l'annonce à Paul Naudts, l'organisateur du Tour des Flandres. "Je connais une belle montée mais je te la dirai après ma carrière car tu serais capable de nous y emmener". Mais l'organisateur le rappelle quelque temps plus tard. "Je crois que je l'ai trouvée ta petite côte". C'est ainsi qu'en 1976, le Koppenberg débarque dans le Ronde. Et pour son baptême du feu, Walter Godefroot se met en travers et entraîne plusieurs coureurs dans sa chute, dont Eddy Merckx.
Il raccroche en 1979 et devient directeur sportif de son équipe Ijsboerke-Koga Miyata. Dès la première année, avec ses coureurs, il remporte la Coupe du Monde Intermarques. Dans sa formation, Rudy Pevenage, qui deviendra son adjoint chez Telekom, porte le maillot jaune en 1980. L'année suivante, les jus de fruits Capri Sonne remplacent les glaces Ijsboerke. Patrick Lefevere devient son adjoint. C'est encore le même tandem qui dirige l'équipe Lotto à ses débuts en 1985 puis chez Weinmann en 1990. Walter Godefroot rejoint l'équipe Telekom en 1992, en même temps que les frères Madiot. Il quitte l'équipe allemande après la saison 2005. Alexandre Vinokourov lui demande de revenir dans la nouvelle équipe Astana, née à l'été 2006 de la dissolution de Liberty Seguros dans la tourmente de l'affaire Puerto. Mais mis en cause par Jörg Jaksche dans l'organisation du dopage chez la Telekom, Walter Godefroot est écarté de l'encadrement d'Astana avant le Tour 2007. C'est la fin de la carrière d'un homme respectable qui, sur le vélo, a connu de très grandes journées. "J'ai toujours été un coureur prudent, mais le jour où j'y croyais, je ne pouvais pas perdre" (1).
(1) Het Laatste Nieuws.
