David Gaudu : « On n’a pas envie d’en rester là »

Crédit photo Unipublic/Antonio Baixauli/Cxcling Creative Agency

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Où en est David Gaudu après neuf jours de compétition sur le Tour d’Espagne ? Impressionnant en début d’épreuve, d’abord 3e à Limone Piemonte puis lauréat le lendemain à Ceres devant Mads Pedersen et Jonas Vingegaard, le Breton a ensuite connu le bonheur de porter le maillot rouge de leader. Avant de se montrer plus en retrait les jours suivants, abandonnant d’ailleurs toute ambition pour le classement général. DirectVelo a profité de la première journée de repos de la Vuelta pour faire le point avec le leader de la Groupama-FDJ. Entretien. 


DirectVelo : Tu es passé par toutes les émotions sur cette première partie de Vuelta, avec un tout début de course rêvé puis un passage à vide !
David Gaudu : C’est sûr que ça fait du bien et c’était le meilleur début de Vuelta que l’on pouvait espérer. Pour le passage à vide, on se dit que c’est peut-être un contre-coup de la forte émotion qu’il y a eue. J’ai tellement été en galère depuis février, sans jamais retrouver mon vrai niveau, que ce soit avec le Giro, puis la non-participation au Tour… Et un Tour de l’Ain catastrophique juste après le stage en altitude. Il y a eu une grosse décharge d’émotions. J’ai eu besoin de quelques jours pour m’en remettre. Le corps a dit stop pendant deux-trois jours mais j’imagine qu’il va se remettre en route naturellement.

« C’EST UNE PRESSION TOTALEMENT DIFFÉRENTE »

Il y a encore de belles choses à faire !
Oui c’est sûr. Excepté l’étape de Madrid et le chrono, il reste encore plusieurs étapes sur lesquelles jouer. Je risque d’être encore sur une phase de récupération progressive demain (mardi) mais je pense à l’étape de Bilbao, à l’Angliru aussi, sans oublier l’arrivée aux Lacs de Somiedo où j’ai déjà gagné en 2020. Ce sont de belles arrivées qui peuvent me correspondre. On ne baisse pas les bras. On a déjà gagné une étape, c’est une pression en moins. On va continuer de se mettre de la pression pour gagner une nouvelle fois, mais c’est une pression totalement différente.

En amont de ce Tour d’Espagne, tu nous avais expliqué avoir besoin de temps pour performer et finalement, tu as été extrêmement performant d’emblée. Était-ce du bluff ou t’es-tu réellement surpris ?
Non, il n’y avait pas du tout de bluff. Quand on voit mon niveau au Tour de l’Ain… Je pense d’ailleurs que certains mecs qui m’accompagnaient dans le grupetto du Tour de l’Ain ont dû se demander comment j’ai pu passer de ce niveau-là à celui de gagner une étape de la Vuelta (rire). J’avais quand même un bon retour de sensations à l’entraînement, avec spécifiquement une bonne journée. J’espérais que ça monte crescendo mais de là à espérer être aussi fort sur la première arrivée au sommet ou le lendemain quand j’ai gagné, non, je ne l’attendais pas.

Guillaume Martin-Guyonnet a bâché très tôt lors de cette Vuelta. On a le sentiment d’assister à une alliance maudite…
Oui, c’est triste. On devait débuter ensemble à la Classic Var mais j’ai dû renoncer. Ensuite, on avait une prépa différence avec Tirreno pour moi et Paris-Nice pour lui. On devait se retrouver sur le Tour de France mais je n’y suis pas allé. On n’a fait que le Championnat de France tous les deux. J’ai de bons souvenirs de la Vuelta 2020 qui nous avait souri à tous les deux, même si nous étions adversaires. Les deux fois où j’ai gagné, il était dans l’échappée avec moi. C’est dommage qu’il ne soit pas là. C’est un élément en moins pour aller dans les échappées. Il sait toujours prendre la bonne échappée au bon moment, sur la bonne étape. Même s’il ne gagne pas énormément de courses, il sait apporter énormément de choses, il est toujours battant, vaillant, et je l’admire pour cela. Je suis forcément super triste qu’il se soit blessé. L’année prochaine, j’espère que l’on repartira sur de bonnes bases et qu’on pourra enfin courir ensemble.      

« JE NE POUVAIS PAS ESPÉRER MIEUX »

Que serait une seconde partie de Vuelta réussie ?
Déjà, on peut dire que notre Vuelta est réussie avec une victoire d’étape et le port du maillot rouge, à la pédale, sans que ce soit via une échappée. Même si c’est arrivé extrêmement tôt et qu’on sait très bien qu’on peut vite avoir tendance à oublier la première semaine, cette victoire compte dans ma tête et dans celle des équipiers. Mais on n’a pas envie d’en rester là. Je veux retrouver des sensations, me faire plaisir et pourquoi pas décrocher une autre victoire d’étape. Si je retrouve les jambes que j’avais en début de course, c’est tout à fait possible. On va courir libérés et c’est comme ça que l’on peut aller chercher un autre bon résultat. Pas qu’avec moi mais avec l’ensemble des gars. On l’a vu avec Brieuc (Rolland) ou Thibaud (Gruel) qui marchent fort, sans oublier nos rouleurs. On peut marcher sur tous les terrains.

On te sent apaisé et serein…
Quand on réalise une première semaine de Vuelta comme celle-là… Même si ça n’a duré que deux jours et demi, je ne pouvais pas espérer mieux. C’est rassurant, ça montre à l’équipe qu’ils peuvent me faire confiance et que je suis capable de faire de grandes choses, au top du top face aux meilleurs mondiaux quand je suis à 100%. Mais comme je le disais, ce n’est pas fini. J’ai encore envie de briller, avec moins de pression. En gagnant, forcément, on est plus apaisés.

Tu as évoqué notamment l’Angliru. As-tu encore des incertitudes quant à ton niveau en haute montagne et sur l’enchaînement de cols, sachant que depuis le début de l’année, entre ton succès à Oman et cette victoire d’étape sur la Vuelta, tu brilles surtout lors d’arrivées typées “puncheur-grimpeur” ?
C’est sûr que depuis le début de saison, je n’ai pas fait d’étapes montagneuses à 100%. Hormis une au Giro, quand je me suis ouvert la main. Et encore, c’était une étape de moyenne montagne. C’est peut-être la raison pour laquelle je suis un peu juste en montagne depuis le début de l’année. Mes références, ce sont des étapes très punchy, ou sur une étape toute plate avec une montée sèche à la fin. J’ai quand même fait de longues sorties d’entraînement, de six-sept heures, notamment lors de mon stage à Tignes, en enchaînant du seuil et/ou des cols. Mais j’ai besoin de jours de course pour que ça revienne. Je dois retrouver le rythme mais ça va revenir tout naturellement. 

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