Paul Seixas : « Ce n'était pas facile à assumer avec ma forme »

Crédit photo Quentin Joly / Tour de l'Avenir
Il était attendu, il a répondu présent. Même s'il n'avait pas ses meilleures sensations pendant la semaine, Paul Seixas n'a jamais vraiment perdu le fil. Après une victoire sur le prologue en ouverture, il n'a cédé son maillot jaune qu'à son coéquipier Maxime Decomble, avant de le récupérer au meilleur moment, sur le contre-la-montre de fin. Sans contestation, le coureur de Decathlon AG2R La Mondiale a dominé cette dernière étape pour s'offrir le Tour de l'Avenir.
À l'arrivée, les mêmes scènes que chaque jour de la semaine. Des petits et des grands, des fans, des photos, des autographes... et aussi des journalistes, beaucoup de journalistes pour suivre le train. Alors que la pluie bat son plein, il faut même faire un peu de place sous la tente d'interview pour faire rentrer tout le monde, obligeant certains à braver les gouttes. Mais comment s'en étonner, la coqueluche du cyclisme français succède à David Gaudu, dernier vainqueur français de l'épreuve Espoir, en 2016, et s'impose encore un peu plus comme une nouvelle star de son sport. DirectVelo était présent à La Rosière pour recueillir les premiers mots de Paul Seixas, vainqueur de cette édition 2025 du Tour de l'Avenir.
DirectVelo : L'équipe de France a remporté le Tour de l'Avenir, par ton intermédiaire !
Paul Seixas : Je suis très content, ça montre que malgré le fait que je ne sois pas à 100%, j'arrive quand même à être là dans le match, à m'accrocher toute la semaine et à aller chercher la gagne, donc c'est le plus important. Le fait que mentalement je me sois accroché aussi. Des fois, quand on n'a pas les bonnes sensations sur le vélo, on prend des petits coups au moral. Je pense que c'est un cap mental, c'est dans les moments durs qu'on se rend compte de la véritable difficulté de ce sport. J'avais le statut de favori et ce n'était pas forcément facile à assumer avec ma forme, mais je n'ai jamais rien lâché et j'ai réussi à m'accrocher jusqu'à la fin pour aller chercher cette victoire.
Qu'est-ce que ça représente pour toi ?
Ça représente beaucoup quand même, c'est la plus grosse course Espoir, je pense que ça va être la seule de ma vie alors pouvoir la remporter, c'est quand même magnifique.
« JE ME DEMANDAIS SI JE DEVAIS VRAIMENT VENIR »
Qu'est-ce que tu as appris cette semaine dans ce rôle de leader ?
Franchement, c'était une super semaine avec des coureurs que je ne connaissais pas forcément tous, avec qui je n'ai pas l'habitude de courir et ça s'est super bien passé. On a formé un super groupe, il y avait une super bonne ambiance. Toute l'équipe a fait un boulot exceptionnel tout au long de la semaine. Maxime (Decomble) a pris le bon coup, il a été très solide, il s'est battu mentalement, physiquement, c'était impressionnant. Victor (Loulergue) a fait un gros, gros boulot pour me placer, Pierre-Henri (Basset) et Louka (Lesueur) ont roulé, et Antoine (L'hote) a été encore un atout très solide dans les arrivées, très costaud dans les bosses. Franchement avec une équipe comme ça, il ne peut y avoir que de la réussite, c'est magnifique.
Certains pensaient que tu gagnerais facilement, n'est-ce pas encore plus beau de gagner de cette manière, au bout de la dernière étape ?
Bien sûr c'est encore plus beau, c'est ça le sport. J'étais dans le dur, et ça a fait qu'il y avait match jusqu'au chrono, c'était serré. Ça m'a permis justement de me battre jusqu'à la fin et de ne pas avoir la victoire acquise. Tu as des moments difficiles dans la tête, tu prends des coups sur la tête, et tu te dis « est-ce que j'ai le niveau finalement pour gagner ? ». Même avant la course, je me demandais des fois si je devais vraiment venir au vu de mes stats sur les entraînements. Ça ne vient pas tout seul, le staff m'a vraiment bien pris en charge, tout était parfait, ils ont tout fait pour qu'on soit au tip-top. Il y a eu un seul problème, parce qu'un coureur m'est rentré dedans, donc ce n'était pas de la faute de l'équipe. Dans ces conditions, peu importe la pression qu'il y a derrière, peu importe tout ce qui se passe, on veut mettre la balle au fond.
« PAS FACILE QUAND TU N'ES PAS À 100% ET PAS PLUS FORT QUE LES AUTRES »
Comment tu as géré ce chrono ?
Au départ, je voulais un peu gérer au capteur de puissance, j'ai vite vu que soit je n'étais pas dans le match, soit mon capteur de puissance était faux. Heureusement, il était faux, mais je ne me suis pas affolé pour autant. J'ai vu que Lorenzo Finn n'était pas trop loin devant, j'arrivais à faire des petits écarts. Je voyais que Widar lui avait vite repris 30 secondes, je l'avais en point de mire de temps en temps, je savais que je faisais un bon chrono, parce que Lorenzo est un adversaire très costaud. Après, j'ai cru que j'étais en retard sur Widar. Je ne me suis pas déstabilisé. J'ai fait un pointage et j'ai vite vu que j'avais une belle avance. Ça m'a transcendé, forcément. J'ai fini comme j'ai pu, j'étais à bloc, à bloc, à bloc, je n'ai pas pu accélérer, même si je le voulais. Finalement, ça l'a fait, et c'est magnifique.
On sent que tu n'as pas puisé que physiquement...
Bien sûr, et c'est ça qui est bon : les ressources mentales que j'ai dû aller chercher, les moments de doute, la difficulté, le fait que ce ne soit pas comme sur les autres courses pro où j'arrive sans pression et que ce n'est que du bonus. Là j'arrive avec le statut de favori, avec d'autres, et il faut que je l'assume. Ce n'est pas facile quand tu n'es pas à 100% et que tu n'es pas plus fort que les autres, mais il ne faut jamais abandonner, et toujours se battre jusqu'à la fin.
« CE N'EST PAS UNE OCCASION QUE J'AI SOUVENT CHEZ LES PROS »
Tu succèdes à David Gaudu, c'est important pour le cyclisme français aussi ?
Je l'ai vu remporter le Tour de l'Avenir, ça m'avait fait rêver, et depuis je regarde le Tour de l'Avenir avec attention. C'est quand même le Tour de France des Espoirs, c'est magnifique de pouvoir le remporter en succédant à David. J'espère que ça va continuer ainsi. Je voulais courir avec panache, ce n'est pas une occasion que j'ai souvent chez les pros, quand on tombe sur des adversaires comme Pogacar, ou d'autres. Ils sont beaucoup plus forts que moi, la seule chose qu'on a à faire, c'est s'économiser toute la semaine, rester dans les roues, et aller chercher un Top 10 ou ce qu'on peut. Être à l'attaque, ce n'est pas forcément une chose que j'ai pu faire depuis le début de saison, et je n'ai pas gagné de courses. Là, j'ai pu jouer devant comme en Junior, et c'était un réel plaisir.
Tu as cité Tadej Pogacar, lui aussi figure au palmarès du Tour de l'Avenir. Cette victoire va encore renforcer les attentes autour de toi...
Oui, après, mais je ne prête pas trop attention aux attentes. Chaque année est différente, c'est un grand champion, et pour l'instant, je ne me compare pas à lui. C'est quelqu'un de différent, lui c'est peut-être un des plus grands champions cyclistes de tous les temps. Moi, pour l'instant, je suis mon propre chemin, je ne suis pas du tout à ce niveau-là. Je progresse à mon rythme, et petit à petit je vais espérer progresser encore.
« ON PEUT ENCORE FAIRE DES ERREURS »
Tu as eu une discussion avec François Trarieux sur une erreur commise. Ça te fait du bien aussi qu'on te dise vraiment les choses ?
Bien sûr, je pense que c'est quelque chose qu'il faut prendre en compte. Je ne savais pas trop encore si j'étais vraiment à 100% hier, et ça a été la preuve que je ne l'étais pas au vu de mes données, même s'il n'y a pas que ça. Je n'ai pas fait de stage en altitude, j'ai essayé de courir en favori, je me suis fait battre, j'ai fait des petites erreurs, et ça fait partie de l'apprentissage. Je cours le Tour de l'Avenir, on peut encore faire des erreurs, et toute erreur est bonne à prendre. Le plus important à la fin, c'est d'avoir gagné.
C'était ta dernière course Espoir, tu vas devoir passer le cap...
C'était la course Espoir à faire, j'ai réussi à la gagner, je suis très content de ça. Maintenant, il faut passer aux courses professionnelles, ça va être dur, mais la progression est encore longue, le chemin aussi, il y en a beaucoup à faire, des kilomètres à avaler en plus, et plein d'autres choses. Plein de petits détails qui vont faire la différence. Le plus important, c'est de rester sur son chemin, et c'est ce que je fais pour l'instant, tout se passe bien.
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