François Trarieux : « On ne pouvait pas espérer beaucoup mieux »

Crédit photo Philippe Pradier / DirectVelo

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Le maillot jaune a changé d’épaules au terme de la deuxième étape du Tour de l’Avenir entre Saint-Symphorien-sur-Coise et Vitry-en-Charollais. Paul Seixas perd la tête du classement général au profit de son compatriote Maxime Decomble, auteur d’un beau rapproché après une échappée. Une stratégie payante expliquée par François Trarieux, directeur sportif de l’équipe de France, au micro de DirectVelo.


DirectVelo : La stratégie était de dynamiser la course et d’essayer d’avoir constamment un coup d'avance ?
François Trarieux : On voulait effectivement garder un coup d'avance. Je leur avais demandé de courir cette étape comme une course d'un jour au vu des routes et du profil. On ne voulait pas être dans une position défensive à toujours devoir rouler pour reprendre les échappés. Maxime (Decomble) a bien exécuté les consignes : un gros travail à l'avant pour tenter de sortir. Il a bien été aidé par les autres, qui ont vraiment bossé en début de course. C’était idéal d’avoir pu mettre Louka (Lesueur) avec lui devant. Derrière, les gars n’avaient plus qu’à contrôler pour Paul (Seixas) dans le peloton. Je leur avais demandé de rouler un peu à la fin pour sécuriser notre position et obliger certains coureurs bien classés au général à prendre des relais plus appuyés, histoire de leur faire user quelques cartouches. L'idée était de ne pas les laisser partir pour rien. C'était une stratégie double. Ça permet d’être à l'avant avec deux coureurs qui arrivent pour la gagne. Ils ont eu leur chance. On ne pouvait pas espérer beaucoup mieux depuis le début de ce Tour de l’Avenir. Maintenant, il faut que ça continue.

Quand un gros groupe comme celui-là est sorti, tu pensais que ça pouvait aller au bout et piéger les sprinteurs ?
De toute façon, les équipes de sprinteurs comme la Grande-Bretagne avaient placé un coureur devant. On a vu qu'ils roulaient un peu au début pour tester si d'autres nations allaient venir collaborer, puis ils se sont arrêtés. C’était un jeu de dupes de la part de certaines formations. Pour le coup, la Belgique ne fait pas une très grande opération. Après, on sait très bien qu’ils jouent tous pour Jarno Widar. On verra ce week-end. Globalement, je suis quand même très satisfait de tout ce qu'on a pu mettre en place. Maintenant, il faut se projeter sur la journée de demain (mardi) qui ne sera pas facile. 

Est-ce qu'il y a un moment où il ne fallait pas que l'écart augmente davantage ? 
Devant, il y avait Simon Dalby et Filippo Turconi, ce sont quand même des clients pour le classement général. C’est toujours un peu délicat de savoir s’il faut enterrer le peloton ou s’il faut jouer avec les gars derrière. À un moment, j’ai demandé aux gars de ne plus rouler, et dans le final, je leur ai dit de ne pas prendre de risques et de se positionner à l'avant. Ils ont un peu roulé et mis quelques cartouches, mais ce n'était pas non plus sur une partie très difficile. Ça a permis de replacer Paul (Seixas) pour ne pas prendre de risques. 

« MAXIME EST NOTRE DEUXIÈME CARTE POUR LE GÉNÉRAL »

Avec le maillot jaune sur les épaules de Maxime Decomble, est-ce que Paul Seixas se retrouve dans une situation plus confortable ?
Paul (Seixas) a passé une journée tranquille autour de ses coéquipiers qui ont fait un super boulot, il faut vraiment le souligner. Tout dépendra de ses sensations dans les prochains jours. Les Italiens ont mis un leader à l'avant, les Danois ont placé leur carte maîtresse, donc ils vont être obligés de travailler quand il le faudra. Les dernières étapes se feront à la pédale, on verra réellement le niveau de chacun. Il ne faudra pas perdre de temps sur les favoris. Ce scénario était une hypothèse, mais il valait mieux laisser le maillot à Maxime plutôt qu'à un coureur d'une autre nation. Pour l'instant, la situation est parfaite. On va bien débriefer avec les gars sur leur ressenti. Chaque jour passé est un pas de plus vers la fin de semaine qui sera le sommet de ce Tour de l’Avenir. 

Comment veux-tu utiliser Maxime pour le reste de la semaine ?
Maxime est notre deuxième carte pour le général. Il devient leader du classement après cette étape, donc c'est très bien pour lui. Il faut imaginer des scénarios un peu différents tous les jours pour remettre en question les adversaires. Pour l'instant, on a réussi nos premières journées. Dimanche, on avait gagné quelques secondes grâce à une cassure, aujourd'hui (lundi) on met le maillot sur les épaules de Maxime. C’est positif pour commencer la semaine.

« À NOUS DE MIXER LES STRATÉGIES »

L’équipe de France garde quand même le poids de la course sur les épaules ?
Certaines équipes ont envoyé des coureurs en embuscade pour le classement général. Forcément, ça va les obliger à rouler s'ils veulent défendre leurs chances. Ça fait deux étapes de suite que la Grande-Bretagne gagne. Ils vont tantôt vouloir jouer la carte sprint et tantôt essayer de mettre des mecs à l'avant dans l’échappée pour ne pas avoir tout le poids de la course sur eux lors des sprints. À nous de mixer les stratégies. L'idée est de continuer là-dessus. Il y aura encore deux étapes piégeuses dans les prochains jours. Sur la deuxième étape, il y avait 1800 mètres de dénivelé positif : il ne faut pas avoir fait de vélo pour dire que c'était une étape de plaine. On savait que ça allait être usant. donc il fallait être acteur dès le départ pour créer des cassures, provoquer du mouvement, obliger les autres nations à faire des efforts et qu'on ne soit pas en position défensive tout le temps. À la longue, ça crame les mecs. Je suis très content de ce que les gars ont fait. 

Vas-tu continuer de miser sur une course de mouvement ?
Je n'ai pas encore réfléchi, l'arrivée vient juste de se faire. C'est également important de discuter avec les coureurs pour comprendre comment ils voient la course. J'ai un plan en tête à chaque étape, mais il faut toujours que ça soit validé aussi bien par les coureurs que dans la vision globale de l'équipe. Ça oblige certains à s’employer en tête du peloton, ce n'est pas toujours gratifiant, mais les mecs font un super travail. Pour Paul, perdre le maillot jaune lui allège des formalités le soir avec les podiums, ça lui permettra d’avoir un peu plus de temps de récupération.

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