Valentin Tabellion : « J'ai encore à apporter »

Crédit photo Nicolas Mabyle / DirectVelo

Crédit photo Nicolas Mabyle / DirectVelo

Il n’a plus accroché de dossard depuis le 23 mars dernier. Après cinq mois d’absence en raison d’une phlébite, Valentin Tabellion a repris l'entraînement il y a environ deux semaines. Le pensionnaire de Van Rysel-Roubaix commence à retrouver des sensations au fil des jours. Il revient sur ce qu’il a traversé durant cette pause forcée et exprime son envie de reprendre la compétition au micro de DirectVelo.


DirectVélo : Comment vas-tu après cette longue absence ?
Valentin Tabellion : Ça va mieux. Ce n'était pas forcément physiquement que ça n’allait pas, c'était surtout moralement et mentalement. J'ai eu des douleurs pendant une grosse semaine et puis après, je n'ai plus rien senti. J'ai passé quatre mois et demi sans vraiment être malade et sans avoir le moindre souci. J’étais sous anticoagulant. Les sorties que j’avais le droit de faire et dans lesquelles je prenais du plaisir, étaient la course à pied ou la marche. Je faisais également un peu de home-trainer et du renforcement, mais je n'avais pas la possibilité de sortir le vélo. C'est ce qui était le plus dur.

Que t'est-il arrivé ? 
Ils ne savaient pas trop ce que j’avais au départ, j'ai dû consulter plusieurs médecins. Mais nous avons fait le lien avec le GP de Denain. J'avais perdu un bidon sur un secteur et c'était le dernier qu’il me restait. J'ai couru une cinquantaine de kilomètres sans boire. J'ai vraiment poussé mon corps dans ses retranchements parce que j'étais placé pour aller chercher un bon résultat. J'ai réussi à reprendre deux bidons avant la fin. J’ai directement bu le premier d’une traite et j’ai gardé une partie du second pour finir les 20 derniers kilomètres. Ça m'a un peu soulagé, mais j'ai terminé en étant vidé comme rarement. Le soir, en rentrant à la maison, j'ai énormément bu, ce qui était inhabituel pour moi. Le lendemain matin, je me suis levé avec le mollet gauche dur, comme si j'avais une crampe en continu. C'était assez spécial, mais je pensais que c'était dû à l'effort. 

Trois jours plus tard, tu as enchaîné avec Cholet Agglo Tour… 
J’ai couru pendant 110 kilomètres. Par chance, j'ai croisé un de mes anciens kinés qui m'a conseillé d’aller voir ma médecin du sport. C'est ce que j'ai fait. Elle m'a annoncé que j'avais une phlébite. C'était le coup de massue, parce que tout allait bien pour moi. Je me sentais en forme physiquement. La semaine d'avant, j'avais battu mon record de watts. Je n’avais jamais fait un début de saison aussi bon. La dernière prise de sang a confirmé que mon problème était lié à ma déshydratation au GP de Denain. Heureusement, ce n'est pas une phlébite artérielle, mais une phlébite musculaire. Si ça avait été vraiment très grave, les 110 kilomètres de Cholet auraient pu transformer cette phlébite en embolie. On va dire que ça finit bien

« ÇA NE POUVAIT PAS S'ARRÊTER DE CETTE MANIÈRE »

Tu t'attendais à une absence aussi longue ?
Je n'y pensais pas du tout. Tant qu'on ne fait pas les examens nécessaires, on ne peut pas détecter une phlébite. J'avoue avoir été complètement largué à ce niveau-là. Au début, on m'avait annoncé six semaines d'arrêt. Forcément, quand on est sportif, on regarde un peu tout et n'importe quoi sur internet, et j'essayais de me rendre compte de ce que c'était. J’ai vite compris qu’une phlébite nécessite entre trois et six mois de traitement. C'est quand même assez long. On a vu qu'Enric Mas en avait fait une sur le Tour de France et qu'il devait arrêter sa saison. C'est logique quand on connaît la durée du traitement, mais je ne savais pas tout ça. Les différents médecins que j’ai vus m’ont confirmé que je devais faire trois mois de traitement. Finalement, j'ai fait quatre mois et demi de soins.

Comment as tu vécu cette période ? On imagine que ça n'a pas été simple après ton bon début de saison...
C'était un peu les montagnes russes. Parfois, tout allait bien et puis après, c’était l’inverse. Il y a des semaines où je faisais de l'activité sportive. J’arrivais à me remettre dans le rythme avec un peu de musculation et pas mal de courses à pied. Je prenais l'air et ça me faisait un peu oublier tout ça. Et puis, il y a des semaines où j'étais à la maison devant la télé ou la console de jeu parce que je n'avais rien envie de faire. 

Mais tu as tenu…
Mes proches et mes coéquipiers m’ont fait tenir : ils croyaient davantage à une issue positive que moi-même. C'est ce qui me reboostait moralement et mentalement. Ça n'a pas été simple, mais plus le temps passait, plus je me disais que ça ne pouvait pas se terminer comme ça. Je n'arrivais pas à imaginer une fin de carrière à cause de ce problème. 2024 avait été une année riche en découvertes et en émotions avec les Jeux Olympiques. J'essayais de me convaincre que ça ne pouvait pas s'arrêter de cette manière. Ma première volonté était de remonter sur le vélo. Dans ces moments-là, on se rend compte de la chance qu’on a de pouvoir faire ce métier. Même s'il y a des journées plus dures, on vit de notre passion. J'ai pris conscience de plein de choses. Ça m'a rendu plus fort mentalement.

« MA PREMIÈRE VICTOIRE, C’EST DÉJÀ D'ÊTRE SUR LE VÉLO »

Comment se passent les séances d'entraînement depuis ton retour ?
J’ai eu le feu vert des médecins le 6 août et je suis remonté sur le vélo le 8. Ça ne fait pas si longtemps, mais j'ai réussi à bien remettre en route. C’était une longue coupure, mais peut-être un mal pour un bien : mon corps et mon esprit sont remis d'aplomb. Depuis une quinzaine de jours, je me sens vraiment bien à l'entraînement, donc c'est de bon augure. Je me suis quand même bien entretenu durant cette période de pause, et je pense que ça m'a aidé. J'ai réussi à faire de vraies séances, donc je suis content. Au début, ce n'était pas évident, surtout sur les efforts intenses, mais je retrouve des sensations. J'arrive à rallonger mes sorties comme quand j’étais en forme. Ça me laisse bon espoir pour mon retour en course. Tout va crescendo, même s'il y aura sûrement des journées un peu moins bonnes. Pour l'instant, tous les voyants sont au vert. 

Quand espères-tu recourir ?
Je vais sûrement reprendre le 11 septembre sur la Bordes Izegem Koers, une kermesse en Belgique. C’est une course rythmée qui va me remettre dans le bain. Je ne connais pas encore la suite, ça dépendra aussi des blessés. Peut-être que je serai aligné sur le GP Fourmies, sur le GP de Wallonie et le GP d'Isbergues, mais ce n’est pas sûr. Je vais prendre tout ce qu'il y a à prendre avec l'équipe pour remettre le pied à l'étrier. Je veux me faire plaisir en retrouvant le staff et les coéquipiers, sans forcément me prendre la tête. Ma première victoire, c’est déjà d'être sur le vélo et de pouvoir faire ce que j'aime. Il ne faut pas que j'y retourne trop tôt non plus, je dois quand même retrouver un certain niveau, mais je suis impatient. Être sur les courses est toujours un peu spécial : c'est mon rythme de vie depuis un bout de temps maintenant, et je ne me vois pas faire autre chose. 

Tu es en fin de contrat. On imagine que tu as envie de prouver que tu as encore ta place ? 
Je veux au moins montrer que tout va bien et que je suis de retour avec de la motivation. C'est sûr que ce n'est pas simple pour une équipe d'avoir une absence aussi longue. J'espère que mon début de saison aura marqué les esprits. J'ai obtenu pas mal de Top 15, de Top 10 et une 2e place derrière Matthew Brennan en Classe 2. Ça me laisse de bons espoirs, même si je sais que les places sont chères. Je suis quelqu'un qui faisait déjà attention sur le vélo et en dehors, mais ce qui m'est arrivé m’a permis d'être encore plus professionnel. Depuis que j'ai repris, je fais vraiment attention à tous les petits détails. Je veux faire les bonnes choses pour revenir au plus haut niveau possible et prouver qu’ils peuvent compter sur moi. Ce n’est pas parce que j'ai eu cinq mois d'arrêt que je ne suis plus le même et que mes qualités se sont envolées. J'ai encore à apporter à l'équipe, même quand les terrains ne sont pas forcément favorables pour moi. L’envie et la détermination sont là, peut-être même encore plus qu’avant. Je me suis pas mal remis en question et je pense que ça va me servir. J'ai hâte de revenir.

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