Kasia Niewiadoma : « Je n’ai jamais été aussi forte de ma vie »

Crédit photo Freddy Guérin / DirectVelo
Elle était la tenante du titre, et s’est présentée sur les routes du Tour de France 2025 dans la forme de sa vie. Et pourtant, la Championne de Pologne Kasia Niewiadoma doit se contenter d’une troisième place finale à Châtel, largement dominée par une Pauline Ferrand-Prévot qu'elle a trouvé épatante, et hors de portée. Bluffée par la préparation physique que s’est imposée la Rémoise, la leader de la Canyon//SRAM Racing se dit prête à revoir sa façon de travailler la saison prochaine. Du moins, elle est en réflexion. DirectVelo était présent à la conférence de presse de celle qui cède son trône mais qui est parvenue à chiper une place sur la boîte à Sarah Gigante lors de cette neuvième et dernière étape. Entretien.
DirectVelo : Comment as-tu vécu cette dernière journée de course, menée tambours battants avant une longue temporisation dans un groupe de favorites très restreint ?
Kasia Niewiadoma : Ce n’était pas une journée facile. Je pense que tout le monde a énormément souffert, pas seulement la gagnante ou celles qui étaient en tête, mais chaque coureuse qui a participé à cette journée, à cette bataille. Pour être honnête, l’étape d’hier (samedi) ne s’est pas déroulée comme je l’avais espéré. Aujourd’hui, j’avais les crocs, je voulais vraiment tout donner dans les ascensions comme dans les descentes pour gagner une place et monter sur le podium final.
« C’EST JUSTE… DINGUE ! »
Le Tour s’est joué dans la Madeleine, après une semaine à se battre à coups de bonifications…
Oui, tout le monde était un peu sur la retenue. On se regardait toutes, on attendait le bon moment pour attaquer. J’imagine que les côtes des étapes précédentes n’étaient pas assez longues, pas assez raides pour tenter quelque chose en espérant faire la différence.
N’y avait-il pas du temps à reprendre en début de Tour ?
Je ne sais pas trop, je pense que nous étions six ou sept de niveau globalement équivalent. Le parcours était fait de montées assez roulantes, tu pouvais suivre assez facilement dans les roues, ce n’était pas vraiment propice à tenter des choses, pour ensuite s’exposer à un contre et faire l’élastique. C’est sûrement la raison pour laquelle on a toutes préféré attendre la grande explication en montagne.
Tu étais la tenante du titre. Te considères-tu à ta place ?
J’ai eu du mal à trouver mon rythme dans la Madeleine, ce n’est pas forcément l’ascension qui me convient le mieux. Plus généralement, tout le monde parle de progression, et on progresse toutes, mais au final, c’est la vainqueure qui fait les plus grands progrès, avec les écarts les plus importants. C’est fou, parce qu’honnêtement, en arrivant sur ce Tour, j’étais super confiante, je n’ai jamais été aussi forte de ma vie. Mais ensuite, tu prends une claque quand tu vois que tout le monde vole littéralement et que tout le monde vise cette course. C’est la priorité N°1 pour chaque équipe. Donc automatiquement, c’est juste… dingue ! J’étais plus forte qu’avant mais d’autres l’étaient aussi. Je suis simplement super heureuse que ce soit fini, je n’en pouvais plus de devoir me conditionner mentalement à une telle bataille, chaque jour. Au bout d’un moment, je n’ai pas envie de dire de gros mots mais tu finis par devenir une vraie garce (rire).
« PAULINE ÉTAIT HORS DE PORTÉE »
Arrives-tu à relativiser cet échec, tant Pauline Ferrand-Prévot s’est montrée impériale ?
Oui, je suis clairement heureuse, en réalité. Ma saison n’avait pas été particulièrement réussie jusque-là, alors ce podium est quand même un peu comme une victoire. Bien sûr, gagner, c’est autre chose, mais Pauline était hors de portée, pour être honnête. Elle était à un autre niveau que nous. Quand tu te fais battre de cette façon-là, tu peux plus difficilement avoir des regrets. On s’est battues, derrière, pour les accessits.
Quel regard portes-tu sur le retour de Pauline sur la route et ce triomphe, toi qui a été sa coéquipière lors de votre première partie de carrière chez les pros ?
Je suis heureuse pour elle. Pauline a disputé ce Tour à domicile, c’était quelque chose à voir. Chaque personne sur le bord de la route criait son prénom. Ce devait être super spécial pour elle, pour ses amis, sa famille, pour tous les fans français. Et peut-être même pour les futures jeunes coureuses françaises. Elle voulait vraiment marquer un grand coup et elle l’a fait. On connaît toutes Pauline, c’est une belle personne, on ne peut être qu’heureuses pour elle. C’est fantastique pour le cyclisme féminin français et c’est aussi la preuve que parfois, il est peut-être préférable de se consacrer pendant des mois à un seul objectif spécifique, plutôt que d’essayer de performer sur de nombreuses courses du calendrier.
Envisages-tu d’en faire de même, de changer ta préparation en 2026 ?
Je ne sais pas. J’avoue que l’idée m’a traversé l’esprit, c’est vrai, parce qu’on voit que ça a fait une vraie différence pour Pauline. Mais je pense malgré tout que chaque athlète est différente et fonctionne à sa façon. Moi, j’aime courir, j’ai besoin d’enchaîner. Je ne suis pas sûre d’être prête à consacrer la moitié de ma saison à la seule préparation du Tour de France. On ne sait jamais ce qu’il peut se passer… Mais suivant le parcours proposé, pourquoi pas.
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