Marion Rousse : « Elle est hors norme »

Crédit photo Freddy Guérin / DirectVelo

Crédit photo Freddy Guérin / DirectVelo

Pour la quatrième édition du Tour de France Femmes en tant que directrice de l'épreuve, Marion Rousse a vu pour la première fois une Française l'emporter au classement général final. Et pas n'importe laquelle, puisqu'elle côtoyait déjà Pauline Ferrand-Prévot dans les jeunes catégories, lorsqu'elle pratiquait elle-même la compétition. Ce week-end riche en émotions restera forcément gravé dans la mémoire de la patronne de la Grande Boucle, avec laquelle s'est entretenu DirectVelo à Châtel. Entretien.


DirectVelo : Les images de tes différents câlins avec Pauline, et de vos larmes respectives, ont fait le tour du monde depuis 24 heures. Que ressens-tu au terme de ce Tour de France ? 
Marion Rousse : Je crois que je vais avoir besoin de quelques heures avant de redescendre parce que depuis hier, c'est juste incroyable ce qu'il se passe, pour le sport en règle générale, et pour le sport français. Depuis le premier jour, depuis ce départ à Vannes, tout est parfait. La foule est présente. Les coureuses nous ont fait un spectacle incroyable. En plus, quand t'as quatre victoires françaises à la suite et Pauline qui vient chercher le maillot jaune, tu as l'impression que tout était écrit tellement c'est beau. 

Tu avais une nouvelle fois échangé avec elle ce matin au départ de la dernière étape... 
Oui, je l'ai vue. On a bien parlé. Je crois qu'elle aussi a besoin de redescendre un peu. Mais connaissant Pauline, je pense qu'elle a encore plus envie de marquer les esprits. Gagner Paris-Roubaix et le Tour de France, la même année… Elle est hors norme. 

« ILS M'ONT TOUS DIT QUE LE VÉLO A GAGNÉ »

Qu’est-ce qui a fait la différence cette année ?
Je crois que c'est un talent. Je la connais depuis toute petite. Depuis qu'on a commencé la compétition ensemble, elle a toujours gagné toutes ses courses. Elle a toujours eu un truc en plus. Quand tu allies ça avec le sérieux, la persévérance et un mental de championne, souvent tu as des coureuses ou des coureurs hors normes. Pauline en fait partie. J’ai parlé avec Stéphen Delcourt, Kasia Niewiadoma, Demi Vollering... Toutes et tous sont contents pour le cyclisme, parce qu'ils m'ont tous dit que le vélo a gagné. Surtout, les filles sont hyper revanchardes pour l'année prochaine. Elles m'ont dit qu'elles savent qu'il faudra travailler encore plus dur pour arriver au niveau de Pauline. 

Comment tu as vécu sa victoire ?
Ce que j'ai aimé, c'est de le vivre aux premières loges. Je ne travaille pas qu'une semaine pour préparer la course, c'est vraiment un travail qu'on fait tout au long de l'année. C'est un vrai travail d'équipe. Quand il est récompensé avec de si belles courses, de si belles vainqueures, tu as envie de donner encore davantage pour les années futures. C'est chouette quand tu travailles dur et que ton travail est récompensé. C'est magnifique. Pour Pauline, il y avait peut-être plus le choc d'avoir le maillot jaune pour la première fois de sa carrière hier qu'aujourd'hui.

« ON S'EN SOUVIENDRA TOUS »

Quelle empreinte va-t-elle laisser dans l'histoire du sport, dans l'histoire aussi de ce Tour, du cyclisme féminin ?
 
Je crois que Pauline n'avait même pas besoin de notre compétition pour marquer l'histoire de son sport. Elle avait déjà tout gagné. Ce qui est fort avec elle, c'est qu'elle a gagné dans des disciplines différentes. Elle a gagné en cyclocross, en VTT, sur route. Elle est exceptionnelle. On ne parle même pas d'athlète féminine ou d'athlète française. On parle d'athlète tout court. Elle a vraiment marqué l'histoire de son sport. On s'en souviendra tous.

Que peux-tu nous dire quant au parcours de 2026 ? 
Qu'il est pratiquement tracé, je ne vais pas vous mentir. On a toujours un an d'avance. Je suis même sur le parcours de 2027, à vrai dire. Je crois que ce qu'on a vu aujourd'hui et tout au long de la semaine montre à quel point le cyclisme féminin a toute sa place à la télévision, à toute sa place en appellation “Tour de France”. Ce que j'ai vu, ce n'est pas un Tour de France Femmes avec Zwift, c'est un Tour de France. C'est la plus belle réussite qu'on pouvait avoir. J'étais avec les parents de Pauline au pied du podium. Ils me disaient : “Tu te souviens, il y a 20 ans, quand vous étiez toutes les deux à faire la guerre aux garçons sur les courses, il y a un beau chemin qui a été parcouru”. Ils ont bien résumé la situation. Et pour moi, ce Tour est le plus abouti et le plus accompli que j’ai pu faire en tant que directrice. J'ai vu un vrai Tour de France. 

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