Pauline Ferrand-Prévot : « C’est le rêve d’une petite fille »

Crédit photo Freddy Guérin / DirectVelo

Crédit photo Freddy Guérin / DirectVelo

Le suspense était total, ce samedi midi, à 24h de l’arrivée finale du Tour de France. Qui de Pauline Ferrand-Prévot, Kasia Niewiadoma ou encore Demi Vollering allait prendre le dessus dans cette course au maillot jaune, lors de l’explication tant attendue dans les pentes du Col de la Madeleine, alors que les favorites s’étaient jusque-là battues à coup de secondes de bonifications ? En manque de repères sur les courses par étapes depuis son retour sur la route, la Rémoise de la Visma s’est finalement avérée être (largement) au-dessus du lot, écrasant la concurrence dans les dix derniers kilomètres d’ascensionDirectVelo était présent à l’arrivée de cette huitième étape historique pour recueillir la réaction de la nouvelle maillot jaune de la Grande Boucle.


DirectVelo : Tu viens de réaliser une performance exceptionnelle !
Pauline Ferrand-Prévot : C’était incroyable, cette montée, vraiment. Sincèrement, je ne savais pas comment j’allais être par rapport à Demi (Vollering), Kasia (Niewiadoma) ou Sarah (Gigante). Je partais véritablement dans l’inconnu. Je savais que j’étais bien personnellement, de par mes sensations, mais par rapport aux autres, je ne savais pas ce qu’il en était. J’avais bien reconnu et préparé cette montée finale et ça l’a fait aujourd’hui.

Comment as-tu vécu cette ascension de la Madeleine ?
En début de montée, ça roulait déjà vite mais je sentais que j’en avais encore sous la pédale. Quand Sarah y est allée, j’ai senti que j’étais encore bien. Je voulais d’abord voir si Demi allait réagir, car je n’avais aucune idée de comment elle était. J’ai vu qu’elle n’y allait pas alors j’ai décidé d’y aller moi-même. J’étais encore en contrôle, je n’étais pas à la limite. Je savais que c’était un effort à gérer sur 1h20, pratiquement 1h30 de montée. C’était un peu comme un effort de VTT. Il fallait se mettre au niveau de la zone rouge sans la dépasser. Je sais assez bien le faire, gérer ce genre d’efforts.

« AUTANT AVOIR UN MATELAS PLUS CONFORTABLE AVANT LA DERNIÈRE ETAPE »

Tactiquement, l’équipe a bien joué le coup avec la présence de ta jeune compatriote Marion Bunel à l’avant… 
Elle m’a attendue pour me faire le train dans la montée. C’était une superbe tactique d’équipe. J’ai pu récupérer à ce moment-là, à environ sept kilomètres de l’arrivée, ça m’a servi de rampe de lancement sur la partie un peu moins pentue, pour ensuite lâcher Sarah et partir seule. C’est génial. C’est un travail d’équipe, comme ça l’a été tout au long de la semaine.

À quoi as-tu pensé dans le dernier kilomètre ?
J’étais super contente mais dans le même temps, j’étais aussi concentrée, je ne devais pas me relâcher, perdre de temps, car il reste encore une étape. Autant avoir un matelas plus confortable avant la dernière étape. C’était à la fois de la joie et de la souffrance. Un peu plus tôt dans la montée, aux cinq kilomètres, il y avait Papa et Maman qui m’ont donné le dernier bidon. Je n’ai pas voulu les regarder sinon j’allais me mettre à pleurer. Ils sont tout pour moi. Cette victoire, c’est aussi pour eux.

« MENTALEMENT, ÇA M'A BOOSTÉE »

Ton avance est considérable !
Ce n’est pas gagné d’avance, il faudra finir le travail demain (dimanche). Ce que j’ai fait aujourd’hui, je dois me forcer à en profiter, déjà. Un an après les Jeux, revenir sur la route et gagner ici sur ce col mythique, c’est assez incroyable. J’arrive à me mettre des challenges, me motiver pour les réussir. C’est ce que j’adore dans mon sport : tout donner pour être prête le Jour-J, et c’était le cas ici.

Tu manquais de repères face à Demi Vollering, notamment. As-tu été surprise de la différence de niveau entre toi et tes principales rivales ?
Oui, j’ai été surprise. Mentalement, ça m’a boostée de voir qu’elle ne suivait pas quand j’y suis allée mais je ne voulais pas me déconcentrer, il restait encore de la route. J’ai bien récupéré dans la roue de Marion et c’est pour ça que j’ai décidé de lâcher Sarah. Partir seule était un sentiment incroyable. 

« C'ÉTAIT TRÈS ÉMOUVANT POUR MOI »


Cette victoire, c’est celle d’une longue et intense préparation, dans l’ombre…
C’était une longue préparation oui, depuis le Mondial sur route l’année dernière. Après les Jeux Olympiques, c’était risqué mais je sais ce qu’il me faut pour réussir. Parfois, ça peut paraître un peu bizarre. Des gens peuvent se dire que je n’y arriverai pas mais moi, je sais ce qu’il me faut pour réussir. Si l’équipe et mes proches me laissent faire ce qui est bon pour moi, je sais que je peux atteindre les objectifs que je me suis fixés. C’était un pari osé mais ces derniers mois de préparation ont été bénéfiques. Maintenant, à 33 ans, j’ai beaucoup d’expérience, grâce à l’appui de l’équipe et de mes proches, encore une fois. Un grand merci à eux de respecter la personne que je suis.

On t’a vue en larmes lors de ta première interview avec Marion Hérault-Garnier, puis une nouvelle fois en pleurs dans les bras de Marion Rousse !
Ce maillot jaune, c’est le rêve d’une petite fille. C’était vraiment émouvant pour moi, on a couru ensemble avec Marion, on est bonnes amies. Depuis quelques jours, tout le monde me disait que j’allais prendre le maillot à la Madeleine mais ce n’était pas fait. J’ai réussi à faire ce que je voulais faire. Ça va me faire bizarre de porter le maillot demain. 

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