Lenny Martinez : « J’ai moins peur du Tour »

Crédit photo Xavier Pereyron / DirectVelo

Crédit photo Xavier Pereyron / DirectVelo

Il est l’un des tous premiers à être rentré dans l’arène, au centre de la salle Jean-Marie Leblanc. Ce mercredi après-midi, la Bahrain Victorious organisait son habituelle conférence de presse en marge du grand départ du Tour de France, à Lille. L’occasion pour les journalistes français et internationaux de prendre la température avec celui qui devrait être l’une des grandes attractions des trois prochaines semaines côté tricolore, Lenny Martinez. Très bon depuis le début de saison, avec des victoires d’étapes sur Paris-Nice, au Tour de Romandie et plus récemment au Critérium du Dauphiné, le grimpeur de 21 ans va tenter de remettre le couvert, en ce mois de juillet, lors de la plus grande course au monde. DirectVelo était présent sur place, au milieu d’une petite vingtaine de confrères, pour recueillir les impressions de l’Azuréen. Entretien d’avant Tour.


DirectVelo : Où en es-tu depuis le Dauphiné ?
Lenny Martinez : J’ai bien récupéré depuis le Dauphiné. Je pense être prêt et en forme pour le Tour.

Qu’en espères-tu ?
Je vais plutôt viser les étapes. Si j’arrive à aller chercher une victoire d’étape avec une arrivée au sommet par exemple, je pourrai peut-être commencer à prendre des points pour le maillot à pois, mais ça viendra en second. Je commencerai peut-être à y penser si j’arrive déjà à faire de bons résultats sur des étapes. Je préfère gagner une étape que faire un Top 10 au général, pour l’instant. Je prends beaucoup de plaisir à essayer de chasser les étapes même si je sais qu’à l’avenir, je jouerai sûrement le général. Pour le moment, j'ai conscience que je suis encore très loin de pouvoir gagner le Tour de France un jour. Dès le début de saison, on avait planifié que j’allais jouer les étapes cette année, et Santiago (Buitrago) le général.

« JE PRÉFÈRE ÊTRE PLUS LIBRE »

Dans combien de temps souhaites-tu jouer le général ?
Honnêtement, je ne le sais pas encore. Dans deux ans, peut-être. Je sais que j’ai encore le temps, alors pour l’instant je préfère être plus libre, je préfère me faire plaisir.

Ce qui signifie que tu ne prendrais pas de plaisir à jouer le général, bien que tu le fasses sur les courses d’une semaine ?
Je prends quand même du plaisir à jouer le général mais disons que ce sont d’autres sensations. Quand je fais un bon général, je suis satisfait de ce que j’ai accompli. Mais quand on gagne une étape, c’est une sensation très différente que l’on ressent en passant la ligne d’arrivée. C’est dur à décrire, ça ne dure pas longtemps, mais c’est un truc de fou. Ce sont deux choses complètement différentes.

Tu dis être “encore très loin de pouvoir gagner le Tour…”. Où penses-tu te situer dans la hiérarchie mondiale à l’instant-T, pour un général de Grand Tour ?
Vraiment très loin. On a vu sur le Dauphiné que Pogacar a encore passé un gros palier. Pour l’instant, il n’y a aucune question à se poser quant à mon niveau par rapport à des mecs comme ça. C’est juste impossible… Ça va beaucoup trop vite. Je ne saurais pas dire en termes de pourcentage, mais j’en suis loin. Il y a quelques années, ça roulait moins vite. Là, le niveau est incroyable.

« JE NE ME POSE PAS TROP DE QUESTIONS »

As-tu coché des étapes en particulier ?
Bien sûr, j’ai coché pas mal d’étapes. J’aime bien celle de Mûr-de-Bretagne, par exemple. J’aime aussi celle du Mont Ventoux et celle au Mont-Dore. Il y a beaucoup d’étapes que j’aimerais gagner, mais n’importe laquelle serait top à gagner.

Et le chrono de Peyragudes ?
Oui, j’ai oublié de mentionner cette étape-là mais ce sera un objectif, même si on sait qu’il va être compliqué de battre des coureurs comme Tadej Pogacar ou Jonas Vingegaard car ils font souvent de très grosses performances sur les chronos. Mais dans un bon jour, je peux ne pas être si loin que ça. Je viserai cette étape pour y faire un très bon résultat aussi.     

Imagines-tu beaucoup d’opportunités pour les attaquants, ou as-tu peur à l’inverse d’une course très souvent verrouillée par les UAE et/ou les Visma ?
C’est sûr qu’il est compliqué de savoir si une échappée va aller au bout ou non. Si je prends l’exemple du Dauphiné où j’ai gagné l’étape le dernier jour, j’ai passé toute l'étape à penser que ça allait rentrer ce jour-là. À chaque fois, ça ne s’est pas joué à beaucoup. Il faut avoir de la chance et qu’il y ait beaucoup de mecs forts devant pour rouler vite. Je ne me pose pas trop de questions, je vais devant et après, si on se fait reprendre, tant pis, mais il faut essayer d’aller le plus loin possible.

« J’AI MOINS PEUR DU TOUR »

L’an passé, tu avais vécu un premier Tour de France très délicat, bien que tu l’avais terminé sur une bonne note avec ta 11e place lors du chrono final à Nice. Abordes-tu celui-ci d’une façon différente ? Et comment comptes-tu te servir de l’expérience de l’an passé pour cette édition 2025 ?
Déjà, j’ai beaucoup moins de pression que l’an dernier. On m’en avait beaucoup parlé en amont, on m’avait dit que c’était terrible. Là, maintenant, je sais à quoi m’attendre. C’est une très grande course, c’est sûr, mais ça reste une course de vélo, ça ne va pas rouler cinq fois plus vite qu’ailleurs. Maintenant, je le sais. J’ai vu comment c’était, j’ai moins peur du Tour. Surtout, la préparation a été très différente, avec beaucoup plus de temps passé en stage en altitude. Je pense que ma forme sera totalement différente, et donc que ce sera un Tour totalement différent de celui de l’an dernier.

Que t’apporte la Bahrain Victorious depuis l’hiver dernier ?
J’ai déjà pas mal progressé. On a changé beaucoup de choses cet hiver à l’entraînement avec mon nouvel entraîneur, j’ai bien plus travaillé mon côté punchy. C’est mon entraîneur qui a souhaité appuyer là-dessus en voyant sans doute que j’avais de vraies qualités pour les efforts courts, même si j’ai aussi des capacités pour grimper de longs cols. C’est super important pour gagner quand j’arrive dans un petit groupe, ça me permet d’aborder des fins de course avec davantage de confiance. J’avais aussi besoin de changer d’environnement, d’être dans une équipe internationale avec beaucoup de nationalités.

Où en es-tu du co-leadership avec Santiago Buitrago ? Que vous apportez-vous mutuellement ?
C’est un élément très important, il est leader de cette équipe depuis longtemps, il est plus âgé que moi. Il m’aide, il peut me guider. Je peux profiter de son expérience, j’essaie de grandir à ses côtés pour devenir un leader un jour. D’ailleurs, si je peux l’aider en montagne les jours où je ne jouerai pas la victoire d’étape, ce serait top aussi.

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