Kévin Vauquelin : « Au vu des jambes, il y avait clairement mieux à faire »

Il n'y aura pas de maillot tricolore pour Kévin Vauquelin, l'un des grands favoris du jour. Médaillé d’argent lors du contre-la-montre jeudi, le Normand a obtenu ce dimanche le bronze sur la course en ligne, derrière Dorian Godon (Decathlon AG2R La Mondiale) et Romain Grégoire (Groupama-FDJ). Lors d'une course marquée par la chaleur, le coureur d’Arkéa B&B Hôtels a une nouvelle fois répondu présent au sommet du Mont des Alouettes. Entretien.
DirectVelo : Quel est ton sentiment après cette médaille de bronze ?
Kévin Vauquelin : Au vu des jambes, il y avait clairement mieux à faire. Je pense que ça s’est vu, je sautais un peu sur tous les coups. Le final a été difficile à gérer avec des équipes très représentées, comme Groupama-FDJ. Decathlon AG2R La Mondiale, même s’ils étaient moins nombreux, avaient des gars très costauds comme Paul Seixas, Nicolas Prodhomme, qui est en super forme, ou encore Paul Lapeira. Ce n’était pas facile de jongler avec tout ça.
« GRÂCE A EUX, J’AI PU ME RETROUVER LÀ OÙ IL FALLAIT »
Mais tu es quand même parvenu à jouer le podium...
Je veux tirer un grand coup de chapeau à mon équipe, Arkéa-B&B Hôtels. On s’est retrouvés dans une situation très délicate en début de course, mais tout le monde s’est mobilisé. Ils ont tous bossé dur, ont sacrifié leur course pour moi. Grâce à eux, j’ai pu me retrouver là où il fallait. C’est un bel esprit d’équipe, et je suis content de ce qu’on a montré. Je ramène la 3e place, mais dans un Championnat, on vient pour le maillot. On ne se rappelle pas trop du 2e ou 3e. C’est quand même positif, même si je pense que la course n’était pas assez dure pour moi. Je finis la course avec de bonnes jambes, pas complètement entamé, et c’est frustrant. Mais c’est rassurant aussi, la forme est là.
Y as-tu cru dans le dernier kilomètre ?
Oui, quand Nicolas (Prodhomme) a lancé et que j’ai vu le panneau 150-200 mètres. Là, je me suis dit qu’il y avait peut-être un coup à jouer. Mais je n’y ai peut-être pas cru suffisamment. J’ai un peu calé, alors que j’aurais dû y aller comme l’ont fait Romain (Grégoire) et Dorian (Godon). C’est mon regret. On aurait pu être un peu plus serrés à l’arrivée. Mais je ne dis pas que j’aurais gagné, Dorian (Godon) était très fort, c’est l’un des meilleurs mondiaux pour ce genre d’effort. C’est toujours facile de refaire le film après coup. J’avais confiance en mon sprint, notamment après une répétition sur le Tour de Suisse. Ça ne m’a pas souri, mais ça m’a donné confiance. Avec la chaleur, tout était possible.
« JE N’AI PAS SENTI QUE C’ETAIT LE BON MOMENT »
Tu évoques le sprint du Tour de Suisse. Tu y as pensé dans le final ?
Oui, complètement. Au Tour de Suisse, j’étais parti un peu tôt, dans un final avec un replat. Ici, avec Dorian, Paul Magnier, Axel Laurance... Je savais qu’ils étaient très punchy. Je me suis dit que ce n’était peut-être pas au kilomètre que ça allait se jouer. L’arrivée était dure avec la chaleur. Quand c’est parti aux 500 mètres, je n’ai pas senti que c’était le bon moment. Je me suis dit que si j’étais plus frais que les autres, ça passerait. Finalement, ce n’était pas si loin… Encore une fois, pas de regret, j’ai tenté.
La course s’est décantée très vite au début de la journée avec Ewen Costiou à l’avant, à quoi pensais-tu à ce moment là ?
Ce n’était pas forcément une mauvaise situation qu’Ewen soit devant. Mais je savais qu’il fallait jouer sur le Championnat de France, ça ressemble plus à une partie de poker qu’à une simple course. On m’a dit de faire le moins d’efforts possible. Heureusement, grâce à l’expérience de gars comme Arnaud Démare ou Florian Sénéchal, on s’est bien canalisés. On avait de très bons gars : Léandre Lozouet, Victor Guernalec, Louis Rouland… je pourrais tous les citer. Ils ont tous fait leur part de travail. Je me sentais bien, même si peut-être encore un peu marqué par l’altitude.
« QUAND J’AI VU QUE ÇA NE TOURNAIT PAS À MON AVATANGE, J’AI JOUÉ LE SPRINT »
Dans les moments où la course est devenue plus solide, comment ça s’est passé entre les coureurs ?
Il y avait deux groupes. J’étais avec Axel Laurance, Alexandre Delettre et Julien Bernard. Avec Axel et Alexandre, on s’est entendus pour revenir sur le groupe de tête et rebattre les cartes. Il fallait éviter de se retrouver dans une situation figée. On était plusieurs coureurs esseulés, donc on a tout donné.
Tu as fait beaucoup d’efforts pour revenir sur Paul Lapeira. Peux-tu nous raconter ce moment ?
Je n’ai pas vraiment « chassé » Paul (Lapeira). J’ai juste essayé de sortir du groupe, tout seul. C’était du un contre un. Si on avait roulé ensemble, on aurait pu concrétiser avec le titre. Ça m’aurait arrangé, vu son état de forme et les efforts qu’il avait déjà fournis. Ça aurait pu marcher… Mais voilà, c’est un Championnat de France, rien n’est prévisible. Je n’ai pas de regrets, j’ai tenté au bon moment. Quand j’ai vu que ça ne tournait pas à mon avantage, j’ai joué le sprint.
« J’ESSAIE DE MOTIVER MES TROUPES »
Comment as-tu géré cette chaleur qui était tant redoutée ?
On avait totalement conscience des fortes chaleurs au départ. On est partis avec de la glace, on avait mis en place un protocole. Chaque assistant avait un rôle : eau, glace, boisson énergétique. Tout a été bien géré. À chaque tour, j’avais mes bidons, ma glace. J’ai bien supporté la chaleur. En général, les conditions extrêmes ne me dérangent pas, que ce soit très froid ou très chaud. Tant que j’ai de l’eau, je sais que je peux gérer. Le staff a été au top.
Quelle saveur a cette médaille ?
Elle permet de remercier l’équipe pour le travail fait pendant ce Championnat, mais aussi en amont. Je pense notamment à Ewen Costiou et à notre stage en altitude. L’état d’esprit est bon, on continue sur notre lancée des dernières semaines. Je ne connais pas encore les résultats des autres Championnats, comme en Espagne avec Raúl García ou Cristian Rodríguez, mais j’espère que tout le monde est en confiance. J’essaie de motiver mes troupes et de montrer qu’on est capables de belles choses.
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